Guido reprit, en lui tendant un petit objet sombre: "Et vous ne me demandez pas à quoi sert le dictaphone?
- Ah oui, le dictaphone, c'est vrai. Je suppose qu'il suffit de le mettre en marche pour savoir, essayons" et il appuya sur Lecture:
"Bonjour, Nouveau, ou quel que soit le nom que tu t'es choisi. Tu as tout de suite dû t'en inventer un autre bien de ton cru, trop orgueilleux n'est-ce pas? Oui tu reconnais cette voix: c'est la tienne. Ca te dit quelque chose? Normalement, tu commences à recouvrer la pleine conscience de ton passé. Et, comme par hasard, la lumière est revenue dehors, et pas mal d'autres choses aussi, hé hé. Regarde donc par la fenêtre."
Poussière jeta un coup d'oeil mais il se doutait déjà du résultat: la ville était redevenue vivante, une lumière de lune rousse baignait les rues, où circulaient toutes sortes de véhicules et de piétons. Les enseignes indiquaient des galeries d'art, des artisans d'art, des charcuteries d'art*... Des textes et des logos ornaient avec harmonie les portes, panneaux routiers, affiches... les formes mêmes des immeubles étaient plus douces.
"Et voilà le travail! Tu as franchi avec brio la première épreuve et tu commences à te dire que microcosme et macrocosme ne font qu'un, que tu es en phase avec l'univers, que tes pensées façonnent ton monde. (Un silence) Foutaises! Tu... enfin je veux dire: j'ai su qu'un jour je me prendrais pour le nombril universel et qu'il faudrait sévir. C'est pourquoi cette épreuve de réminiscence n'est que le début. Guido va t'expliquer la suite." La cassette arriva au bout et le dictaphone émit un clic de fin.
Entretemps, Guido avait éteint la bougie. Elle faisait maintenant planer dans toute la pièce son odeur, savant mélange du parquet ciré de l'école primaire de Poussière, des dalles de marbre du Louvre où il avait passé ses années d'études et du sol mousseux des forêts où il aimait courir des heures durant: un parfum de sol, rien d'étonnant en somme pour un dénommé Poussière.
Guido était tout sourire: "Pour la deuxième épreuve, vous avez le droit de me poser une question et vous devrez répondre à la mienne. On commence par qui?
- Par moi: pourquoi ne portez-vous pas de badge?
- Pourquoi êtes-vous si agressif?"
*Petit clin d'oeil au peintre Gustave Adolphe Mossa (1883-1971; âmes sensibles s'abstenir à cause des blasphèmes et de la morbidité; j'avoue: j'adore!).
8.8.06
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6 commentaires:
ah ! m'sieur Loupil, voir Gustave-Adolphe le matin à 7 h après avoir lu votre suite, c'est le bonheur ...merci !
Excellent !
Je découvre en prime Mossa.
"Âmes sensibles s'abstenir": pourtant c'était écrit!
Caca boudin!
2 remarques sur les tableaux de Mossa figurant dans le lien:
- celui sur Bruges m'intrigue et je ne le comprends pas;
- celui intitulé "Pierrot s'en va" m'évoque le Nosferatu de Werner Herzog (celui avec Adjani). Qu'en penses-tu?
de Mozza j"aime mieux les sujets que la facture - peut être les 3 évangélistes et Marie de Magdala - maintenant que le monde est revenu Poussière Nouveau va-t-il poursuivre les épeuves ?
bon Mossa
Les reproductions du site que j'ai choisi pour illustrer Mossa sont de piètre qualité mais ont le mérite d'être nombreuses et de tenir en une page. G.A.Mossa est rare sur Internet. Je vous renvoie à la lecture de:
Gustav Adolf Mossa: l'oeuvre symboliste, 1903-1918
(Paris, Pavillon des arts, exposition présentée en 1992)
Catalogue par Jean Forneris
Ed. Paris-Musées, 1992
ISBN 2-87900-090-4
Je garantis qu'en vrai la facture est tout à fait honorable, avec des effets de texture très sympathiques. Après, oui, c'est un peu irrévérencieux, un peu maigre, un peu pâle, un peu sanglant... L'autre face de la "Belle Epoque".
Je n'ai vu aucun "Nosferatu" et le Pierrot me fait penser à une vieille séquence filmée: un Pierrot-marionnette qui coupe ses fils un à un et meurt. Ca vous dit quelque chose? Pierrot ne sait pas vivre, il n'a que la Lune pour pleurer.
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