- Bonjour, installez-vous je vous prie ! dit une silhouette féminine qui le croisa souplement tandis qu'il découvrait l'endroit.
Il comprit que la voyante allait tourner la pancarte de l'entrée pour indiquer qu'elle était en consultation. Elle revint aussi prestement. Il regardait le mobilier, propre, net, suédois et fonctionnel, pas du tout les fanfreluches auxquelles il s'attendait. Sans être éblouissant l'éclairage n'était pas trop tamisé. Il n'y avait pas de boule de cristal sur la table carrée recouverte d'une nappe sobre, mais un éloquent tableau des tarifs encadré de gris dans un coin de la petite pièce. La voyante elle-même devait avoir dans les vingt-cinq ans, elle était blonde, frisotée, vêtue d'un jean et d'un corsage noirs. Un maquillage léger ornait ses paupières et elle ne portait qu'une petite bague argentée, à motif d'ankh. Un mug de thé fumait encore sur un coin de la table, à côté de deux piles de cartes assez usagées. Ils s'assirent face à face.
- Voulez-vous du thé ? Cette yourte est difficile à chauffer, dit-elle en plaquant ses mains sur son mug.
- Oh, non merci. Si je peux me permettre, je croyais venir voir une madame Irma, avec des voiles mauves partout, des guéridons...
- Ah ! Oui, on me dit ça souvent. Les temps ont changé, vous savez. Je viens de reprendre l'affaire de ma tante Mathilda et j'ai un peu redécoré. J'hésite à changer l'extérieur puisque les gens se font... une certaine idée de la voyance. Elle sourit de façon assez désarmante. Bon, que puis-je pour vous ? Quelle est votre question ?
- Je ne sais pas trop en fait. Je suis entré comme ça, je vous avouerai.
- Eh bien ce n'est pas un problème. Nous allons voir ensemble ce qui se passe dans votre destin et dans votre tête, si cela vous convient.
- Euh...
- Etes-vous réfractaire à la voyance, monsieur ?
- Ben je ne dois pas l'être tant que ça si je suis ici.
- Eh oui ! Alors je propose de ne pas vous appliquer le tarif habituel. Vous paierez ce que vous voudrez, même juste un Eurofranc symbolique si vous n'êtes pas satisfait.
- Oh, allez, soyons fous ! répondit Thomas, qui se détendait, non pas à cause de la proposition mais simplement parce qu'il trouvait la demoiselle très sympathique, décidément.
- Bien. Alors – et elle sortit un joli dé nacré de sa poche – commençons par déterminer le nombre de cartes de situation. Vous voulez bien lancer ce dé ?
Thomas obtint un six.
- Donc vous allez tirer deux cartes.
- Hein ?
- Un nombre pair signifie « tirer deux cartes ». Cela serait une seule pour un impair.
- Ah bon. OK, je ne demande plus ! Il rougit. Elle fit mine de ne pas le remarquer.
- Cela ne me dérange pas de vous expliquer. C'est un jeu de tarot de Marseille dont j'ai retiré les cartes de basses valeurs. Elle mélangea chacune des deux piles séparément, les faisant tourner sur la table, face cachée. Puis, une fois les deux tas reconstitués : Vous prenez les deux cartes comme vous voulez : il y a la pile des atouts et la pile des figures, vous prenez les deux sur une pile ou une carte de chaque.
- Je vais en prendre une de chaque. Ah ! Celle-ci est à l'envers.
- Il faut la laisser dans ce sens, cela signifie quelque chose. Et vous allez aussi tenir compte de l'ordre, la première ici, la seconde à droite de la première.
- Comme ça ?
- Oui. Nous avons donc, tête-bêche, l'Hermite et le Valet d'Epée. Votre situation, d'après ce que je vois, est celle de quelqu'un qui veut comprendre, surtout le passé, mais s'éclaire en plein jour parce qu'il persiste à ignorer ce qui est évident. Ça, c'est pour l'Hermite. En sens inverse, le Valet d'Epée vous menace ou vous alerte : son épée est dirgée vers vous.
- Cela signifie qu'il serait temps de trancher, c'est bien cela ?
- Il est temps de couper court, oui monsieur. Mais en même temps, le Valet, c'est vous.
8.2.12
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2 commentaires:
Salutation ô illustre créatrice!
Je viens chez toi lire et jubiler ne trouvant rien d'aussi bon même en la royale bibliothèque de Calpatyl.
Merci, Anonyme!
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