31.5.14

Sizaine - 20

Pourquoi avaient-ils choisi cet observatoire spatial plutôt qu’un autre? Ils n’y avaient pas réfléchi, c’était simplement le premier dont ils trouvaient le poste de commande, à une distance raisonnable pour Grévil. En plus du hasard, ils se fiaient comme souvent à leur intuition, et en général ça leur avait réussi.
Là ils se demandaient si le hasard, la commodité et l’intuition allaient suffire. Mais après tout, un télescope ou un autre… Advienne que pourra à partir de là, puisque Grévil s’occupait de la suite. L’angoisse montait en eux à mesure que la fin du monde annoncée devenait de plus en plus imminente et probable, mais ils ne voyaient pas ce qu’ils pouvaient faire d’autre.
Sans en parler ni l’exprimer outre mesure, ni même y penser réellement, ils formaient maintenant un couple très uni, alors qu’au moulin ils n’étaient que des amis d’enfance. Alors, après avoir rejoint Grévil, après lui avoir donné toutes les informations nécessaires, ils s’enlacèrent d’un même élan, laissant libre cours, enfin un peu, à leur panique et à leur soif de réconfort.
Près d’eux, Grévil se préparait à partir en relaçant ses bottes. Il leur dit en passant près d’eux, d’un ton lugubre:
« Vous aurez sans doute bientôt fini de vous morfondre, petits virevolteurs. Et les snelts vivront enfin à leur rythme, ajouta-t-il plus sourdement. »
Puis il lâcha la baguette de noisetier que Jorény tenait distraitement.

Quand il eut disparu, Jorény s’écarta un peu de Sizaine et lui confia sa peur.
Sizaine lui proposa:
« Nous pouvons partir vivre sur une autre planète, et convaincre nos familles de le faire, il est encore temps.
- Ce n’est pas possible, tu le sais bien. Seule la Terre est vivante. Nous ne tiendrons pas longtemps ailleurs. La Lune, à la limite… mais si la Terre est dévastée par un accident cosmique, la Lune en est trop près… Il faut se préparer au pire si Grévil n’arrive pas à convaincre les hommes.
- Tu as raison…
- Mais tu sais, il y a quelque chose que je voudrais faire avant de…
- Oui? Sizaine, le regarda, soudain le coeur emballé.
- Oui, ça aussi je veux le faire avant, dit Jorény d’un ton entendu, en rougissant… et il l’embrassa longuement, un temps qui parut agréablement infini et tourbillonnant. Mais aussi, je voudrais rencontrer le nipalichoms centraux. C’est un très vieux rêve. »

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