3.2.09

Nautodrome 79 - Soldats de plomb

"Présent, répondit l'homme, les yeux mi-clos.
-Bien. De votre présent remontons au passé d'An'stice. An'stice a... disons... deux ans. Vous y êtes?
-J'y suis.
-Racontez à cette petite fille comment vous connaissez ses parents et ce qui arrivera à ses parents.
-An'stice... Tu fais la joie de tes parents et tu fais l'orgueil du roi, comme ton père avant toi. La lignée de Tram'Barry est bénie par la Flamme, vous êtes le flambeau du royaume. Moi... je suis un simple commandant mais le roi m'a pris sous son aile pour assister ton père. Il y a seulement une petite chose qui lui a échappé.
-Quoi donc? Demanda An'stice, anxieuse.
-Qu'une bombe ne peut servir qu'une fois."
-De quelle bombe parlez-vous, colonel?
-De ton père: le duc Tam'ulder de Tram'Barry est la plus puissante arme développée par notre souverain. Sa majesté Har'steen III se plaît à collectionner, améliorer et tester tout ce qui peut l'aider à gagner la guerre. C'est son pouvoir.
-Mais... Quelle guerre?
-La guerre en général, n'importe laquelle qui voudra bien se présenter. Une de ses devises n'est-elle pas 'On ne sait jamais'?
-Alors il a fait de mon père une arme. Un lance-flammes, je parie.
-Oui. Du moins, il a, par je ne sais quelle magie qui lui est propre, augmenté le pouvoir igné de Tam'ulder, et il l'a tenu à sa disposition par mon intermédiaire.
-Comme il l'a fait avec moi.
-Oui... et non. Parce qu'il n'a pas souhaité que cela se reproduise.
-Cela?
-L'accident qui a causé la mort de tes parents: il a causé bien plus de morts encore. Tu te rappelles l'éruption du Mont Hardant, il y a vingt-neuf ans?
-Sainte Gerbe! C'était mon père?
-Oui, il était en mission. Ta mère avait insisté pour l'accompagner. Il devait simplement créer un 'incident diplomatique' léger entre l'Elporie et le Pays de Kau, pour faciliter nos exportations industrielles vers Caltyl. Pour une raison jamais élucidée, ton père a totalement perdu le contrôle de son pouvoir et il se trouvait si près du Mont Hardant que... Voilà, ce n'était pas une éruption volcanique ordinaire.
-Tout a été détruit sur des kilomètres à la ronde, et il y avait tellement d'habitants sur les flancs du volcan... Je m'en souviens, j'étais toute petite. Oh. An'stice, bouleversée, marqua un long silence. Dedlar aurait voulu la réconforter mais elle demeurait hors d'atteinte. Pourquoi n'ai-je jamais fait le rapprochement avec la disparition de mes parents, juste à la même époque?
-Tu as été conditionnée pour cela.
-Ma mère, qui était-elle? Etait-elle une espionne elle aussi?
-Je... Oui, la plus merveilleuse, la plus intelligente qu'il me fut donné de rencontrer. Ton père fut le plus chanceux de nous autres.
-Et vous, quel est votre rôle finalement?
-Le roi m'a chargé de veiller sur toi comme sur la plus précieuse de ses armes, de t'utiliser et aussi de t'éliminer en cas de trop grand risque. C'est en cela que je devais être ton bourreau?
-Je ne suis pas une arme.
-Oh que si. Le roi t'a transformée, mieux encore que ton père. Tu es une bombe à retardement. (Il la regarda bizarrement.) Tiens-tu toujours à me quitter? Moi seul suis capable de te tuer si tu dépasses la limite.
Dedlar ne put s'empêcher de s'écrier:
-Foutaises! Anne, retournons à Arexhaï, nous trouverons une solution! Ce que le roi t'a fait peut forcément être annulé!
-Je... Je ne sais pas. Dedlar, je...
-Une trop vive émotion, coupa le colonel, un élan du coeur, une soudaine frayeur et... BOUM! Alors?
-Alors colonel, vous m'avez appris le contrôle, je trouverai.
-Partons maintenant, intervint Pilio précipitamment, la police arrive."
Et ils s'enfuirent, laissant sur place les deux Tramaréliens qu'on ne tarda pas à délivrer.

Le voyage de retour fut, comme on pouvait s'y attendre, laborieux et plein de doutes. Il fallait bien sûr échapper à la vigilance des autorités. En outre, An'stice mesurait l'étendue du risque qu'elle faisait courir sur Dedlar et sur tout le monde en général. Elle la mesurait d'autant plus vivement qu'elle avait entrevu un instant, lorsqu'elle avait incendié sa geôle de luxe, ses véritables capacités de destruction.
Dedlar désirait à tout prix retourner à son Nautodrome. An'stice, elle, voulait plus que tout, pour le Nautodrome et pour Dedlar lui-même, effectuer cette ultime recherche au M.a.r.s.o.u.i.n. que lui imposait le souvenir de ce rêve surréel avec le portrait de femme. Ne pouvant infléchir sa volonté et ne pouvant rester plus longtemps éloigné de sa création, Dedlar obtint cependant qu'elle n'y allât pas seule: Pilio veillerait sur elle.

Pendant ce temps, au palais royal, Phel'taire faisait son rapport au roi:
"Tout s'est déroulé selon votre plan, sire. J'avais dosé l'engourdissement de la duchesse de sorte que ses compagnons ont pu la réveiller et la pousser à ravager la maison. Ils nous ont pris en otages, le colonel et moi, et avec mon 'aide' ont obtenu les renseignements qu'ils voulaient, c'est-à-dire tout ce qui était connu du colonel. Ces nigauds sont en route pour Arexhaï. J'ai bien cru qu'ils allaient tout faire rater. En tout cas, votre majesté, la duchesse ne se doute de rien et est prête à servir.
-Bien. Il ne reste plus qu'à préparer aussi Ner'vynn Toul'sen pour sa dernière mission."

Aucun commentaire: