2.4.06

"Le lieu où l'on lit, c'est le métro."

"Du point de vue de la lecture, le métro offre deux avantages: le premier est qu'un trajet en métro dure un temps presque parfaitement déterminé (environ une minute et demie par station): cela permet de minuter ses lectures: deux pages, cinq pages, un chapitre entier, selon la longueur du trajet. Le second avantage est la récurrence bi-quotidienne et penta-hebdomadaire des trajets: le livre commencé le lundi matin sera terminé le vendredi soir..."

Georges Perec, Penser/Classer

C'est sans compter avec les pensées perpendiculaires de la mauvaise concentration, avec le rythme irrégulier des travailleurs décalés et avec les incidents techniques. C'est sans compter aussi avec les bibliophiles malchanceux: ceux qui ne prennent pas les transports en commun.
Sacré Perec!
N'empêche que grosso modo, perso, je trouve qu'il a raison: pendant que nous dévorons un livre, une part de notre conscience de lecteur découpe le livre en petites tranches liées au rythme de notre vie et mesure ce qu'il lui reste à découvrir: une bouchée pour Réaumur-Sébastopol, une bouchée pour Etienne Marcel... La vie et le livre intrinsèquement liés donnent une échelle de temps gourmande et spatiale à la fois. A cela s'ajoute le délai imposé par la bibliothèque de prêt!

10 commentaires:

Anonyme a dit…

George Perec était un joueur de mots émérite, un journaliste plus que correct et un érudit doté d'un grand sens de l'humour, mais franchement, son style, ça n'est pas la panacée... Ecrire le plus petit alexandrin et le plus long palindrome de la langue française, c'est un exploit, mais ça n'a qu'un intérêt limité, surtout que ni l'un ni l'autre n'ont beaucoup de sens, et ni l'un ni l'autre ne font partie d'une oeuvre qui les sublimerait, comme "Cette obscure clarté...", éternel exemple scolaire d'oxymore issue de la pièce classique. Il n'y a qu'à voir le destin réservé au plus long roman français, "Artamène", écrit au XVIIIe siècle par un nobliau qui a dû beaucoup s'ennuyer, et qui fait quand même environ 13500 pages sur les aventures d'un roi de Perse (en l'occurrence, Cyrus) : Personne ne le connait, personne ne le lit, ni maintenant, ni à l'époque de son écriture. C'est une curiosité académique, un succès d'estime. Quant à Perec, il est moins prolifique (d'aucuns diraient qu'il a moins de mérite, mais là n'est pas la question), et l'on peut arguer qu'il n'écrit pas mal. Je persiste à le trouver moyen, comme un amateur, un tâcheron du verbe et pas un artiste. Il incarne d'ailleurs tout ce que je déteste en moi... Ciel, comme c'est soudain psychologique ! D'un autre côté, si LUI arrive à être publié, alors je peux écrire un roman quand je veux... Je serai d'ailleurs content si j'ai une carrière comme la sienne.

P.s.: Je m'aperçois que, depuis quelques temps, je colonise abusivement votre Blog, cher Loupil, pour y écrire de longs billets qui n'ont rine à y faire... Je m'en excuse promptement ! Ils seraient plus à leur place sur ma propre page, et je vais de ce pas les y mettre. C'est que le meilleur moyen d'avoir des idées est de se lever et d'aller apprendre quelque chose, et que l'étrange dualité de votre journal intime public me fait réfléchir plus souvent qu'à mon tour. Je vous en remercie, mais j'essaierai d'être plus bref à l'avenir !

Julie a dit…

Vous êtes toujours le bienvenu, sachez-le.

marie.l a dit…

Vous évoquez les Parisiens bien sûr et c'est normal puisque vous l'êtes... Quand on arrive à mon âge et surtout à ma disponibilité, il ne me reste pas que le TER ou les grandes lignes pour lire.

Avant lorsque je faisais partie des "actifs", le trajet pour me rendre à mon travail prenait 5 minutes, mais les journées étaient telles que je n'avais guère de temps pour moi... et là, je rattrape ce que je peux et dans tous les domaines!
J'aime bien Perec et ses comparses de l'Oulipo !
Bon début de semaine Monsieur Renard

Julie a dit…

Bonjour Mariel,
Malgré ses défauts de style et son parisiano-centrisme, Perec est tellement joueur, amateur de puzzles et tricoteur de mots que forcément il fait partie de ma toute petite blibliothèque.
On ne lit pas seulement dans les transports en commun, mais ces moments de tata-tatoum favorisent une lecture particulière, au cours de laquelle on bouge parallèlement aux personnages ou aux idées.
Bon début de semaine!

Anonyme a dit…

Perec me fatigue : trop de jeu tue le jeu, de plus un jeu sur le verbe trop "mathématique" à mon goût. Et pour moi, lire dans le métro, c'est oublier totalement la notion de temps, de déplacement, c'est voguer dans un autre espace-temps : le but recherché !

Anonyme a dit…

Vi, mais il y a des chanceux qui peuvent les exploser, les délais (hi hi hi ! d'une délinquante bibliophile bénéficiant d'une auto-autorisation illimitée).

En tout cas, très beau post, Renard !

Julie a dit…

Hellllo! A chacun ses petits privilèges, miss Poivert, et celui-ci n'est pas volé. J'en donnerais ma patte avant-droite à couper!

Bonjour aussi Freudine, vous me faites toujours creuser dans le bon sens: merci de vos passages par ici. Voguer c'est encore se mouvoir, n'est-ce pas? En s'évadant du contexte (et en ratant sa station...) on vit inconsciemment un très joli mobilis in mobile.

Anonyme a dit…

Tiens, si je racontais ma vie ? Une fois, plongée dans un bon bouquin, j'ai tellement bien occulté mon insertion spatio-temporelle, que je me suis retrouvée au garage des métros, si !
J'ai du avoir l'air particulièrement bête quand :
1. J'ai tambouriné la vitre pour alerter de ma présence le cheminot qui regagnait l'avant du train.
2. Je suis descendue, toute penaude, à la première station de la ligne, sous le regard amusé des voyageurs.

Brigetoun a dit…

pauvre Pérec moi il m'a donné beaucoup de plaisir, surtout quand je sens que jeu il y a mais que mon petit crane ou mon impatience ne me permette pas de le localiser. En tout cas, sauf en ce qui concerne la limite de la semaine il a bien raison, et n'est que de voir un wagon de métro le matin. D'autant qu'un livre est plus facile à manier qu'un journal. Moi je ne loupais pas les stations mais il pouvait m'arriver de poursuivre la lecture dans la rue, ce qui était mauvais pour les nerfs des automobilistes

Audrey H. a dit…

*la récurrence bi-quotidienne et penta-hebdomadaire des trajets*
C'est bien du Pérec!
Pour se torturer le cerveau et faire une analyse à l'intellectuel du quotidien, depuis "les Choses" il est toujours égal à lui-même!