Maltek Aspanyl n'avait pas offert de résistance à ses collègues venus le chercher à la porte de chez Corfo Telzyd. Sa discussion avec Gamaliel Pelsoth, puis les perspectives de 'guérison' entrevues grâce au guérisseur, l'avaient détaché de ses ennuis hiérarchiques à venir. Et puis, après tout, il avait fait son travail de son mieux. Sa crise violente n'avait pas eu d'incidence sur l'échec de sa mission. Sans doute son chef n'était-il même pas au courant de la tentative de meurtre. Maintenant, Maltek comprenait mieux ce qui s'était passé, un accès de désespoir dû à la solitude imposée par son pouvoir, une formidable confusion des sentiments, la mise en lumière de troubles qu'il n'avait jamais voulu regarder en face. Aussi croyait-il possible de se libérer enfin de ses carcans. Sa situation professionnelle, au milieu de tout cela, était le cadet de ses soucis!
Il fut conduit avec courtoisie auprès de Rehinard Farringkson. Celui-ci, déjà au fait de la réussite de Vito Vaïsed, qui avait obtenu le permis de fouille, souhaitait entendre la version d'Aspanyl. Maltek avait donc commencé son rapport lorsqu'un secrétaire vint annoncer la visite impromptue du Grand Conseiller aux Relations externes.
"Très bien, s'écria Farringkson un peu trop sûr de lui et qui ne voulait pas avoir l'air de faire des cachotteries, nous pourrons recueillir son avis par la même occasion. Faites entrer le Grand Conseiller oc Perigalk!"
Après les salutations protocolaires, Verthül oc Perigalk accepta l'invitation à s'asseoir de Farringkson. Celui-ci redonna la parole à son subordonné, non sans préciser:
"Je vous en prie, agent Aspanyl, reprenez. Le Grand Conseiller suit cette affaire autant que moi et je me réjouis (son regard semblait indiquer le contraire) de lui montrer de quelles ressources nous disposons et les forces en présence. Je sais, ajouta-t-il d'un air menaçant, je sais: cela ne fait pas partie de nos procédures, mais n'oubliez pas que vous travaillez pour l'Etat de Calpatyl, et non uniquement pour la Sûreté de l'Etat. Veillez simplement à retenir vos... effets.
-Oui, Grand Conseiller, je ferai mon possible.
-Non, faites-le. Un point c'est tout.
-Grand Conseiller, je...
-Allez, grogna le chef de la police! (Verthül oc Perigalk jeta un regard intrigué à son collègue qui semblait sur le point de quitter la décence propre à leur statut d'oligarque).
-Messieurs les Grands Conseillers, voici le récit de ma mission..."
Et il la relata, expliquant dès le départ, à l'invité, en quoi consistait son pouvoir bien particulier. Il décrivit la stratégie adoptée pour l'opération.
"Je ne comprends pas bien l'objectif visé, remarqua Verthül oc Perigalk, légèrement confus.
-C'est que l'agent Aspanyl l'a un peu perdu de vue, je le crains, avoua Farringkson. Aspanyl, ne deviez-vous pas 'semer la zizanie dans l'équipe des constructeurs?
-Grand Conseiller, sauf votre respect, vous m'avez ordonné, surtout, de saper le travail archéologique qui semblait prendre de l'importance pour ces individus.
-Est-ce exact, Grand Conseiller, demanda oc Perigalk? Si vous permettez, je ne vois pas tout à fait le rapport.
-C'est exact, Grand Conseiller, répondit Farringkson, qui bouillait intérieurement et le cachait à peine. Le rapport est assez simple. Malheureusement, le Nautodrome existera, on ne peut pas revenir en arrière, sauf à déclencher des violences que notre oligarchie ne saurait cautionner. Vous-même, honorable confrère, ainsi qu'une bonne partie du Grand Conseil, voit dans ce projet une occasion économique, à condition de mettre la main dessus (mais vous n'avez pas encore dit comment, je vous ferai remarquer).
-Il est vrai.
