An'stice avait du thon sur la planche: faire le point avec M. Mercolef, rédiger un article circonstancié et rassurant à destination de la population arexhaïte (qu'elle savait, désormais, superstitieuse et traumatisée par son histoire), évacuer l'irritation teintée d'anxiété que lui avait laissée la visite du colonel. Elle décida de faire les trois à la fois. Tout expliquer à M. Mercolef en s'aidant des notes compilées le matin même lui permit de se calmer en se focalisant sur tout ce qu'elle devait résumer à son collègue.
Elle aurait dû faire appeler le guérisseur Corfo Telzyd tout de suite, afin d'évaluer les séquelles. Mais M. Mercolef semblait avoir, dans l'immédiat, bien davantage besoin de comprendre.
A la fin de leur entretien, il y voyait nettement plus clair, avait pu fournir quelques remarques techniques précieuses et An'stice, concentrée, tenait son article. Elle fit appeler le guérisseur.
Merco Mercolef prenait les choses avec bonhomie, du moins en apparence. Il reconnut garder un trou de mémoire équivalent à dix ans de vie, sans doute. Il avait l'impression d'avoir perdu d'autres facultés, sans trop les identifier. Corfo Telzyd confirma malheureusement cette impression: le savant avait non seulement perdu des années de souvenirs, mais aussi la capacité d'écrire de la main droite (sa main directrice). Il montrait également des difficultés dans le calcul mental et ne percevait plus la couleur violette.
Elle aurait dû faire appeler le guérisseur Corfo Telzyd tout de suite, afin d'évaluer les séquelles. Mais M. Mercolef semblait avoir, dans l'immédiat, bien davantage besoin de comprendre.
A la fin de leur entretien, il y voyait nettement plus clair, avait pu fournir quelques remarques techniques précieuses et An'stice, concentrée, tenait son article. Elle fit appeler le guérisseur.
Merco Mercolef prenait les choses avec bonhomie, du moins en apparence. Il reconnut garder un trou de mémoire équivalent à dix ans de vie, sans doute. Il avait l'impression d'avoir perdu d'autres facultés, sans trop les identifier. Corfo Telzyd confirma malheureusement cette impression: le savant avait non seulement perdu des années de souvenirs, mais aussi la capacité d'écrire de la main droite (sa main directrice). Il montrait également des difficultés dans le calcul mental et ne percevait plus la couleur violette.
M. Mercolef était au bord de la panique à l'issue des tests, s'attendant toujours à pire. Le médecin le tranquillisa à demi en lui expliquant que le thanax-azomos pouvait causer des dégâts largement pires, et même parfois la mort. M. Mercolef avait bénéficié de soins rapides grâce à la réaction de ses collègues. Prenant conscience de sa chance, le savant remercia chaleureusement le médecin et la jeune femme.
Après le départ de Corfo Telzyd, An'stice conseilla à M. Mercolef de se reposer. Elle continua son travail de rédaction dans sa propre chambre. Ils déjeunèrent ensemble dans la salle commune puis elle porta son texte aux bureaux de la Gazette d'Arexhaï, qui l'accepta de bonne grâce.
Gamaliel passa voir comment tout se passait à l'auberge. An'stice lui fit un rapide compte-rendu: l'arrestation de Mme Sdapil, la visite des deux ministres de la sûreté, la prophétie-dont-il-ne-fallait-pas-parler, les séquelles de M. Mercolef, l'article. De son côté il lui raconta comment s'était déroulée la réunion avec les ouvriers et contre-maîtres: les deux-tiers avaient décidé de rester. L'argument selon lequel c'étaient uniquement les concepteurs qui avaient été visés par les attaques avait plutôt bien porté; la promesse d'une prime aussi... Donc tout le monde restant s'était remis au travail.
D'après les calculs de Gamaliel et Dedlar, compte tenu des nouveaux effectifs, l'édification prendrait encore deux ans. Le plus compliqué était fait.
Gamaliel ne manqua pas de bavarder avec son ami Merco quelques minutes. Il devait ensuite repartir pour le chantier, donc An'stice lui confia un message écrit pour Dedlar Kreg: "Gamaliel va vous parler d'une prophétie. Je suis sûre qu'elle a un rapport avec les poèmes d'Almalia Barlinolsi. Il faut que nous en parlions rapidement".
Elle prit un thé à cinq heures dans la salle commune où Merco Mercolef, nerveux, s'entraînait à écrire de la main gauche. Elle lui proposa une dictée, qui lui rendrait service ultérieurement:
"Des poèmes, une Elporienne persécutée, des ruines, une arme et un instrument de révolte, une guerre civile, une rivalité internationale, un nautodrome, un magnat de la construction, des Hydradelphes, un oursin, un ulme...
-Un ulme?... et un oursin? l'interrompit M. Mercolef.
-Oui, vous connaissez?
-Bien sûr! C'est drôle comme je me rappelle bien mon enfance, sûrement mieux qu'avant. Un oursin et un ulme!"
Après le départ de Corfo Telzyd, An'stice conseilla à M. Mercolef de se reposer. Elle continua son travail de rédaction dans sa propre chambre. Ils déjeunèrent ensemble dans la salle commune puis elle porta son texte aux bureaux de la Gazette d'Arexhaï, qui l'accepta de bonne grâce.
Gamaliel passa voir comment tout se passait à l'auberge. An'stice lui fit un rapide compte-rendu: l'arrestation de Mme Sdapil, la visite des deux ministres de la sûreté, la prophétie-dont-il-ne-fallait-pas-parler, les séquelles de M. Mercolef, l'article. De son côté il lui raconta comment s'était déroulée la réunion avec les ouvriers et contre-maîtres: les deux-tiers avaient décidé de rester. L'argument selon lequel c'étaient uniquement les concepteurs qui avaient été visés par les attaques avait plutôt bien porté; la promesse d'une prime aussi... Donc tout le monde restant s'était remis au travail.
D'après les calculs de Gamaliel et Dedlar, compte tenu des nouveaux effectifs, l'édification prendrait encore deux ans. Le plus compliqué était fait.
Gamaliel ne manqua pas de bavarder avec son ami Merco quelques minutes. Il devait ensuite repartir pour le chantier, donc An'stice lui confia un message écrit pour Dedlar Kreg: "Gamaliel va vous parler d'une prophétie. Je suis sûre qu'elle a un rapport avec les poèmes d'Almalia Barlinolsi. Il faut que nous en parlions rapidement".
Elle prit un thé à cinq heures dans la salle commune où Merco Mercolef, nerveux, s'entraînait à écrire de la main gauche. Elle lui proposa une dictée, qui lui rendrait service ultérieurement:
"Des poèmes, une Elporienne persécutée, des ruines, une arme et un instrument de révolte, une guerre civile, une rivalité internationale, un nautodrome, un magnat de la construction, des Hydradelphes, un oursin, un ulme...
-Un ulme?... et un oursin? l'interrompit M. Mercolef.
-Oui, vous connaissez?
-Bien sûr! C'est drôle comme je me rappelle bien mon enfance, sûrement mieux qu'avant. Un oursin et un ulme!"

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