Dix minutes plus tard Thomas déambulait avenue de France, dans le treizième arrondissement de Paris : il s'éloignait de l'université Diderot où était installé le centre neurologique. Il lança l'appel à Philomène qu'il avait prévu de passer quand il était en tête-à-tête avec Jojo. Il ne se faisait pas d'illusions, à cette heure-là elle devait être en cours. Il fut donc en fait assez surpris qu'elle décroche :
- Ouah ! Philo tu es là ! Coucou c'est moi !
- Tom ? Ben oui je suis là ! Je n'ai pas cours ce matin. Alors ? L'Afrique te plaît ?
- Ah euh... Je ne suis pas parti, je suis à Paris. Il marqua un silence: il regardait un groupe de gnous traverser l'avenue en direction d'un grand magasin spécialisé en articles de sport.
- Tom ? Un problème ? Qu'est-ce qui se passe avec ton voyage ?
- Oh ! Rien de grave, ne t'inquiète pas. Tu es libre ce midi ? On déjeune ensemble ?
- Tu es sûr que ça va ? Cette fois sa voix était un peu taquine. En tout cas oui, je suis libre, ça m'arrangerait qu'on se retrouve du côté de la Sorbonne, comme ça je pourrais aller à mon cours de paléo en t'ayant consacré le max de temps. Toi, je sens que tu as des trucs à raconter. Tu as rencontré une fille, c'est ça ?
- Tu fais de la paléontologie toi maintenant ?
- De la paléographie, rhooo, faut suivre ! Et ne change pas de sujet. C'est qui cette Lydia Dupuis ?
- C'est Lina... Mais comment ?...
- Elle a essayé de me joindre hier, sans laisser de message. J'avais yoga. Enfin bref, je l'ai rappelée et elle a baragouiné un truc à ton sujet, j'ai rien compris. Alors, c'est pour ça que tu pars plus ?
- Mais non, tu ne suis pas les infos ? Bon, on se parlera mieux de vive voix. Et ils convinrent d'un rendez-vous.
Ils déjeunèrent dans un restaurant tadjik rue de la Huchette. Ils étaient trop jeunes pour avoir connu le quartier lorsqu'il alignait les restaurants grecs. Maintenant, après la « crise hellène », comme on disait, et puis après les chamboulements qui avaient accompagné la politique anti-étrangers, il n'y avait plus trop moyen de manger des feuilles de vigne farcies, du tzatziki ou des loukoumades dans le quartier de Saint-Michel. Comme à Ménilmontant, les spécialités d'ailleurs étaient revenues en force, mais ici on avait changé de style : tadjik, kazakh, ouzbek... Les Parisiens découvraient de nouveaux horizons, l'heure était aux chachlyks et au lait de jument fermenté !
Avec ça, Thomas était complètement dépaysé, entre les jumeaux d'Afrique de l'ouest, le léger accent finlandais du professeur, les gnous, et tout et tout...
Philomène lui parla rapidement de ses cours qui venaient de reprendre, début octobre, de son petit ami Brahim, l'intello qui venait de jouer au sportif en essayant le skate board et qui se retrouvait avec une entorse, de leurs parents qui se retrouvaient en face-à-face avec un certain désarroi depuis qu'elle avait pris une chambre de bonne à Clichy... Thomas était content qu'elle lui raconte tout ça, il l'écoutait avec plaisir mais elle, impatiente d'en venir aux nouvelles de son frère, fit aussi concis qu'elle pouvait.
Alors à son tour il lui raconta les événements qui s'étaient enchaînés depuis vingt-quatre heures. Elle fut assez déconfite de découvrir qu'il n'y avait pas d'histoire sentimentale dans l'affaire mais reprit courage en entendant l'épisode de la voyance. Thomas rougit à moitié. Mais il en vint à la matinée au centre neurologique et Philomène reprit son sérieux.
- Tu veux que je t'accompagne ? Sérieux, je peux sécher mon cours de paléo, il y aura bien quelqu'un qui me passera ses notes.
- Non, non, je sais que ça peut paraître bizarre mais je ne suis pas vraiment inquiet. Le professeur a l'air d'un chic type et puis si j'avais quelque chose de grave, ben il me semble que ça aurait empiré, depuis tout ce temps.
- Mouais. Tu as raison. Mais tu me tiens au courant. Ton histoire de « zoo personnel », elle me fait penser aux peluches, à la girafe Sophie et à Kikinou.
- Kikinou ? Mais de quoi tu parles ?
Ben, tu sais : ton doudou, qui est devenu le mien après... encore que si j'avais su à l'époque qu'il avait été le tien je n'en aurais jamais voulu! Kikinou, le lion.
22.2.12
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire