22.4.14

Sizaine - 3

Un autre nipalichom se serait peut-être peu soucié de son sort. Les nipalichoms sont certes plutôt bienveillants envers les êtres humains, en particulier ceux qui vivent assez près de la nature pour sentir la présence de ces êtres subtils que sont les petites créatures amies de la giration. Mais précisément: face à l’immobilité, ils ont tendance à fuir.
Sizaine, elle, était manifestement taillée dans un autre bois. Elle se percha sur une branche de hêtre au niveau des yeux de l’inconnu, à un pas humain de lui, puisqu’elle avait tout son temps pour réfléchir. Tout en se balançant sur sa branchette, elle ouvrit sa besace, en sortit son carnet de découvertes et son crayon et nota seulement ces quelques mots, à la suite de la date du jour:
« Homme de la nature, aura faible, ralenti dans marche. Que faire? »
Elle fut saisie de stupeur quand elle ressentit un mouvement dans sa main gauche, celle qui tenait le crayon, comme s’il avait bondit et était revenu aussi vite entre ses doigts.
Et elle eut carrément un hoquet lorsqu’elle vit sur son carnet, sous sa question, un croquis rapide représentant un nipalichom sur l’épaule d’un être humain.
Bien sûr, le message était clair. Elle plongea son regard dans les yeux verts de l’homme et celui-ci, très mollement, ferma et rouvrit les paupières d’un air évident d’acquiescement.
Sizaine tremblait de tout son petit corps. Quelque chose en elle disait: « Vas-y, aide-le, il a l’air de savoir ce qu’il faut faire! » mais quelque chose d’autre, d’ancestral et de viscéral, lui disait de quitter immédiatement les alentours de l’homme qui continuait de se figer. Cette intuition nipalichonne lui soufflait qu’elle allait y perdre son mouvement, autrement dit: sa vie.
Mais la curiosité et le regard affolé de l’homme eurent raison de sa peur.
Elle prit une grande inspiration, et sauta sur l’épaule droite de celui-ci.
Un vertige terrible s’empara de son esprit.

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