24.6.14

Sizaine - 30

Le nipalichom de la Lune leur proposa d’abord une petite récréation parce qu’il les sentait un peu nerveux.
Ils ondoyèrent donc ensemble, tranquillement, pendant que le vieillard leur expliquait le principe de la libration, une sorte de mouvement de balancement propre au satellite de la Terre.
Cela avait remonté un peu le moral des jeunes, à qui tourner manquait cruellement.
Ensuite ils se préparèrent au « tir ». Les petits se laissèrent cueillir par le grand, se serrèrent l’un contre l’autre, et à son signal (« Prêts? »), ils furent expédiés dans le ciel étincelant d’étoiles avec une puissance qu’ils ne soupçonnaient pas.
Pendant les premières secondes ils ne se rendirent même pas compte qu’ils criaient. Ils criaient, ils hurlaient, ils épuisaient leur gorge dans le vide totalement silencieux qu’ils ne pouvaient pas déchirer malgré toute leur terreur.
Et puis ils fermèrent leur bouche et ouvrirent tout grand leurs yeux. Maintenant, ils n’avaient plus du tout l’impression de bouger. Ils avaient atteint leur vitesse de croisière et leur ventre leur rappelait que juste avant, l’accélération n’avait pas été très simple pour leur organisme.
Ils se regardèrent, et commencèrent à se détendre, à se sourire.
Ils venaient de se rendre compte qu’ils apercevaient le nuage, et que malgré cette sensation d’immobilité, ils le voyaient qui grandissait nettement. Ils étaient exactement sur la bonne trajectoire.
Et puis ils se regardèrent de nouveau. Et ils paniquèrent. Ils venaient tous les deux de penser qu’ils n’avaient pas réfléchi une seule seconde à la façon de ralentir. Ils savaient qu’ils allaient traverser le nuage et se perdre dans l’espace.
La grosse bêtise.
Ils se câlinèrent, ils tentèrent de se calmer mutuellement, ils pleurèrent, toujours en silence.

Soudain, ils étaient à quelques longueurs de bras du nuage. Ils paniquèrent de nouveau.

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