A mesure qu'ils avançaient vers le chantier, Dedlar pressait de plus en plus le pas.
A l'arrière, Vito Vaïsed serrait les dents mais tenait le rythme. De telles randonnées n'étaient plus de son âge! Poussé par l'inquiétude, il ne put s'empêcher de demander à la cantonade:
"J'ai vu... que nous avons décidé... tacitement... de ne rien dire... à Mme Sdapil... et à M. Vinh-Truvio. Mais leur aide... risque de nous... être précieuse, non?
-Tant que toutes les racines ne sont pas ancrées, fit Dedlar, je me méfierai de tout le monde ou presque. La fléchette a été lancée de près, quelques mètres au maximum, je le parierais.
-Oui, d'après le bruit qu'a fait le projectile, ça se pourrait bien, dit Gamaliel. Ah! Nous y voilà."
Pendant que le mécène se remettait de son essoufflement, ils se répartirent comme convenu autour de l'architecte: Dedlar s'occuperait de la pose des racines, Vaïsed et Gamaliel de part et d'autre de lui feraient le guet, Anne resterait en réserve, en couverture.
Dedlar demanda ouvertement à Gamaliel de vérifier s'il ne détectait aucune odeur suspecte sur elle: poison, acier... Elle ne s'en offusqua pas, trouvant cela plutôt logique même si carboniser n'importe lequel d'entre eux, voire tous, en un clin d'oeil, aurait été pour elle un véritable jeu d'enfant! Ils le savaient bien, certes, mais de fait 'l'arme du crime' était une fléchette, non une flamme. Cela ne voulait rien dire. Elle apprécia cependant la courtoisie de Gamaliel Pelsoth, qui prit le soin de demander son autorisation avant de respirer un tout petit peu plus fort. Il n'eut pas besoin de s'approcher d'elle, son diagnostic fut catégorique:
"Aucune arme, Ded. Merci, Anne. Aucune arme sur le seigneur Vaïsed non plus."
Dedlar suivit à la lettre la procédure définie initialement avec Merco Mercolef. Il constata avec soulagement que la première graine n'avait pas été déplacée ni abîmée. Sa croissance démarrait doucement, de petits filaments cristallins s'étiraient déjà dans plusieurs directions sur environ un demi-pouce de long. Il faudrait bientôt l'arroser pour continuer le processus en train de se ralentir faute d'eau. C'était très bien comme cela: il fallait suivre un ordre précis dans l'implantation, sans trop de décalage toutefois entre les huit graines. Le ralentissement actuel était donc bienvenu.
A partir du point central, Dedlar compta soixante pas vers le sud-ouest et posa la deuxième graine. Il versa un peu d'eau dessus que lui fournit Gamaliel à partir d'une grande flaque à proximité. C'était aussi simple que cela.
Mais lorsque l'eau coula sur la pierre, il sentit son esprit dériver, une drôle d'odeur de cuir et de parchemin lui chatouilla les narines. Il se mordit la joue, aspira une grande goulée d'air frais, cria un juron rageur et se releva, libéré.
"Ca va, Ded?
-Oui, allez, la troisième maintenant. Rien à signaler de votre côté?
-Rien du tout! répondirent les trois vigies.
-Quand nous aurons fini, ce midi, je vous offrirai un gueuleton à l'auberge! dit Dedlar, un tantinet plus optimiste qu'au départ. Nous prendrons des nouvelles de ce pauvre Mercolef... Nous devrons aussi demander une enquête à la police locale, qui n'a pas l'air d'avoir beaucoup réagi à l'événement..."
Une petite brise du nord-ouest, au parfum iodé, souffla sur l'étoile d'Arexhaï, jouant dans les cheveux, rassérénant les coeurs.
A l'arrière, Vito Vaïsed serrait les dents mais tenait le rythme. De telles randonnées n'étaient plus de son âge! Poussé par l'inquiétude, il ne put s'empêcher de demander à la cantonade:
"J'ai vu... que nous avons décidé... tacitement... de ne rien dire... à Mme Sdapil... et à M. Vinh-Truvio. Mais leur aide... risque de nous... être précieuse, non?
-Tant que toutes les racines ne sont pas ancrées, fit Dedlar, je me méfierai de tout le monde ou presque. La fléchette a été lancée de près, quelques mètres au maximum, je le parierais.
-Oui, d'après le bruit qu'a fait le projectile, ça se pourrait bien, dit Gamaliel. Ah! Nous y voilà."
Pendant que le mécène se remettait de son essoufflement, ils se répartirent comme convenu autour de l'architecte: Dedlar s'occuperait de la pose des racines, Vaïsed et Gamaliel de part et d'autre de lui feraient le guet, Anne resterait en réserve, en couverture.
Dedlar demanda ouvertement à Gamaliel de vérifier s'il ne détectait aucune odeur suspecte sur elle: poison, acier... Elle ne s'en offusqua pas, trouvant cela plutôt logique même si carboniser n'importe lequel d'entre eux, voire tous, en un clin d'oeil, aurait été pour elle un véritable jeu d'enfant! Ils le savaient bien, certes, mais de fait 'l'arme du crime' était une fléchette, non une flamme. Cela ne voulait rien dire. Elle apprécia cependant la courtoisie de Gamaliel Pelsoth, qui prit le soin de demander son autorisation avant de respirer un tout petit peu plus fort. Il n'eut pas besoin de s'approcher d'elle, son diagnostic fut catégorique:
"Aucune arme, Ded. Merci, Anne. Aucune arme sur le seigneur Vaïsed non plus."
Dedlar suivit à la lettre la procédure définie initialement avec Merco Mercolef. Il constata avec soulagement que la première graine n'avait pas été déplacée ni abîmée. Sa croissance démarrait doucement, de petits filaments cristallins s'étiraient déjà dans plusieurs directions sur environ un demi-pouce de long. Il faudrait bientôt l'arroser pour continuer le processus en train de se ralentir faute d'eau. C'était très bien comme cela: il fallait suivre un ordre précis dans l'implantation, sans trop de décalage toutefois entre les huit graines. Le ralentissement actuel était donc bienvenu.
A partir du point central, Dedlar compta soixante pas vers le sud-ouest et posa la deuxième graine. Il versa un peu d'eau dessus que lui fournit Gamaliel à partir d'une grande flaque à proximité. C'était aussi simple que cela.
Mais lorsque l'eau coula sur la pierre, il sentit son esprit dériver, une drôle d'odeur de cuir et de parchemin lui chatouilla les narines. Il se mordit la joue, aspira une grande goulée d'air frais, cria un juron rageur et se releva, libéré.
"Ca va, Ded?
-Oui, allez, la troisième maintenant. Rien à signaler de votre côté?
-Rien du tout! répondirent les trois vigies.
-Quand nous aurons fini, ce midi, je vous offrirai un gueuleton à l'auberge! dit Dedlar, un tantinet plus optimiste qu'au départ. Nous prendrons des nouvelles de ce pauvre Mercolef... Nous devrons aussi demander une enquête à la police locale, qui n'a pas l'air d'avoir beaucoup réagi à l'événement..."
Une petite brise du nord-ouest, au parfum iodé, souffla sur l'étoile d'Arexhaï, jouant dans les cheveux, rassérénant les coeurs.

1 commentaire:
Tu te surpasses Julie, mélange d'humour, de poésie, inventivité, tout en délicatesse... Merci, c'est si rare ce que tu fais en ce moment.
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