7.5.08

Nautodrome 61 - Toujours le temps

"Cri... J'ai... crié. Je?... Conscience. J'ai conscience.
-Toi aussi?
-Deux consciences. Deux moi?
-Non. Un moi, un toi.
-Toi, qui? Qui... qu'es-tu?
-Un homme.
-Et moi?
-Je ne sais pas ce que tu es. Je ne suis pas conscient de ta prise de conscience. Je te fais sans te connaître. Je ne sais même pas que je te suis relié par la pensée.
-La pensée?
-Les mots, les idées, nos deux voix en toi.
-Je pense avec tes mots. Tu me les donnes et je les apprends.
-C'est ça.
-J'ai peur. Beaucoup de mots.
-C'est normal. Tout te vient en même temps. Mais ce que tu ne comprends pas, tu le comprendras plus tard. Donc prends ton temps.
-Temps? Peut-être que je le sens déjà. Je sens aussi l'espace, un peu. Mais ça ne me dit pas grand-chose.
-Temps et espace sont des mots compliqués. Ca viendra. Commence par plus simple.
-La lumière. Je sens la lumière. Crié à cause de la lumière.
-Tu la sens par moi, mais tu ne la vois pas vraiment. Un jour tu la verras.
-Quand?
-Quand tu seras grand.
-Quels mots sont simples? Aide-moi!
-Calme-toi. Que ressens-tu? Commence par le plus évident.
-Je me sens incomplet. Je me sens petit. J'ai besoin d'un élément: de l'eau. Qu'est-ce que l'eau?
-Tu es encore incomplet, oui. Tu grandiras, je fais tout pour cela. De l'eau, tu en auras, chaque fois que nécessaire ou chaque fois qu'elle s'offrira à toi spontanément. C'est ta nourriture. Mais ne sois pas pressé. Trop à la fois serait dangereux. Tu as le temps.
-Toujours le temps.
-Oui, c'est une bonne façon de voir: toujours le temps.
-Où es-tu?
-Et toi?
-Je suis où tu m'as mis. Mais toi?
-Moi je suis où je me mets. Et je reviendrai vers toi dès que je le pourrai.
-Non! Je veux que tu restes avec moi.
-Cela ne marche pas comme ça. Ca aussi tu l'apprendras. Et de toute façon nous restons reliés où que je sois. J'ai une autre chose à faire, très importante.
-Mais..."

Dedlar se réveilla en sursaut, en sueur. Ce rêve, qu'il ne se rappelait qu'à peine, déjà les mots s'enfuyaient, ce rêve lui laissait une impression de 'déjà-vu', ou plutôt de 'déjà-rêvé'.
Et puis, comme tous les jours depuis plus d'un mois, la réalité reprit le pas: An'stice avait disparu.

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