4.8.06

L'anémie intérieure

Les artères de la cité, où qu'il regardât, donnaient l'impression d'attendre des passants depuis des millénaires. Aucun pouls ne battait plus dans l'organisme urbain.
L'ensemble demeurait pourtant quasiment conforme à son souvenir: des bâtiments hauts et métalliques (un peu plus métalliques qu'avant, cependant) bien qu'au style "biologique" affirmé dans les éléments décoratifs, les pilastres suggérant des os ou des tiges, l'asymétrie, les rondeurs élancées...
Mais, remarqua-t-il, tous les signes avaient disparu: plaques de rues, enseignes, numéros, logos, couleurs, tout cela avait été abstrait du lieu à perte de vue. Pour tout dire, ce n'était même pas une ville-fantôme. C'était une ville-vampire vidée de son âme en même temps que de son sang.
Poussière s'assit par terre, à même le bitume de la chaussée. Au moins il pouvait s'offrir ce luxe sans danger puisqu'aucun véhicule ne fréquentait plus ce secteur. Il fit un retour en lui-même, en se concentrant sur le petit point focal entre ses yeux à l'intérieur du crâne, ce point particulier qui sert à la méditation. Cela lui était venu spontanément. Il fallait qu'il pense plus tard à se demander d'où il tenait la technique, se dit-il, mais la priorité était ailleurs.
Il était posé là à passer en revue différentes hypothèses: était-il fou, amnésique, en panne de "points de réalité" ou simplement, très très simplement, en train de rêver? En tout cas il ressentait de terribles manques: s'il était Nouveau, où était Ancien? Où était Août? Où étaient ses souvenirs? Par où commencer ses recherches?
Il était posé là le nez dans les questions, quand le soleil pâle se coucha sans prévenir. Un grand "TOC" très sec retentit, suivi d'une vibration angoissante. Poussière se sentit très bête, assis là dans le noir, très vulnérable surtout.

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Bien raison, Audrey Hepburn, pour les petits côtés orwelliens !

Brigetoun a dit…

pauvre frère Poussière assis dans le noir d'une ville qui s'est vampirisée elle-même. ne pouvant même plus accrocher son regard aux éléments biologiques, va-t-il partir à la recherche du bouton pour ramener la lumière ?