- La Maison-Dieu, reprit la jeune femme, à cette position c'est l'annonce d'une cassure. Regardez, c'est littéral : le toit, c'est-à-dire ce qui est essentiel, ce qui domine, ou bien l'esprit lui-même, est couronné. Il tombe, frappé par la flamme descendue du ciel, à moins que la flamme au contraire ne sorte de lui, explo...
- Oui, c'est encore équivoque, l'interrompit Thomas d'une voix fatiguée. Il était un peu pâle.
- Les tarots sont un support, et à ce titre ils présentent les deux faces d'un phénomène, d'un concept.
- Mmh.
- Deux personnes chutent, l'une devant et l'autre derrière la tour. Il se crée une dissymétrie qui est très différente de ce qu'on voit dans la Tempérance par exemple. Elle but un peu de son thé. L'une des figures passe devant et domine l'autre. Le tri se fait.
- Vous voulez dire que je vais me débarrasser de mon problème ? Thomas fermait à demi les yeux, comme pour réfléchir.
- Si vous avez effectivement un problème, oui, je pense que vous en trouverez la solution à la fin du processus. Mais les cartes de situation ne disaient pas : « Un problème me pèse ». Elles disaient : « Je suis perdu, j'ai un choix à faire pour trouver mon chemin ».
- Ouh là, dit Thomas en se redressant mollement sur son siège. Bonne leçon pour moi, je vais aller méditer tout ça... Il sortit son porte-feuille.
- Attendez, ce n'est pas fini.
- Ah bon ? Pourtant vous me pronostiquez ce que je veux entendre, moi je suis content, quoiqu'un peu dubitatif. Thomas serait bien rentré chez lui immédiatement. Il se sentait vaseux. Il avait chaud.
- Ça sera court : à la fin de ce type de tirage, on procède toujours à une dernière pioche pour obtenir la synthèse de tout ce qu'on a sorti. Elle rassembla les cartes, les posa sur la table en une seule pile. Cette fois vous coupez le paquet, vous prenez la lame du dessus de la pile d'en dessous et vous la révélez. Impeccable. Ah ! C'est l'atout des tarots qu'on appelle, paradoxalement... Mais... Qu'avez-vous ?
Thomas, blanc comme un linge, s'était figé et resta immobile deux-trois secondes à contempler la carte. Puis il s'écroula progressivement en arrière et glissa à moitié vers le sol.
- Ah non, ne me faites pas ça, monsieur, non, non, NON ! S'écria-t-elle.
Elle se leva d'un bond et vint s'assurer qu'il ne se blesserait pas en finissant de s'évanouir. Ne disposant pas d'un semblant de lit elle lui desserra le col et la ceinture – on faisait comme ça dans les films ! Elle écouta sa respiration. Heureusement elle était régulière et suffisamment puissante. Le coeur ? Il battait. Ouf. Elle se dit que peut-être c'était dans l'ordre inverse qu'elle aurait dû s'en préoccuper.
- Merde, merde, merde, MEEEERDE ! Mais qu'est-ce que je vais faire ? Elle paniquait pour de bon. Je ne peux pas appeler les secours, ils me foutront la police sur le dos et je serai fichue. Rhâââ mais quel con !
Elle le surveilla un instant, le trouvant, quand même, drôlement mignon. Cela la calmait et lui donnait de drôles d'espoirs mais... mais ce n'était pas le moment de penser pâquerettes et papillons...
Elle le gifla : une fois doucement, encore une fois doucement, une troisième fois pas du tout doucement. Elle cria. Eh non, monsieur était dans les choux.
Alors elle eut une idée. Elle lui prit le poignet pour connecter leurs Armscreen. Normalement seules les autorités de sûreté ou de sécurité pouvait accéder à la ZDP, la zone de données publiques des particuliers porteurs d'Armscreen, c'est-à-dire presque tout le monde. La ZDP permettait de connaître l'identité de l'individu, son groupe sanguin, son choix concernant le don d'organe, des choses utiles comme ça, et la personne à contacter en cas d'accident. Pour une hacker comme elle c'était simplissime. Elle déroula le menu de son propre Armscreen, hop un tapotage sur la charmante icone composée d'un coffre-fort et d'un bâton de dynamite, quelques réglages et c'était lancé. Le téléchargement ne prit même pas le temps de dire « zoup ».
- Ah ! Voilà : « en cas d'accident contacter Philomène Lestac, soeur, identifiant philo_42@moon#silver.dragon ». Je préfère ça. Je l'appelle et en l'attendant je range tout, ni vu ni connu.
9.2.12
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