-Et j'ai voulu m'assurer que le cabinet Kreg n'allait pas causer de perturbations supplémentaires dans l'opinion, arexhaïte et autre, en se mêlant de ce qui ne le regarde pas, à savoir des fantasmes sur un passé mystique, des fables qui pour moi sont comme des histoires de fantômes: je suis garant de l'ordre public, bon sang! Et il tapa du poing sur le bureau.
-Calmez-vous, Rehinard. Bon, la mission de votre agent n'a pas abouti...
-Et je le mets à pied à compter d'aujourd'hui.
-C'est inutile, Grand Conseiller. Si vous le voulez bien, je vous présente ma démission. Je regrette d'avoir échoué, mais je ne pense pas avoir failli. Donc...
-C'est hors de question. Vous détenez des secrets d'Etat, vous appartenez à notre administration, vous n'avez pas le droit de partir comme ça.
-Si je puis me permettre, Rehinard, je vous trouve un peu sévère. Il y a une alternative qui peut satisfaire tout le monde. Je peux recruter ce jeune homme. Un simple transfert, avec une période de probation, dans mon ministère où l'on contrôle tout aussi strictement la fiabilité des fonctionnaires, mais sur un poste sans grandes responsabilités, je pense que cela peut vous intéressez, monsieur Aspanyl?
-Je vous remercie de votre offre. Je... J'accepte.
-Ne l'écoutez pas: il vous a charmé, c'est un pervers, un déviant!"
A ce moment, Maltek se rendit soudain compte qu'au contraire de ce que prétendait son patron, son pouvoir, pour l'heure, était totalement inactif. La meilleure preuve était l'attitude même de Farringkson, qui n'était pas attendri du tout! Il vit que l'autre Grand Conseiller en était arrivé à la même conclusion.
"Rehinard, je crois que vous avez besoin de repos. Vous accordez un trop de valeur à ce Nautodrome. Je vous promets de faire avancer un peu plus vite la réflexion sur ce sujet au sein du Grand Conseil. L'inertie de notre institution peut rendre un peu nerveux, c'est certain. D'ici là, gardez bien ce projet à l'oeil, comme vous l'avez si bien fait. Venez, jeune homme, nous allons étudier votre reconversion. Au revoir, cher confrère."
Rehinard Farringkson reçut quelques instants plus tard une dépêche très courte: An'stice de Tram'Barry était en ville en compagnie du décorateur Pilio Vinh'Truvio. Leur séjour s'avérait de nature touristique. On les avait vus entrer dans un musée.
Un serin cini trilla une obscénité à sa fenêtre. Rehinard Farringkson projeta son presse-papier en marbre à travers la pièce.
Il fut conduit avec courtoisie auprès de Rehinard Farringkson. Celui-ci, déjà au fait de la réussite de Vito Vaïsed, qui avait obtenu le permis de fouille, souhaitait entendre la version d'Aspanyl. Maltek avait donc commencé son rapport lorsqu'un secrétaire vint annoncer la visite impromptue du Grand Conseiller aux Relations externes.
"Très bien, s'écria Farringkson un peu trop sûr de lui et qui ne voulait pas avoir l'air de faire des cachotteries, nous pourrons recueillir son avis par la même occasion. Faites entrer le Grand Conseiller oc Perigalk!"
Après les salutations protocolaires, Verthül oc Perigalk accepta l'invitation à s'asseoir de Farringkson. Celui-ci redonna la parole à son subordonné, non sans préciser:
"Je vous en prie, agent Aspanyl, reprenez. Le Grand Conseiller suit cette affaire autant que moi et je me réjouis (son regard semblait indiquer le contraire) de lui montrer de quelles ressources nous disposons et les forces en présence. Je sais, ajouta-t-il d'un air menaçant, je sais: cela ne fait pas partie de nos procédures, mais n'oubliez pas que vous travaillez pour l'Etat de Calpatyl, et non uniquement pour la Sûreté de l'Etat. Veillez simplement à retenir vos... effets.
-Oui, Grand Conseiller, je ferai mon possible.
-Non, faites-le. Un point c'est tout.
-Grand Conseiller, je...
-Allez, grogna le chef de la police! (Verthül oc Perigalk jeta un regard intrigué à son collègue qui semblait sur le point de quitter la décence propre à leur statut d'oligarque).
-Messieurs les Grands Conseillers, voici le récit de ma mission..."
Et il la relata, expliquant dès le départ, à l'invité, en quoi consistait son pouvoir bien particulier. Il décrivit la stratégie adoptée pour l'opération.
"Je ne comprends pas bien l'objectif visé, remarqua Verthül oc Perigalk, légèrement confus.
-C'est que l'agent Aspanyl l'a un peu perdu de vue, je le crains, avoua Farringkson. Aspanyl, ne deviez-vous pas 'semer la zizanie dans l'équipe des constructeurs?
-Grand Conseiller, sauf votre respect, vous m'avez ordonné, surtout, de saper le travail archéologique qui semblait prendre de l'importance pour ces individus.
-Est-ce exact, Grand Conseiller, demanda oc Perigalk? Si vous permettez, je ne vois pas tout à fait le rapport.
-C'est exact, Grand Conseiller, répondit Farringkson, qui bouillait intérieurement et le cachait à peine. Le rapport est assez simple. Malheureusement, le Nautodrome existera, on ne peut pas revenir en arrière, sauf à déclencher des violences que notre oligarchie ne saurait cautionner. Vous-même, honorable confrère, ainsi qu'une bonne partie du Grand Conseil, voit dans ce projet une occasion économique, à condition de mettre la main dessus (mais vous n'avez pas encore dit comment, je vous ferai remarquer).
-Il est vrai.
-Et j'ai voulu m'assurer que le cabinet Kreg n'allait pas causer de perturbations supplémentaires dans l'opinion, arexhaïte et autre, en se mêlant de ce qui ne le regarde pas, à savoir des fantasmes sur un passé mystique, des fables qui pour moi sont comme des histoires de fantômes: je suis garant de l'ordre public, bon sang! Et il tapa du poing sur le bureau.
-Calmez-vous, Rehinard. Bon, la mission de votre agent n'a pas abouti...
-Et je le mets à pied à compter d'aujourd'hui.
-C'est inutile, Grand Conseiller. Si vous le voulez bien, je vous présente ma démission. Je regrette d'avoir échoué, mais je ne pense pas avoir failli. Donc...
-C'est hors de question. Vous détenez des secrets d'Etat, vous appartenez à notre administration, vous n'avez pas le droit de partir comme ça.
-Si je puis me permettre, Rehinard, je vous trouve un peu sévère. Il y a une alternative qui peut satisfaire tout le monde. Je peux recruter ce jeune homme. Un simple transfert, avec une période de probation, dans mon ministère où l'on contrôle tout aussi strictement la fiabilité des fonctionnaires, mais sur un poste sans grandes responsabilités, je pense que cela peut vous intéressez, monsieur Aspanyl?
-Je vous remercie de votre offre. Je... J'accepte.
-Ne l'écoutez pas: il vous a charmé, c'est un pervers, un déviant!"
A ce moment, Maltek se rendit soudain compte qu'au contraire de ce que prétendait son patron, son pouvoir, pour l'heure, était totalement inactif. La meilleure preuve était l'attitude même de Farringkson, qui n'était pas attendri du tout! Il vit que l'autre Grand Conseiller en était arrivé à la même conclusion.
"Rehinard, je crois que vous avez besoin de repos. Vous accordez un trop de valeur à ce Nautodrome. Je vous promets de faire avancer un peu plus vite la réflexion sur ce sujet au sein du Grand Conseil. L'inertie de notre institution peut rendre un peu nerveux, c'est certain. D'ici là, gardez bien ce projet à l'oeil, comme vous l'avez si bien fait. Venez, jeune homme, nous allons étudier votre reconversion. Au revoir, cher confrère."
Rehinard Farringkson reçut quelques instants plus tard une dépêche très courte: An'stice de Tram'Barry était en ville en compagnie du décorateur Pilio Vinh'Truvio. Leur séjour s'avérait de nature touristique. On les avait vus entrer dans un musée.
Un serin cini trilla une obscénité à sa fenêtre. Rehinard Farringkson projeta son presse-papier en marbre à travers la pièce.

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