17.4.08

Nautodrome 50 - Contrecoups

Le même soir à Arexhaï, c'est une équipe mal en point qui prenait son repas du soir au Chat qui brait. Tous avaient été interrogés par la police, en présence de l'agent Dermuth.
Le plus affligé était Vito Vaïsed, mais Anne n'en menait pas large non plus étant donné que le feu lui avait toujours, jusque là, servi de bouclier. Elle s'était sentie tellement vulnérable en présence des enquêteurs que ce soir elle ne pouvait plus parler. Gamaliel avait pris les choses avec plus de philosophie.
Sur le fond, tous leurs témoignages se recoupaient. Il ne faisait aucun doute finalement que c'était bien Mme Sdapil qui avait fait basculer M. Mercolef dans un état semi-végétatif, et qu'elle avait essayé d'en faire autant avec Dedlar Kreg.
La question qui trottait dans toutes les têtes était: "pourquoi?" Ceux qui avaient déjà travaillé avec elle étaient atterrés.
"Tout cela est bien trop dangereux, je... balbutia Vito Vaïsed, entre la poire et le fromage, rompant un silence pesant.
-Non, coupa Dedlar, nous pouvons continuer. Les attaques étaient ciblées et n'ont visé strictement que les 'planteurs', c'est-à-dire M. Mercolef et moi. D'autre part, l'agresseur est identifié, je pense d'ailleurs que Mme Sdapil ne peut aller très loin. Elle n'est pas d'ici, je crois, elle ne connaît personne a priori dans le secteur.
-A moins qu'elle ne travaille pas seule, intervint Anne. C'est peut-être une espionne, qui a simplement rejoint son équipe. Dans ce cas, elle est déjà très loin à l'heure qu'il est.
-C'est possible, dit Vaïsed, c'est pourquoi je pense que tout ceci nous dépasse.
-Minute, dit Gamaliel, comme on dit dans ces cas-là: 'que fait la police'? Je pense que nous allions bénéficier d'une protection renforcée. Ce n'est pas la première fois qu'un architecte construit un bâtiment sensible. Je pense qu'il faut continuer, ne pas se laisser impressionner. Mais il faut l'expliquer aux ouvriers.
-Je suis d'accord avec Gam'Pel, dit l'architecte. Demain sur le chantier, à dix heures, que tout le monde soit là. J'expliquerai la situation. Seigneur Vaïsed, pouvons-nous augmenter les salaires de ceux qui resteront?
-Oui, disons de dix pour cent.
-D'accord. On va voir ce que ça donne. Je me réserve le droit de les renvoyer chez eux, tous, avec une indemnité que vous payerez, si un nouvel incident survient.
-Va pour cette solution. On verra bien. Merci.
-C'est de plus en plus pour moi que je le fais. J'espère que je ne perds pas la tête.
-Nous la perdons avec toi, alors" fit Gamaliel, avec un petit clin d'oeil adressé à Anne, pour lui remonter le moral. Celle-ci esquissa un petit sourire. "Je fais passer le message dans les baraquements des ouvriers, et après: dodo."
Ils convinrent tous qu'ils avaient besoin de dormir, et s'organisèrent pour veiller M. Mercolef à tour de rôle pendant la nuit.
Le lendemain matin vers huit heures, M. Vinh-Truvio somnolait près de M. Mercolef qui dormait comme un bienheureux, lorsqu'il entendit en bas, frapper fort à la porte de l'auberge.
Il alla réveiller Dedlar, pendant que l'aubergiste ouvrait au visiteur:
'Maître Kreg, le seigneur Farringkson est là pour vous.
-Mmmh? Si tôt? Comment va Mercolef, au fait?
-Mieux, je crois.
-Tant mieux. (Un silence.) Gamaliel demandait ce que faisait la police. Eh bien! Elle nous donne mal à la tête puis vient en chair et en os pour nous achever. Au moins elle est là, quoi. Vous voulez bien prévenir que j'arrive?
-Pas de problème. Le Grand Conseiller est en train de s'installer pour boire un thé, il attend tranquillement.
-Vous savez ça comment?
-Euh... Je m'en tiendrai là pour l'instant. Je descends l'aviser."

Aucun commentaire: