Maltek Aspanyl, l'espion calpatylien, voyageait toujours seul, rapidement, avec le moins d'équipement possible. De loin, heureusement pour lui, il passait bien inaperçu.
Il rejoignit à cheval la contrée d'Arexhaï. Il appréciait l'obéissance dévouée de sa monture: il l'avait charmée immédiatement mais avait tout de même dû gagner sa confiance. C'était le grand avantage de la bête sur l'homme. Malgré son don il savait grâce à elle et avec elle que tout n'était pas acquis d'avance.
Généralement, pour estomper l'effet de sa magie personnelle, il endossait la robe de bure d'un moine océaniste. Masquer partiellement ses traits et ses yeux sous un capuchon aidait bien. Mais en l'occurrence il ne pouvait recourir à ce stratagème. Même si plusieurs ordres de frères océanistes vivaient dans le siècle, on n'en trouvait guère dans l'administration. Ils étaient médecins, enseignants, ou ostréiculteurs, gardiens de phares, guides touristiques... Toutes sortes d'emplois mais certes pas gratte-papiers.
Il décida donc de se grimer, se colla une fausse barbe, ainsi qu'un pansement sur l'oeil gauche. La part volontaire de son don, celle qu'il cultivait à des fins professionnelles, fonctionnerait tout de même. Il se demandait parfois si en réalité son aura séductrice n'était effectivement pas totalement contrôlable. Peut-être son inconscient souhaitait-il plaire en permanence? Peut-être surmonterait-il un jour cette pulsion, cette quête de séduction sans fin? Peut-être n'aurait-il plus besoin d'être rassuré, un jour... Parce que plaire sans raison, ce n'était vraiment pas rassurant au bout du compte!
Il dormit à Prichetyl-sur-Dolonia, dans une auberge. Il put vérifier que son déguisement s'avérait efficace.
En milieu de matinée, après avoir compulsé le dossier du ministre et après avoir appris par coeur les lois en matière de fouilles, il se rendit à l'étoile d'Arexhaï afin de visualiser le lieu du litige.
Il ne pensait pas rencontre sa cible aussi promptement.
En s'approchant de la ruine la plus claire, il entendit trois voix. Mais avant qu'il eût pu voir sans être vu, il se fit suprendre par ce curieux petit homme qui lui avait été décrit dans les papiers qui lui avaient été confiés: Gamaliel Pelsoth en personne, cela ne faisait pas de doute. L'autre homme était donc, à coup sûr, d'après son allure bedonnante et auto-satisfaite, le fameux Vito Vaïsed, le filou des filous. Sur la dame à la belle chevelure grise, toutefois, il ne possédait aucune information.
Gamaliel avait les mains sales et la figure rouge, échevelée. Il semblait primesautier, sympathique, et très excité comme s'il était tombé sur un trésor. Intéressant...
"Bonjour! Vous venez nous aider?
-Je vous demande pardon? fit Aspanyl, interloqué.
-Je ne sais pas, c'était à tout hasard. Ou alors, vous venez nous espionner?
-Mais quelle idée! Cependant, vous n'avez pas tout à fait tort: je ne suis là ni pour vous aider ni pour vous surveiller: je suis là pour que l'activité clandestine à laquelle vous vous livrez soit effectuée selon les règles en vigueur, donc ni de cette façon, ni par vous.
-Je vous demande pardon? fit Gamaliel, interloqué à son tour.
-En effet, en vertu de la loi du 18...
-Tutututut, que nous chantez-vous là, jeune homme? demanda la dame, en s'approchant. Vous ne vous êtes même pas présenté.
-... En effet, répondit Aspanyl, après un silence pensif, en jetant un coup de son seul oeil disponible mais 'chargé', assorti d'un magnifique sourire-mirage à Gamaliel. Je suis parti d'un mauvais pied. C'est que je n'ai pas l'habitude d'un accueil aussi vif (et il regarda de nouveau le métallurgiste). Je me présente: Maltek Arkanyl, inspecteur de l'archéologie au service de l'Etat de Calpatyl. Je ne vous cacherai pas que vous avez été dénoncés: on nous a signalé des agissements qui présentaient toutes les apparences du pillage de ruines.
-Et que nous cacherez-vous, alors?"
Aspanyl resta sans voix. Il savait à peine ce qu'était la résistance: on ne résistait pas à son influence, un point c'était tout. Et là: non. Gamaliel restait sur ses gardes. A vrai dire, il avait amplement raison, mais comment cela était-il possible?
Gamaliel, de son côté, se sentait pris en faute: de quel droit, en effet, pouvait-il piller ces ruines? Il s'était laissé emporter. Vito, ce vieux escroc, n'avait rien vu à redire, mais le Professeur Delfuss non plus! Elle n'était peut-être pas si rigide, finalement. Elle se comportait comme si les ruines appartenaient à Dedlar. D'un certain point de vue, l'aïeul de Vito avait contribué à leur restauration, Vito était aussi à moitié chez lui. Mais la loi... Autre chose: ce jeune bureaucrate à l'oeil pansé le troublait énormément, mais il n'arrivait pas à comprendre pourquoi. Peut-être une petite dose d'attirance s'exerçait-elle sur lui, mais... non, ce n'était pas ça qui le perturbait tant. Gamaliel était rompu à l'art de réfréner ses ardeurs, il aurait pu être moine. On aurait plutôt dit qu'il percevait deux personnes en une en regardant Arkanyl. Il ne le flairait pas bien.
Il rejoignit à cheval la contrée d'Arexhaï. Il appréciait l'obéissance dévouée de sa monture: il l'avait charmée immédiatement mais avait tout de même dû gagner sa confiance. C'était le grand avantage de la bête sur l'homme. Malgré son don il savait grâce à elle et avec elle que tout n'était pas acquis d'avance.
Généralement, pour estomper l'effet de sa magie personnelle, il endossait la robe de bure d'un moine océaniste. Masquer partiellement ses traits et ses yeux sous un capuchon aidait bien. Mais en l'occurrence il ne pouvait recourir à ce stratagème. Même si plusieurs ordres de frères océanistes vivaient dans le siècle, on n'en trouvait guère dans l'administration. Ils étaient médecins, enseignants, ou ostréiculteurs, gardiens de phares, guides touristiques... Toutes sortes d'emplois mais certes pas gratte-papiers.
Il décida donc de se grimer, se colla une fausse barbe, ainsi qu'un pansement sur l'oeil gauche. La part volontaire de son don, celle qu'il cultivait à des fins professionnelles, fonctionnerait tout de même. Il se demandait parfois si en réalité son aura séductrice n'était effectivement pas totalement contrôlable. Peut-être son inconscient souhaitait-il plaire en permanence? Peut-être surmonterait-il un jour cette pulsion, cette quête de séduction sans fin? Peut-être n'aurait-il plus besoin d'être rassuré, un jour... Parce que plaire sans raison, ce n'était vraiment pas rassurant au bout du compte!
Il dormit à Prichetyl-sur-Dolonia, dans une auberge. Il put vérifier que son déguisement s'avérait efficace.
En milieu de matinée, après avoir compulsé le dossier du ministre et après avoir appris par coeur les lois en matière de fouilles, il se rendit à l'étoile d'Arexhaï afin de visualiser le lieu du litige.
Il ne pensait pas rencontre sa cible aussi promptement.
En s'approchant de la ruine la plus claire, il entendit trois voix. Mais avant qu'il eût pu voir sans être vu, il se fit suprendre par ce curieux petit homme qui lui avait été décrit dans les papiers qui lui avaient été confiés: Gamaliel Pelsoth en personne, cela ne faisait pas de doute. L'autre homme était donc, à coup sûr, d'après son allure bedonnante et auto-satisfaite, le fameux Vito Vaïsed, le filou des filous. Sur la dame à la belle chevelure grise, toutefois, il ne possédait aucune information.
Gamaliel avait les mains sales et la figure rouge, échevelée. Il semblait primesautier, sympathique, et très excité comme s'il était tombé sur un trésor. Intéressant...
"Bonjour! Vous venez nous aider?
-Je vous demande pardon? fit Aspanyl, interloqué.
-Je ne sais pas, c'était à tout hasard. Ou alors, vous venez nous espionner?
-Mais quelle idée! Cependant, vous n'avez pas tout à fait tort: je ne suis là ni pour vous aider ni pour vous surveiller: je suis là pour que l'activité clandestine à laquelle vous vous livrez soit effectuée selon les règles en vigueur, donc ni de cette façon, ni par vous.
-Je vous demande pardon? fit Gamaliel, interloqué à son tour.
-En effet, en vertu de la loi du 18...
-Tutututut, que nous chantez-vous là, jeune homme? demanda la dame, en s'approchant. Vous ne vous êtes même pas présenté.
-... En effet, répondit Aspanyl, après un silence pensif, en jetant un coup de son seul oeil disponible mais 'chargé', assorti d'un magnifique sourire-mirage à Gamaliel. Je suis parti d'un mauvais pied. C'est que je n'ai pas l'habitude d'un accueil aussi vif (et il regarda de nouveau le métallurgiste). Je me présente: Maltek Arkanyl, inspecteur de l'archéologie au service de l'Etat de Calpatyl. Je ne vous cacherai pas que vous avez été dénoncés: on nous a signalé des agissements qui présentaient toutes les apparences du pillage de ruines.
-Et que nous cacherez-vous, alors?"
Aspanyl resta sans voix. Il savait à peine ce qu'était la résistance: on ne résistait pas à son influence, un point c'était tout. Et là: non. Gamaliel restait sur ses gardes. A vrai dire, il avait amplement raison, mais comment cela était-il possible?
Gamaliel, de son côté, se sentait pris en faute: de quel droit, en effet, pouvait-il piller ces ruines? Il s'était laissé emporter. Vito, ce vieux escroc, n'avait rien vu à redire, mais le Professeur Delfuss non plus! Elle n'était peut-être pas si rigide, finalement. Elle se comportait comme si les ruines appartenaient à Dedlar. D'un certain point de vue, l'aïeul de Vito avait contribué à leur restauration, Vito était aussi à moitié chez lui. Mais la loi... Autre chose: ce jeune bureaucrate à l'oeil pansé le troublait énormément, mais il n'arrivait pas à comprendre pourquoi. Peut-être une petite dose d'attirance s'exerçait-elle sur lui, mais... non, ce n'était pas ça qui le perturbait tant. Gamaliel était rompu à l'art de réfréner ses ardeurs, il aurait pu être moine. On aurait plutôt dit qu'il percevait deux personnes en une en regardant Arkanyl. Il ne le flairait pas bien.

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