25.5.08

Nautodrome 69 - Pas facile...

A Elmin'talss, les deux compères calpatyliens voyaient enfin clair dans leur tactique. L'attitude un peu précieuse mais précise et calme de Pilio Vinh-Truvio, ainsi que sa mystérieuse efficacité, apaisaient l'angoisse de Dedlar.
Dès leur premier jour dans la capitale étrangère, le Haut-Prousien avait dit à l'architecte qu'ils étaient suivis mais qu'il tenait les espions à l'oeil sans difficulté. Cela rappela à Dedlar la matinée où Vinh-Truvio l'avait l'averti de la visite de Rehinard Farringkson: en fait, le talent caché de Pilio était d'une nature aisée à deviner. Pourquoi donc conservait-il un silence borné à ce sujet? S'il était télépathe comme le maçon, hyper-sensible comme Gamaliel, ou capable de détecter les dons comme Vito, où était le problème?
Enfin bref, ils avaient localisé An'stice: Pilio avait réussi à suivre un agent qui venait de terminer son quart, un tour de force! Mieux encore, il avait fini en une longue journée par repérer l'emplacement exact de sa geôle et avait même pu découvrir qu'elle était plongée dans un demi-sommeil permanent. Il était rentré le soir, esquivant les espions, dans l'auberge où toute la journée Dedlar avait fait croire qu'il délibérait avec lui, en parlant tout seul, en faisant un peu de bruit. Pilio avait rasséréné Dedlar: An'stice était bien vivante et a priori en bonne santé, il l'avait vue de ses propres yeux, sans rien pouvoir faire pour la libérer, avait-il affirmé.
Ils savaient désormais que le lieu n'était gardé que par une personne à la fois: un gardien 'ordinaire' la nuit, un agent moins ordinaire le jour, celui qui apparemment maintenait An'stice dans cet état comateux. Son pouvoir semblait suffisamment puissant pour permettre une surveillance classique chaque nuit pendant quatorze heures, soit de dix-neuf heures à neuf heures du matin.
Il était donc impératif d'agir durant cette période, en l'absence de l'hypnotiseur.
Ca, c'était la partie facile.
La (grosse) partie difficile consistait à échapper à la vigilance de leurs propres surveillants, pour partir délivrer An'stice puis pour la ramener à Calpatyl. Cet aspect des choses les avait plutôt découragés au départ. Dedlar avait même proposé de soumettre le cas à l'arbitrage du roi de Tramarèl, supposant un emprisonnement abusif à l'insu du pouvoir en place.
Mais Pilio, ce fameux jour, avait observé l'allée et venue d'un messager royal, ce qui prouvait qu'Har'steen III le Matois était bien au fait de la situation. Il était cependant évident que tout se déroulait dans un cadre illégal, simplement pour essayer d'obtenir quelques informations, désorganiser l'équipe de Dedlar et empêcher de percer certains mystères, puisque la jeune demoiselle était très douée pour éclairer les zones sombres. Si An'stice pouvait se réfugier à Calpatyl, le S.I.T. ne pourrait que s'avouer battu et chercher un tout autre moyen de nuire. Mais il ne pourrait faire valoir un quelconque droit à la 'récupérer', d'autant qu'elle n'exerçait que des fonctions de renseignement de base, pas de rôle pivot. Une trop grande ingérence avérée sur le terrain calpatylien (du moins en dehors de la cité mixte d'Arexhaï) risquerait de créer des tensions entre les deux pays. An'stice devrait donc demander refuge dans le pays de Dedlar, et éviter Arexhaï, même si cela devait la priver du spectacle du Nautodrome achevé. Il fallait la sauver de la séquestration.
Malheureusement, Dedlar ne savait pas qu'elle était sous la 'protection familiale' du colonel Toul'sen...
Pour le voyage de retour, ils avaient renoncé à l'aérostat avant même de venir à Tramarèl. Ils avaient opté pour un petit bateau que Vito allait demander discrètement à un ami qui vivait sur la côte et dont il garantissait l'assistance (il avait créé depuis longtemps tout un réseau international de solidarité). Vito leur avait confié une lettre pour cet ami, à poster en cachette le plus tôt possible depuis Elmin'talss. Lors de son échappée, Pilio avait pu s'occuper de cet envoi.
Il restait à régler la question de la surveillance incessante dont ils faisaient l'objet. Il allait falloir procéder en deux temps, en faisant diversion. Après tout, le S.I.T. savait quel était leur objectif. Il allait falloir être très rapide, surprenant! Et peut-être un peu violent aussi.

Aucun commentaire: