- Pour l'heure, reprit le professeur Vannakken, il faut aller dîner. En tout cas j'ai faim et vous, vous devez reprendre des forces. Mademoiselle...
- Oh ! Mademoiselle ! s'exclama Thomas en sortant son porte-feuille, il faut que je vous règle.
- Vous plaisantez ? Non, non. Je préfère oublier tout ça, vous m'avez fait peur et je crois que d'une certaine façon que je ne comprends pas, l'inverse est vrai. Allez, et la prochaine fois que vous consultez une voyante, il faudra avoir dormi et mangé auparavant ! Elle sourit.
Les deux hommes la saluèrent et sortirent. Les bonnes petites brasseries ne manquaient pas dans le quartier même si pendant le quinquennat « blond » Ménilmontant s'était dépouillé de ses restaurants exotiques que Thomas affectionnaient tant. Heureusement, quelques-uns avaient tenu bon et d'autres avaient réouvert depuis peu. Ils décidèrent de manger thaï dans une gargote nommée « Au lapin agile » par dérision. Thomas le connaissait bien.
Une fois qu'ils furent installés, Thomas aurait bien voulu aborder le sujet qui le préoccupait. Mais le professeur Vannakken demeura inflexible :
- Pas de précipitation ! Je pourrais vous dire que je ne suis plus en service, si ça pouvait vous convaincre qu'il faut juste profiter du repas, mais je ne serais pas convaincant parce que j'aime mon métier, ça doit se sentir. Simplement il s'agit de vous : il ne faut pas brusquer votre système nerveux. Regardez-moi cette crevette !
- Oui, j'aime bien cet endroit. De l'extérieur il ne paye pas de mine, pourtant.En 2012, quand il a fermé, nous avons bien tenté de protester mais ça a été une période vraiment compliquée... À l'époque, il était quelques numéros plus bas, il s'appelait « L'appétit thaï », un drôle de nom, mais il faut dire que le patron est très original. Thomas marqua un silence. Mais, dites-moi, vous avez un très léger accent et votre nom est clairement étranger. Comment avez-vous fait ?
- Oh c'est une longue histoire. En fait, ma mère est française et mon père, sans l'être, venait tout de même d'un pays de l'Union européenne. La double nationalité m'a assez bien préservé des expulsions, et puis aussi j'ai passé une grande partie de ces années-là à voyager et à travailler dans des centres de recherche au Canada, en Suède... Cela ne fait pas beaucoup de temps que j'ai pu ouvrir mon propre centre ici, à Paris. C'était il y a deux-trois ans, quand les Français se sont rendu compte de ce qu'ils avaient fait et ont repris doucement les rênes. Mais je suis très attaché à Paris, c'est là que j'ai étudié, c'est là qu'ont vécu certains de mes ancêtres. Heureusement, ma soeur Tove s'y sent très bien aussi.
- Heureusement ?
- Oui, parce que Tove est ma demi-soeur, elle est 'uniquement' finlandaise, elle est même d'origine sami, un peuple du Nord. Son père l'a élevée en Laponie... Enfin bref, sans entrer dans les détails elle a décidé de me rejoindre à Paris pour changer d'air et pour finir de soigner ses petits soucis neurologiques avec moi. Et là, poum, elle a rencontré son époux. Ils ont déjà deux enfants ! C'est une belle histoire, rapide mais intense !
- Et... elle va donc mieux ?
- Oui, elle va très bien. Et c'est un peu grâce à votre amie Raphaëlle. Elle est très futée, cette demoiselle !
14.2.12
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire