- Vous m'intriguez. Votre soeur m'a dit au téléphone qu'elle devait une fière chandelle à Raphaëlle. Vous pouvez m'en dire plus ?
- Non, du moins je pense que cela regarde Tove et mademoiselle Santi. Demandez-leur.
- Oui, hum, excusez-moi.
- Il n'y a pas de problème. Alors, comment trouvez-vous votre plat ?
- J'aime bien la petite touche d'ananas, oui. Et puis le riz thaï, ça vous donne l'impression de vous refaire une santé sans trop vous remplir.
- Oui, c'est tout à fait vrai. Bon, je suis content de voir que vous reprenez des couleurs.
- C'est sûr, ça va nettement mieux. Il faut que je fasse une bonne nuit de sommeil. Seulement...
- Seulement ?
- … Seulement j'appréhende un peu la nuit, justement. J'ai peur de replonger dans un cauchemar, et là d'autant plus que je ne sais pas ce qui m'a valu ce choc chez la demoiselle. Elle était pourtant charmante !
- Ah ? Vous trouvez ? Bon, là n'est pas le propos mais... vous ne perdez pas le nord, vous ! Pour votre nuit prochaine, ma foi je ne peux pas vous aider là maintenant. Ne connaissant pas votre situation neurologique, je préfère ne rien vous prescrire. Un rêve ne peut pas vous tuer, retenez juste ça, et si vous cauchemardez, préparez-vous une phrase de protection, une sorte de mantra, un truc super terre-à-terre du genre « Sochaux remontera sans doute en première division ». Je dis ça au hasard vu que je n'y connais rien au football, hein, mais ça vous donne une idée. À moins que vous ne fassiez précisément un cauchemar à propos du foot, moi je ne sais pas ! Bon, vous êtes libre demain ? Mon planning est entièrement libéré par la grève : tant pis pour Zurich, je podcasterai les discussions et ma contribution n'est pas si importante, allez ! Donc demain à 10h à mon centre ?
- Ça roulche ! Demain à 10h. Et vous me direz ce que j'ai vu chez la voyante ?
- Euh, comme vous dites : ça roulche ! Pardon, mais je ne connaissais pas l'expression...
Ils continuèrent à bavarder de choses et d'autres en dégustant leur dîner. Puis Thomas rentra chez lui, défit ses bagages et se mit au lit.
Une heure plus tard, il ne trouvait pas le sommeil alors il décida de trouver « sa » phrase de protection, vu qu'il se moquait bien de l'équipe de Sochaux. Il choisit une phrase idiote en Japonais, qui signifiait « Mes efforts n'ont pas été inutiles. » Il se la garda de côté, en espérant en trouver une meilleure. Il cherchait toujours lorsqu'il s'assoupit enfin.
Le lendemain il ne se rappelait pas ce qu'il avait rêvé. Il était ankylosé et un vague stress s'était maintenu depuis la nuit. Soudain, devant son café, une image fulgurante s'imposa à lui. Il en avait l'habitude mais cette fois elle se rattachait non seulement à l'Afrique mais aussi à la soirée de la veille.
- Il se rendit au rendez-vous, un peu en avance mais il supposa que le professeur ne le prendrait pas mal. En effet, Paavo Vannakken était disponible et l'accueillit dans son bureau merveilleusement éclectique. A priori on aurait pu penser qu'un petit cerf-volant asiatique, une statuette minuscule d'homme en anorak, des sculptures sombres africaines et un grand pan de tissu sud-américain multicolore ne pouvaient pas s'accorder. Mais il se passait quelque chose de très sympathique dans ce bureau, où il y avait bien cinq sièges, tous différents. Thomas avait le regard attiré par une paire de personnages en bois noir, avec le ventre rebondi.
- Ah ! Je vois que vous avez repéré les frères Yoruba !
- Les frères Yoruba ? Qui est-ce ?
- C'est une façon de parler. Il s'agit d'une sculpture réalisée par un artiste du peuple Yoruba, en Afrique de l'Ouest. Dans cette culture, les jumeaux ont une place bien spéciale. Mais venons-en à vous. Asseyez-vous, absolument où vous voulez, et dites-moi tout.
Thomas choisit un fauteuil rond en cuir capitonné. Il ne savait pas par où commencer.
- Vous n'êtes pas chez un psy, j'espère que ça peut vous rassurer, dit le professeur en s'installant lui-même confortablement, avec un grand sourire.
- Oui, oui, professeur, merci, balbutia Thomas. Bon, voilà. C'était bien un lion, n'est-ce pas ?
- Oui, c'était un lion, avec une femme. C'était la carte qu'on appelle « La Force ».
- Je l'ai déjà vu, ce lion, il m'a rugi des tas de fois dans les oreilles. Sauf qu'il n'était pas là, vraiment pas là du tout. J'entends, je vois, je sens l'Afrique de temps en temps, sauf qu'elle n'est pas là.
Thomas fut un peu surpris de la réponse du professeur, complètement décalée :
- Bon, en revanche la femme de la carte, elle, ne vous dit rien du tout ? Jamais vue ?
15.2.12
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