17.2.12

Eléphanthôme - 17

- Vous ne semblez pas vexé outre-mesure... reprit Vannakken.
- Vexé de quoi ? D'avoir été grugé ? Bof, je suis entré là sans but et je ne m'attendais pas à un miracle. Je suis plutôt content du résultat en fait, j'ai l'impression d'avoir fait avancer des choses.
- Vous oubliez que vous vous êtes retrouvé par terre, pourtant !
- C'est vrai... Vous croyez que c'est grave ?
- Nous verrons, mais ne vous en faites pas : vous êtes ici dans l'un des meilleurs centres neurologiques de France. Je vous préviens cependant que vous avez plein de paperasses à faire, la routine indispensable...
Il prit la tablette électronique posée sur son bureau et la lui tendit, en lançant l'application "1ère visite" :
- Je vous laisse avec ça. Il y a une demi-douzaine de formulaires successifs: la fiche classique d'identité, les autorisations pour les prises de vue IRM, radio, écho, une assurance, vos antécédents familiaux. Si vous n'êtes pas hostile au fichage administratif, vous avez peut-être déjà un dossier bien fourni dans le serveur de l'Admisphère ; dans ce cas vous trouverez des liens à différents endroits pour en télécharger les éléments concernés en vous identifiant avec votre Armscreen. Ça ira plus vite. Vous voulez de la musique ?
Thomas accepta. Le professeur cliqua sur son iPin connecté sans fil aux murs de la pièce. Une mélodie japonaise au shamisen se développa doucement autour du jeune homme.
- Je reviens dans dix minutes. Appelez-moi si vous avez terminé plus tôt. Mais prenez votre temps: même si c'est fastidieux, plus vous serez précis plus nous avancerons vite.
Thomas compléta donc assez rapidement les formulaires. Lorsqu'il aborda la section sur la famille il se rendit compte qu'il aurait dû davantage parler avec ses parents, davantage apprendre sur ses aïeux, davantage aussi faire connaissance avec Philomène, du moins dans la mesure du possible vu à quel point elle était secrète.
Il avait fini au bout de cinq minutes mais au lieu d'appeler le professeur, il préféra profiter du calme du bureau et admirer les œuvres d'art. Il revint aux jumeaux africains, en admira la patine et la dissymétrie subtile et très équilibrée. Il n'était pas spécialiste du tout mais il percevait la perfection de cette sculpture, et puis la force quasi hypnotique qu'elle dégageait. Les yeux, surtout, l'attiraient et il n'avait pas envie d'en détacher le regard.
Cependant, peut-être sous l'influence de l'air de shamisen, il pensa soudain "mes efforts n'ont pas été inutiles", en Japonais, et le charme se rompit.
Puis le professeur revint, muni d'un étrange appareil qu'il posa sur un guéridon dans un coin de la pièce :
- Ah bien ! Vous avez déjà terminé. Je vais examiner tout cela. En attendant, vous voulez bien, pendant trois minutes montre en main, fixer du regard cette petite machine ? Elle ne vous fera pas de mal, elle sera même, en apparence totalement inerte, ajouta le professeur en souriant. Pendant ce temps je vais consulter et télécharger les éléments d'information les plus immédiatement utiles dans vos formulaires.
Thomas se soumit à la consigne. Il s'assit bien droit dans son siège en se tournant vers l'appareil, mit son minuteur d'Armscreen en marche pour trois minutes en se demandant s'il était devenu un oeuf à la coque, et figea son regard droit devant lui. L'objet, globalement cylindrique, vertical, mesurait environ vingt-cinq centimètres de haut, ne présentait aucune symétrie dans les détails, semblait composé de bois clair et métal gris. Son design ne correspondait pas au style rustique en vogue à l'époque. Il présentait des courbes et des faces plates et anguleuses, un drôle de mélange. À peu près au milieu face aux yeux de Thomas se trouvait un oeil électronique, comme sur une caméra mais ovoïde, allongé dans le sens de la hauteur.
Thomas se demandait à quoi pouvait servir un tel dispositif.
Au bout d'environ deux minutes, l'oeil vertical parut cligner de ses paupières de métal, Thomas en fut tout troublé.

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