10.5.08

Nautodrome 63 - Interférences

A Elmin'talss, la situation pesait tous les jours un peu plus pour le jeune homme chargé de garder An'stice de Tram'Barry dans un état semi-léthargique depuis le jour de l'enlèvement. On ne pouvait certes pas la maintenir en permanence sous médicaments, il valait mieux recourir aux possibilités de son don d'hypnotiseur. Ainsi pouvait-elle, sous influence, se nourrir, faire sa toilette, lire, et même croire que tout se passait normalement.
Mais Phel'taire Nigh'monn restait perplexe: il était de la même promotion qu'An'stice, l'avait suffisamment côtoyée pour douter de sa déloyauté. Il était bien obligé d'obéir aux ordres et le faisait sans protester. Simplement il était perplexe, pas plus, et essayait de préserver autant que possible la dignité de son ancienne condisciple tout en respectant scrupuleusement les consignes reçues.
La jeune femme était retenue dans un petit appartement dépendant du S.I.T., sorte de prison améliorée, avec un mobilier relativement ignifugé ("juste au cas où", avait dit le colonel en indiquant d'un regard aigu à son agent qu'il espérait bien ne jamais avoir à le vérifier).

Le colonel était furieux: sa protégée s'était mêlée de ce qui ne la concernait pas. A travers son article, elle avait attiré l'attention de tout Arexhaï sur les ruines archéologiques qui auraient dû rester dans l'oubli, avait laissé entendre que le Nautodrome serait bénéfique pour la ville (utile pour Tramarèl, oui, en tant qu'arme, mais l'article allait compliquer l'appropriation!), avait négligé de lui fournir, à lui, des informations qui apparaissaient tout de même noir sur blanc dans la Gazette locale! En un mot elle s'était bien moquée de lui. Pire que ça, elle l'avait en partie décrédibilisé aux yeux d'Har'steen III le Matois. Il devait maintenant tout faire pour se racheter. Pas nécessairement la tuer, non, cela dépendrait d'elle: elle était si droite et si morale qu'elle ne risquait pas de vouloir l'agresser, et puis il pouvait toujours faire pression sur elle grâce aux renseignements qu'elle attendait de lui. Mais il devait lui extorquer réellement tout ce qu'elle savait.
Il avait bien entendu fait appel à un télépathe du S.I.T., mais l'esprit d'An'stice hypnotisée était illisible, décousu, c'était inévitable. Le télépathe y détectait des éléments sans aucun intérêt: une histoire de musée à visiter, une romance ridicule avec l'architecte (le colonel s'en voulut: il aurait dû la prévoir), une interrogation obsessionnelle au sujet de son père, tout cela masquait les données techniques qui lui auraient bien rendu service.
La réveiller était hors de question: elle était bien trop puissante.
C'était un peu l'impasse, donc. Tout ce qu'il avait appris grâce au télépathe, c'était que Phel'taire Nigh'monn était à peu près digne de confiance. C'était toujours ça... A moins qu'il ne faille se méfier aussi du télépathe?
Devant l'ampleur de sa propre circonspection, le colonel se dit que son esprit surchauffait sans doute un peu à ce stade, et qu'une heure d'entraînement au tir à l'arbalète lui ferait le plus grand bien. C'était un expert. Il descendit dans sa salle d'armes.
Il préparait ses carreaux lorsqu'un messager vint lui apporter un sélénogramme de l'unité 'Terre': Dedlar Kreg venait d'arriver à Elmin'talss, accompagné de Pilio Vinh-Truvio.
Il ne pouvait même pas se défouler tranquillement...
Il donna des ordres pour qu'on surveille les deux Calaptyliens avec des agents écouteurs.

Dedlar et Pilio venaient de prendre une chambre dans un hôtel près d'Elmin'talss-Statoport international.
Dedlar avait insisté pour que Gamaliel reste sur le chantier. En revanche, Pilio avait insisté pour l'accompagner. L'architecte d'intérieur semblait sous-entendre que son don mystérieux et honteux pourrait lui être d'une quelconque utilité. Dedlar aurait préféré savoir exactement de quel don il s'agissait, là il aurait vraiment été utile! Mais il était content de faire équipe avec ce personnage si surprenant. Et de fait, dans l'immédiat, les talents artistiques de Pilio n'étaient pas urgents sur le chantier.
Et maintenant les architectes devaient concevoir ce qu'ils faisaient tout le temps dans leur travail: un plan...

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