C'était le petit matin. Les trains parisiens allaient reprendre du service d'ici quelques petites minutes. Les trois camarades décidèrent d'en profiter pour rentrer chez eux puisque tout espoir de gagner l'Afrique, quel que fût le pays, était perdu pour les jours à venir. Raphaëlle et Mathieu vivaient en banlieue Est de Paris, Thomas près du cimetière du Père-Lachaise. Ils avaient donc encore trois quarts d'heure à tuer. Même si, dans leur wagon plein de voyageurs dépités et harassés, ils laissaient passer de grandes plages de silence, ils avaient plaisir à bavarder et découvrir qu'ils s'entendaient encore mieux qu'au lycée.
D'ailleurs, la fatigue déliait la langue de Thomas. Il se laissait aller à quelques confidences à propos de son safarêve. Pour Raphaëlle surtout, c'était une découverte. Pendant que les deux garçons discutaient, elle se referma, plongée dans ses réflexions, essayant de faire le lien dans son esprit avec une tout autre personne. Et puis elle se rappela et, prenant doucement le poignet de Thomas, elle fit dérouler avec son index droit une liste sur son propre Armscreen puis tapota sur la base de son pouce gauche.
- Voilà, dit-elle, je viens de t'envoyer les coordonnées d'un ami à moi, le professeur Vannakken. Il est neuro-ethnologue.
- Neuro-ethnologue ? Jamais entendu parler de ça. De quoi s'agit-il ?
- Tu verras, il est très sympa, dit Mathieu. Oui, j'aurais dû y penser. La neuro-ethnologie, c'est euh... Il t'expliquera mieux que nous. Tu n'as rien à perdre en tout cas. Raphaëlle, ma puce, tu as une super idée !
- Eh ! les tourtereaux, vous êtes bien mignons mais il faut m'en dire un peu plus !
- C'est quelqu'un de très ouvert, qui s'intéresse aux modifications du cerveau liées aux usages locaux, répondit Raphaëlle. Il est à la fois neurologue et ethnologue et il travaille par exemple sur les effets mesurables du shamanisme dans l'hippo, l'hypa... je ne sais plus quoi mais en tout cas c'est une partie de notre matière grise !
- Ah. Bon.
- Tu as l'air sceptique ?
- Ben j'ai suffisamment entendu parler d'acouphènes, d'hallucinations... Je n'ai pas envie d'être pris comme cobaye.
- Il ne te prendra pas comme cobaye. Il est vraiment coolax !
- Tu parles comme les minots, Mathieu !
- Ben tiens ! J'ai que vingt-quatre ans, môssieur. Je ne vais pas jouer les vieux assis.
Ils se séparèrent à la station Châtelet-Nouvelles-Halles en promettant de rester en contact. Thomas rentra dans son studio et se coucha presqu'aussitôt.
Il rêvait et ça se passait mal.
Il se retrouvait nu comme un ver, dans une brousse sans limites, avec quelques arbres tortueux par ci par là. Il faisait chaud, très chaud et sec. Et le Vacarme commença.
30.1.12
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