Sizaine, toujours appuyée sur la foule vibrante qui l'entourait, se retourna, se pencha très souplement en arrière et agrippa les pieds de Jorény tout surpris. Elle se donna de l'élan et cria à Jorény d'attraper ses pieds à elle. Ils se mirent ainsi à tourner en sens inverse de la nébuleuse. Régulièrement, comme des spécialistes de la trottinette, ils reprenaient de l'élan à tour de rôle.
L'idée de Sizaine s'avéra efficace auprès des petits extraterrestres: ils formèrent un anneau autour de Sizaine et Jorény, sans les lâcher, ralentirent peu à peu et leurs regards se firent plus expressifs, interrogatifs, légèrement agacés.
Sizaine et Jorény, après s'être pris au jeu (ça fait toujours du bien de tourner!), ne purent que pointer du doigt vers la Terre, en criant et en donnant tous les signes d'un état de crise.
Comme il n'y avait rien à voir, hormis la Terre et la Lune sur fond d'étoiles, il courut un frisson d'incompréhension parmi les nipalichoms. Ils se remirent à bouger comme avant.
Sizaine en fut atterrée, désemparée: elle ne voyait pas comment leur faire comprendre le danger peut-être imminent qui les menaçait. Jorény avait fermé les yeux, de dépit et d'angoisse.
"Remarque, dit Sizaine, de cette façon ils auront changé la forme du nuage pendant quelques minutes. Cela aura peut-être suffi à faire comprendre aux humains que ce sont des êtres conscients qui arrivent...
- Ou pas, répondit Jorény. Si Grévil est aussi puissant que nous le redoutons, il peut avoir embobiné les astronomes. Pffff. C'est fini. Partons quand l'arme terrestre approchera. Si nous pouvons prendre appui sur eux, nous pourrons nous en aller et les laisser à leur destin. C'est horrible. Il n'y a aucun moyen de communiquer?"
Il gesticula dans tous les sens, puis pleura. Sizaine ne savait comment le réconforter, elle était mal en point elle aussi. Elle essaya plusieurs langues, en vain. Elle proposa donc de partir, effectivement, mais le plus tôt possible c'est-à-dire maintenant, quitte à se perdre dans l'espace puisqu'ils ne maîtrisaient pas bien le voyage spatial. Après tout, elle avait toujours rêvé de voyager, toujours aspiré à de grands horizons. Là ce serait encore mieux: il n'y aurait peut-être aucun horizon avant longtemps, très longtemps. Mais au moins ils étaient ensemble.
Ils n'avaient pas bien observé le nuage. Celui-ci, très grand par rapport à eux, il est vrai, avait pris la forme d'un nipalichom géant.
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