25.2.12

Eléphanthôme - 22

Tout se déroula ainsi que le professeur l'avait annoncé. Paavo Vannakken l'accueillit et lui présenta un assistant qui partit ouvrir la machine. Ensuite le professeur indiqua la marche à suivre à Thomas et retourna préparer l'examen sur une console protégée par une paroi transparente. De l'extérieur la Big Boxss ressemblait à une grosse machine à laver avec hublot, toute blanche, d'un design élégant. Thomas dut se déshabiller, enfiler un kimono d'hôpital et s'allonger sur l'espèce de brancard coulissant et froid qui l'intégrait dans le corps de la machine. Il pensa à son cauchemar un très court instant, il se dit que dans le rêve la seule sortie du cul-de-sac mécanique n'était pas au bout de ses pieds mais au-dessus de sa tête mais qu'à part ça il se retrouvait coincé une fois de plus. Une demi-seconde lui suffit cependant pour se rappeler les différences entre le rêve et la réalité : pas de vacarme, une seule machine, propre, « bienveillante », pas de mystérieux enfant mais la voix de Vannakken qui dissipait ce qui lui restait s'angoisse en plaisantant sur le chauffage tout à fait bien réglé dans la B.B. mais pas du tout adéquat à la console. Thomas se promit de se rappeler pour plus tard l'idée selon laquelle, dans son cauchemar, la sortie était "vers le haut" ; c'était évident mais il fallait lier cela à Antarès, l'étoile rouge. Le professeur le ramena à la réalité :
- Tout va bien, monsieur Lestac ? Vous pouvez parler, nous avons une connexion audio dans les deux sens.
- Oui, tout va bien.
- Bon, actuellement la Big Boxss est neutre elle est juste éclairée et chauffée mais comptez bien que ce n'est que pour le début. Nous allons commencer. Il y aura dix exercices à faire, sans bouger, sans parler, et je vous les expliquerai pas à pas.
Ils convinrent d'un mot stop que Thomas devrait prononcer s'il rencontrait un problème. Puis les étapes s'enchaînèrent sans souci particulier.
Il s'agit d'abord pour Thomas de se concentrer sur des stimulations sensorielles. À tour de rôle Thomas perçut un son, une lumière, une forme simple, une forme complexe en mouvement, une odeur simple, un mélange, des contacts sur ses jambes - heureusement qu'il était prévenu ! -, et même, sans comprendre comment l'appareil faisait cela, une série de goûts dans la bouche ! Ensuite il dut se remémorer des éléments ordinaires de ses passés lointain, plus récent, immédiat, se rappeler une mélodie, effectuer des calculs mentaux, essayer de penser à deux images à la fois, imaginer qu'il écrivait à la main le mot 'symphonie', et même prendre une décision. À cette occasion il décida de ne plus se laisser enfermer dans ce genre de dispositif. Lorsqu'il raconta cela plus tard au professeur, celui-ci lui avoua que c'était ce que la plupart des patients choisissaient...
Une fois achevée la PVCSA, prise de vue cérébrale en situation active, Thomas put souffler. Maintenant c'était le reste de son corps qui allait poser pour la photographie et il suffisait de demeurer aussi immobile que possible encore un peu plus d'une demi-heure.
Le professeur lui envoya donc dans les oreilles toute une programmation de hard-rock puis de Vivaldi, Britten et Bach, conformément au goût du patient Lestac, mais vraiment pas selon ses goûts à lui !
Enfin tout fut terminé. Thomas commençait un peu seulement à s'impatienter. Le professeur attendit qu'il se soit rhabillé derrière le petit paravent et l'emmena dans son bureau.
- Monsieur Lestac, voici une bonne nouvelle : il n'y a aucune menace immédiate dans votre cerveau.
- Mais ?...
- Ce n'est pas vraiment un "mais", plutôt un "plus" : votre hémisphère droit présente globalement toute la structure habituelle... plus autre chose.

Aucun commentaire: