Thomas perdit plus des trois quarts de sa contenance en moins d'un quart de seconde.
- Vous... Vous venez de dire qu'il n'y avait r...
- Rien d'immédiatement menaçant, je le maintiens. Il y a en revanche une anomalie totalement inédite, à ma connaissance, mais qui ne s'apparente qu'à une malformation congénitale, qui ne peut pas vous faire de mal, simplement vous compliquer la vie comme elle le fait depuis votre enfance. Et c'est déjà pas mal. Je vous montre.
Il mit en service sa tablette électronique en mode 3D et passa en lecture rapide le scan cérébral « PVCSA » de Thomas en commentant les petits traits et nuages de lumière rouge qui contrastaient sur le reste de l'image, teinté de gris-bleu.
- Selon la tradition le traitement graphique de votre IRM met en surbrillance les zones de plus forte activités. Par exemple, à ce moment de la vidéo vous êtes en train de regarder une image alors c'est l'arrière de votre cerveau qui réagit. A cet autre moment, vous vous remémorez de vieux souvenirs, il se passe des choses dans la base de votre cerveau. C'est tout à fait normal.
Il commenta ainsi chaque étape.
- Maintenant je vous repasse tout ça un peu moins vite et j'agrandis un peu l'image.
Thomas observa attentivement et comprit assez vite. Une fois la vidéo terminée, il se racla la gorge et dit d'une voix faible :
- C'est comme si presque tout se passait en double, n'est-ce pas ? Il y a quelque chose, dans cette partie - il désigna l'hémisphère droit, près du centre du cerveau – qui réagit quasiment à chaque fois, à l'unisson de ce qui se passe à plus grande échelle.
- C'est tout à fait ça en ce qui concerne les réflexes qui répondent à des stimuli extérieurs. C'est différent lorsque vous faites appel à votre mémoire ou que vous prenez une décision. Dans ces cas-là, il ne s'y passe rien. Et maintenant, zoomons sur cette zone étrange.
Le professeur fit en réalité un peu plus que cela. Il chargea un autre scan cérébral nommé « Cerveau témoin pvcsa.bbxss » et mit les deux images côte-à-côte, à la même échelle, en zoomant sur le centre de l'hémisphère droit de chacun.
- Voici un cerveau ordinaire, lui aussi en PVCSA, et sa vidéo est synchronisée sur l'autre. A vrai dire, c'est mon cerveau. Vous observerez qu'en dehors de votre « lobe supplémentaire », si nous comparons, toutes les structures classiques se retrouvent sur les deux cerveaux : il ne vous manque rien, c'est juste un peu serré autour de l'anomalie. Ce n'est pas un problème, rassurez-vous.
- Voui, c'est toujours ça !
- Maintenant, je replace mon cerveau en vue générale, et je maintiens le zoom sur le vôtre. Revoyons les vidéos en accéléré.
Après un visionnage silencieux, Thomas dit, en pesant chaque mot :
- D'accord, je comprends : lorsque c'est l'arrière de votre cerveau qui est sollicité, c'est pareil chez moi mais, en plus, c'est aussi l'arrière de mon anomalie qui réagit. Lorsque c'est sur un côté, idem. Donc...
- Donc tout se présente comme si votre « anomalie » était un mini-cerveau lové au sein de votre hémisphère droit. Mais attention ! Il voyait Thomas blêmir. Je ne dis pas que c'est exactement cela, bien loin de ça. Il ne faut pas croire qu'il y a un deuxième Thomas Lestac, ou son frère, à l'intérieur de Thomas Lestac. Il ne faut pas croire non plus que l'anomalie est un cerveau complet. La preuve : il perçoit les éléments sensoriels via un réseau de nerfs et neurones branchés en parallèle, mais il ne semble pas disposer d'un centre de la mémoire, ni d'un cervelet, ni d'un système de gestion des organes internes ni des mouvements corporels. D'ailleurs, dans ce cas, vous m'auriez signalé d'autres sortes de troubles et vous auriez eu du mal à vivre, tout simplement. Non : vous restez un individu plein et entier, seul dans ses baskets.
Thomas avait beau entendre qu'il était seul dans sa tête, il tourna son regard avec angoisse vers les jumeaux yoruba.
26.2.12
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