1.2.12

Eléphanthôme - 7

Thomas constata que la présence de cet enfant ne l'étonnait pas. Il chercha à le rassurer en lui disant quelques mots mais il n'obtint pas de réponse. L'enfant le fixait avec angoisse mais à bien regarder Thomas discerna aussi une petite nuance de confiance dans ses grands yeux beiges. Il était de sexe indéfini, semblait âgé de quatre-cinq ans, ses vêtements étaient neutres - c'est le mot que se rappellerait Thomas plus tard -, il était brun, bouclé, avec la peau café-au-lait zébrée de jolies rayures dorées.
Ils étaient cernés, sans issue, mais rien ne laissait supposer une menace. Les mécanismes géants ne s'approchaient pas d'eux, ils vaquaient brutalement à leurs occupations complexes et effarantes, sans plus.
Thomas s'accroupit face au petit être afin de lui faire face à hauteur égale. Il suivit son intuition.
D'abord il lui montra le ciel. Celui-ci restait visible sur une toute petite portion exactement au-dessus d'eux, une portion maintenant bleu nuit au-delà des innombrables étages d'acier et de crasse. Il prit ensuite la main de l'enfant et contempla avec lui le rond vide et pur. Alors, au bout de deux ou trois minutes, tandis qu'il sentait le pouls de l'enfant s'apaiser, ils virent s'allumer une étoile palpitante en plein zénith. Elle passa doucement du bleu au rouge. Thomas, sans savoir pourquoi, murmura :
- Antarès ! Je reviendrai te chercher.

Et il se réveilla en sueur, le coeur affolé. Il eut de la peine à se situer. La nuit tombait, il se sentait complètement décalé. Les bagages encore pleins et fermés le narguaient mais il choisit de les ignorer et, avant toute chose, de noter tout ce qu'il pouvait de l'histoire incroyable qu'il venait de vivre. Cela ne ressemblait pas à un rêve classique. On aurait dit une expérience sous drogue, ou, à condition d'y croire, un phénomène surnaturel. Il repensa au sorcier et un frisson de peur lui traversa le dos. Il était tellement réel et tellement haineux. Enfin... Haineux n'était pas tout à fait le terme. Le sorcier ne paraissait pas lui en vouloir à lui, personnellement, malgré la tête fichée sur une pique. On aurait plutôt dit qu'il faisait son travail de gardien, avec application, comme une machine, sans réflexion, sans conscience. Oui, pour Thomas le sorcier agissait comme l'agent d'un système immunitaire puissant contre un virus inconnu, en essayant toutes les attaques possibles. Revêtait-il une apparence symbolique (un sorcier de pacotille) pour incarner, finalement, la même chose que les machines ? Thomas manquait de connaissances psychologiques et ne voulait pas se fourvoyer dans de vaines interprétations. Il se dit qu'il avait besoin de l'aide d'un spécialiste. Il se dit aussi que le temps était venu de demander conseil à propos de son safarêve. Il ferait le voyage vers l'Afrique, d'ailleurs il n'avait pas songé à demander le remboursement de son billet, il savait qu'il pouvait encore l'échanger. Mais puisque le hasard de la politique retardait cette aventure, d'ici là il en tenterait une autre du côté de la Science.
Il balaya le menu de ses contacts sur son Armscreen et lança l'appel au docteur Vannakken.

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