15.5.14

Sizaine - 15

Sizaine avait appris le langage et l’écriture des humains qui vivaient autour d’elle mais elle n’était pas très adepte de leurs villages et de leurs villes, même si on y trouvait un nombre incalculable de moteurs, d’engrenages, de roues. Elle n’appréciait pas les changements rapides de leur langue et de leur architecture, elle éprouvait quelques difficultés à les suivre. En plus, l’émergence de l’électronique avait tout de même un peu réduit la mécanique, c’était moins drôle de se promener parmi ces villes géantes, en fantôme invisible.
Les bibliothèques ne l’avaient jamais amusée outre mesure. Parmi les nipalichoms, c’était la mémoire des anciens, transmise oralement, qui permettait d’apprendre le monde.
En y repensant, elle se demanda pourquoi elle avait choisi de chercher sa réponse chez les humains et pas directement chez les nipalichoms, qui vivaient depuis plus longtemps et connaissaient mieux la nature. Peut-être était-ce l’expression de Roule-Rouille, « tourne à plusieurs sinon tu meurs », qui lui avait fait penser à l’union des ressources de tous les peuples. Ou peut-être était-ce une intuition, ou bien encore sa curiosité, qui l’amenait là.

Sizaine passa les deux jours suivants, et les nuits surtout, à feuilleter toutes sortes de livres dans la bibliothèque principale de la capitale, mais ne se résolut jamais à utiliser l’informatique, trop froide, suintante d’ondes électro-magnétiques crispantes. C’était surtout la nuit qu’elle lisait, parce qu’alors elle n’avait pas besoin de s’assurer que personne ne verrait un livre bouger tout seul.
À l’aube du jour du rendez-vous avec Grévil et Jorény, fourbue parce qu’elle avait manipulé en quelques dizaines d’heures des livres presqu’aussi grands qu’elle, elle reprit des recueils de poésie et se dit que décidément les écrivains comparaient souvent la Lune avec un oeil. Finalement, c’était une piste comme une autre: elle opta pour une petite visite au central de la Lune.

Aucun commentaire: