Ce que Thomas nommait « vacarme » dans son rêve dépassait le simple domaine du son, c'était une avalanche de sensations hétérogènes avec, en dénominateur commun, la violence presque insupportable.
Pourquoi cela ne le réveillait-il pas alors que maintenant il retrouvait les impressions oubliées depuis le lycée, depuis ce fameux cauchemar oblitéré par quelque mécanisme psychique ? Peut-être que c'était parce qu'il voulait comprendre, ou du moins mémoriser pour pouvoir annalyser plus tard. Ou peut-être ne pouvait-il pas se réveiller parce que ce n'était pas un rêve comme les autres. Ou peut-être parce qu'au contraire on ne fait ce qu'on veut dans les rêves. Ou alors...
Il secoua la tête : ces interrogations oiseuses l'avaient éloigné du sujet principal et s'il voulait aller de l'avant au lieu de rester bloqué en plein Vacarme, il fallait agir. Il se souvint d'avoir rencontré quelqu'un dans son premier songe. Cette horrible personne avait prolongé et amplifié la torture imposée par le chaos ambiant en lui « appliquant » le Vacarme (il ne savait pas comment se l'exprimer autrement) à même la peau, à même la bouche, à même les yeux, les oreilles, le nez...
L'être indéterminé qui le maltraitait s'était multiplié en une infinité de clones qui chacun le brutalisaient d'une manière inédite, d'un autre monde. « D'un autre monde », c'était l'expression qui remontait à l'esprit de Thomas, elle devait avoir une signification particulière alors il tâcha de la noter mentalement. Mais il devenait très difficile de se concentrer.
Malgré le Vacarme il perçut soudain une présence en arrière, vers la gauche.
Il se laissa aller à un réflexe acquis pendant ses cours de karaté à la fac : il se retourna par la droite, au cas où le nouveau venu voudrait l'immobiliser et le frapper dans la foulée. Ce faisant il savait qu'il changeait le rêve et que la suite ne ressemblerait pas à celle de son cauchemar d'adolescent.
Tourner sur lui-même dans le sens inverse de ce que requéraient la logique et la simplicité lui donna prise sur les événements, au sens figuré et au sens propre à la fois ! Ce fut comme s'il s'emparait d'un rideau qui l'entourait pour l'arracher de sa tringle et le projeter à terre. Toute la brousse s'écroula à mesure qu'il tournait. Il n'eut qu'un quart de seconde pour entr'apercevoir avec terreur celui qui s'était approché de lui : avec ses colifichets, ses plumes en désordre, ses crânes de petits animaux pendus à la ceinture, il ressemblait à un sorcier africain d'opérette ou à une illustration ringarde pour un jeu de rôle. Mais il portait la tête de Thomas sur une pique, et ses yeux n'étaient que deux billes pourpres ardentes. Il disparut avec le reste du décor affaissé qui partit en fumée en ne laissant que de petits tas de terre ocre rouge épars.
Désormais Thomas affrontait ce qui cachait derrière, la source du Vacarme : des machines énormes, à perte de vue, qui activaient leurs pistons graisseux, lâchaient une vapeur malsaine, crachaient des puanteurs âcres, grinçaient de tous leurs engrenages corrodés.
Il était cerné. Enfin... Ils étaient cernés : lui et un petit enfant.
31.1.12
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2 commentaires:
Annalyse mauvalise, happax? Cette femme sur la dernière carte ? L'histoire est magique, on est séduit, attentif, et pour tout dire, annaleine!
Effectivement, dans la savane, certaines pistes (de lecture!) ne mènent pas forcément au nid de l'hagirafe!
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