23.2.12

Eléphanthôme - 21

- Oui, je me rappelle Kikinou, maintenant, sauf que ça c'est le nom que tu lui as donné. Je crois que pour moi c'était juste « mon doudou ». Tu sais ce qu'il est devenu?
- A priori il a fini en charpie vu comment je le malmenais... Il n'était déjà plus en bon état. Je l'ai eu d'occasion, n'est-ce pas ?
- Bah bien sûr, plains-toi ! Alors que tu t'es servie dans mes affaires ! On n'est jamais si bien servi que par son grand frère !
- Eh eh ! C'est exact. Tu sais quoi ? Je vais voir quand même à la maison s'il ne traînerait pas dans le grenier. J'y passe ce week-end.
- Coolax. Mais ne perds pas de temps avec ça : ce n'est pas important.
Ils parlèrent encore un peu en finissant leur repas des steppes. Puis Philomène fila à la fac en lui redemandant de lui donner des nouvelles après l'examen. Devant son café, Thomas utilisa son Armscreen pour annuler son voyage. Un message quasi instantané de la compagnie l'avertit qu'il était remboursé de soixante-dix pour cent, ce qu'il vérifia aussitôt sur son compte en banque : l'argent était en instance de virement, en effet. Mais Thomas était un peu énervé, non pas du délai - il y en avait pour quatre heures environ - mais du procédé qui consistait à retenir un tiers de la somme « pour frais », alors qu'il y avait une grosse grève. Il ne s'attendait pas à ça puisqu'il n'avait pas lu les petits caractères de son e-ticket. Il apprécia particulièrement l'amertume de son café tadjik...

À trois heures moins vingt, après une promenade digestive au Jardin des Plantes, il se présentait à Tove. Il profita de sa légère avance pour lui dire qu'il connaissait Raphaëlle Santi depuis l'école. Au fond il était assez curieux de savoir ce que sa charmante condisciple avait accompli comme prouesse et ne cachait pas son envie d'en savoir plus.
- Ah ! Vous voulez me faire parler, jeune homme, le taquina-t-elle en roulant les R. Je comprends. Je crois vous raconter mon expérience pourra vous aider. J'avais un souci mental, nerveux. On ne savait pas trop. Des années dans mon pays, je suis allée d'un psychologue à un guérisseur, d'un guérisseur à un shaman, d'un shaman à un sorcier. Moi je croyais que Paavo allait pouvoir me « réparer » d'un coup avec toute sa science... Je venais de retrouver mon frère. J'espérais beaucoup. Je savais qu'il était le plus fort guérisseur !
- Ça n'a pas fonctionné ? Pourtant...
- « D'un coup », j'ai dit. Pendant des semaines j'ai attendu. Aucun changement ne venait. Paavo lui-même était étonné. Mais il s'occupait de ce type de problème pour la première fois. Et là, Raphaëlle a suggéré quelque chose qui m'a aidée beaucoup. Elle faisait la comptabilité un jour par semaine. Elle était très gentille, très saine.
- Elle s'occupait de la compta et elle était au courant de votre maladie ? Thomas était épaté.
- Maladie, c'est un gros mot pour peu. Enfin, oui, Paavo pense ceci : si un collaborateur s'intéresse honnêtement à ce qui se passe dans le centre, il a le droit d'être informé, si la personne concernée est d'accord. Moi j'étais d'accord pour Raphaëlle.
- Eh beh. Bien joué ! Mais Raphaëlle s'y connaît en neurologie ? Je ne comprends pas.
- Il s'agissait d'une question de bon sens. Mon frère est fort dans son domaine mais quand on s'occupe de ses proches, on perd un peu de la lucidité...
Thomas aurait voulu formuler une autre question, elle allait lui échapper, mais :
- Maintenant, reprit Tove assez brutalement mais avec un grand sourire, tarpeeksi, assez ! Ce n'est plus l'heure des confidences, le professeur et la machine vous attendent.
Tove le conduisit par un assez long couloir avec des tournants jusqu'à une porte ornée de divers logos typiques des lieux où l'on emploie des matériaux radioactifs, et d'une lampe qui devait briller rouge lorsqu'on n'avait pas le droit d'entrer.

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