21.4.14

Sizaine - 2

L’homme à l’aura continuait sa montée sur le chemin tortueux du moulin. Il n’en finissait pas de le gravir, à tel point que Sizaine ne put contenir sa curiosité: il y avait quelque chose d’infini dans l’avancée de cet homme, quelque chose qui l’intriguait.
Elle descendit donc à sa hauteur en un rien de temps et constata que la démarche de l’homme allait en ralentissant. Elle voyait son visage, maintenant. Sa face pâle mangée par la barbe brune et encombrée de cheveux longs qui se dispersaient sous le chapeau à larges bords paraissait concentrée, dense. Ses yeux, rétrécis par un effort intense, ne laissaient qu’entrevoir des iris verts au regard inquiet. Il restait silencieux.
Aussi étonnant que cela puisse être, le marcheur continuait de décélérer. Sizaine fut emplie d’une angoisse glaçante, malgré le soleil du matin. Et si l’homme allait se figer? Les nipalichoms craignaient par dessus tout l’immobilité des êtres animés, du moins l’immobilité des êtres animés conscients. Que le meunier dorme allongé de tout son long près de sa meule était dans l’ordre des choses et, d’ailleurs, Sizaine sentait bien que dans sa bonne tête ronde, tournaient joliment les engrenages du rêve. Mais qu’un individu cesse progressivement, sans raison apparente, de bouger en plein travers du chemin, était un phénomène des plus lugubres pour la petite créature.
D’autant que l’homme semblait exprimer une lutte intérieure, une résistance terrible contre cet arrêt.
L’homme tourna les yeux vers Sizaine. Dans son regard franc et désemparé elle perçut un appel à l’aide.

2 commentaires:

Brigetoun a dit…

les nipalichons ont-ils comme les lutins, les bons du moins, soucies de venir en aide aux humains, même sans qu'on le leur demande ?

Julie a dit…

Bonjour Brigitte. Les nipalichoms sont plutôt bienveillants, oui. :-)