1.5.14

Sizaine - 7

Elle s’était endormie sur le bord du chemin. Jorény la réveilla en la secouant doucement. Il était très inquiet, cela ne ressemblait pas à Sizaine de rester ainsi inconsciente sur une touffe d’herbe pleine de cailloux. Il s’était impatienté, étant lui-même assez curieux de nature, et lorsque le meunier avait arrêté le moulin pour aller livrer son grain, Jorény en avait profité pour dévaler le chemin.
« ‘Zaine, allez, réveille-toi, tu es toute pâle, qu’est-ce qui s’est passé?
- Oh ma tête! se plaignit-elle. J’ai fait un drôle de rêve.
- Tu as pris un coup de soleil, je parie!
- Mais non. (Elle ramassa son carnet et y vit le dessin de Grévil.) Et ce n’était pas un rêve. Axe-en-bois! Qu’est-ce qu’il faut faire, alors? »
Elle raconta tout à Jorény, et dut s’y prendre à plusieurs fois parce qu’il ne la croyait pas, jusqu’à ce qu’elle lui montre la silhouette, au bas de la colline, qui marchait de plus en plus vite à mesure que Grévil s’éloignait d’eux et de leur influence réciproque.
Jorény fut pris d’une angoisse flagrante: ses yeux étaient équarquillés et son nez s’assombrissait:
« Mais… Mais… mais… bégaya-t-il, mais les nipalichoms ne peuvent pas empêcher quoi que ce soit de tourner! Nous accompagnons le mouvement, il ne vient pas de nous!
- C’est vrai, pourtant Grévil avait l’air sûr de pouvoir compter sur nous.
- Sur nous, sur nous… tu vas vite en besogne!
- Oui, je veux dire: sur nous les nipalichoms! Mais toi comme moi nous sommes tout jeunes, nous ne pouvons rien faire d’autre que prévenir les plus anciens, ceux qui savent.
- Remarque…
- Oui?
- Dans ce cas, peut-être qu’il faudrait en parler directement aux plus anciens d’entre nous?
- Tu veux dire, aux centraux?
- Oui. Je sais, personne ne va jamais les voir, mais ils existent forcément, non? »

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