Le Professeur Delfuss ne put obtenir davantage de son élève, il n'en savait pas plus lui-même et il était difficile de le faire parler de sa soeur défunte. Il expliqua péniblement qu'il avait enfoui des souvenirs d'elle tout au fond de lui et les fables de leur enfance ensemble en faisaient partie, ces fables qu'ils racontaient à leur bande.
Le jour annoncé, qui était un jour sans cours au pensionnat, le professeur emmena les deux garçons à Arexhaï pour y passer quelques heures. C'était à seulement six kilomètres au nord de Prichetyl. Cela leur valut donc une bonne marche à pied, agréable au soleil de printemps, le long de la Dolonia.
La bourgade autonome était, comme l'avait dit Dedlar, une zone où le droit calpatylien ne s'exerçait pas tout à fait de la même façon. Du moins, comme Arexhaï était sous double souveraineté tramarélienne et calpatylienne pour des raisons historiques vieilles d'un peu plus d'un siècle, la population respectait le droit général commun aux deux pays, payait ses impôts moitié à l'un moitié à l'autre, honorait le roi de Tramarèl et le Grand Conseil à la fois. Pour éviter toute source de conflit, Tramarèl et Calpatyl ne s'immisçaient que très peu dans la gestion et la police. La délinquance était cependant rare, pourtant l'usage des 'talents personnels' (pour ceux qui en manifestaient) était beaucoup plus libre que dans le reste du pays. On y pratiquait les deux langues. Arexhaï était auto-suffisante sur le plan agricole, avait droit de pêche sur les deux fleuves et disposaient de quelques ressources minérales intéressantes pour une bonne santé économique. Il existait des réseaux stables et quasi secrets de commerce dans les deux sens, avec les deux pays. En échange, il était convenu de ne pas faire de publicité, le Grand Conseil avait découragé de longue date le tourisme arexhaïte et interdit les hôtels et gîtes. Tramarèl avait exigé la discrétion sur les ruines dites 'barbares' (antiques). Même les cartes de géographie officielles disponibles dans les deux capitales détaillaient très peu le secteur.
En trottinant vers Arexhaï, le professeur leur fit un cours sur le statut très particulier de leur destination. Si sa carte à elle était aussi précise, c'était parce qu'elle se l'était procurée sur place. Elle leur demanda d'ailleurs de garder le silence à l'école sur toute cette expédition.
Arrivés en haut d'une colline qui surplombait le site, Dedlar et Gamaliel restèrent ahuris devant la beauté du paysage: aux deux fleuves croisés s'ajoutaient des ruines antiques lovées dans trois des quatre angles du carrefour aquatique, vieux losanges de pierre allongés pointant vers le centre, pour former une étoile à sept branches plus un angle vide (en aval, c'est-à-dire au sud), entre la Dolonia et le Guéroul. La Dolonia ne disparaissait pas sous terre sur une distance d'un kilomètre, mais seulement sur quelques dizaines de mètres, mais bel et bien sous l'autre fleuve. Au-delà, encore plus au sud, s'étalait la petite ville, paisible, de belle allure homogène, ancienne, avec ses maisons à colombages et son beffroi. Tout autour de l'étoile et de la ville d'Arexhaï les visiteurs pouvaient apercevoir une végétation plutôt insolite, qui mêlait harmonieusement des arbres et des plantes typiques de plusieurs régions très différentes de Calpatyl comme si les deux fleuves combinaient les essences à défaut de leurs eaux.
Cette journée d'étude, la seule qu'ils passèrent à Arexhaï, fut pour eux une véritable bouffée d'air frais et de paix. A voir l'attitude de leur professeur ils comprirent bien qu'ils n'en bénéficiaient qu'à titre clandestin et qu'ils avaient enfreint de nombreuses interdictions en se rendant là, pas seulement au niveau de leur pensionnat... Ils pensaient même ne jamais réussir à revenir en ce lieu.
Et voilà que quinze ans plus tard Vito Vaïsed leur commandait la construction d'une énorme structure, pour Arexhaï!
Le jour annoncé, qui était un jour sans cours au pensionnat, le professeur emmena les deux garçons à Arexhaï pour y passer quelques heures. C'était à seulement six kilomètres au nord de Prichetyl. Cela leur valut donc une bonne marche à pied, agréable au soleil de printemps, le long de la Dolonia.
La bourgade autonome était, comme l'avait dit Dedlar, une zone où le droit calpatylien ne s'exerçait pas tout à fait de la même façon. Du moins, comme Arexhaï était sous double souveraineté tramarélienne et calpatylienne pour des raisons historiques vieilles d'un peu plus d'un siècle, la population respectait le droit général commun aux deux pays, payait ses impôts moitié à l'un moitié à l'autre, honorait le roi de Tramarèl et le Grand Conseil à la fois. Pour éviter toute source de conflit, Tramarèl et Calpatyl ne s'immisçaient que très peu dans la gestion et la police. La délinquance était cependant rare, pourtant l'usage des 'talents personnels' (pour ceux qui en manifestaient) était beaucoup plus libre que dans le reste du pays. On y pratiquait les deux langues. Arexhaï était auto-suffisante sur le plan agricole, avait droit de pêche sur les deux fleuves et disposaient de quelques ressources minérales intéressantes pour une bonne santé économique. Il existait des réseaux stables et quasi secrets de commerce dans les deux sens, avec les deux pays. En échange, il était convenu de ne pas faire de publicité, le Grand Conseil avait découragé de longue date le tourisme arexhaïte et interdit les hôtels et gîtes. Tramarèl avait exigé la discrétion sur les ruines dites 'barbares' (antiques). Même les cartes de géographie officielles disponibles dans les deux capitales détaillaient très peu le secteur.
En trottinant vers Arexhaï, le professeur leur fit un cours sur le statut très particulier de leur destination. Si sa carte à elle était aussi précise, c'était parce qu'elle se l'était procurée sur place. Elle leur demanda d'ailleurs de garder le silence à l'école sur toute cette expédition.
Arrivés en haut d'une colline qui surplombait le site, Dedlar et Gamaliel restèrent ahuris devant la beauté du paysage: aux deux fleuves croisés s'ajoutaient des ruines antiques lovées dans trois des quatre angles du carrefour aquatique, vieux losanges de pierre allongés pointant vers le centre, pour former une étoile à sept branches plus un angle vide (en aval, c'est-à-dire au sud), entre la Dolonia et le Guéroul. La Dolonia ne disparaissait pas sous terre sur une distance d'un kilomètre, mais seulement sur quelques dizaines de mètres, mais bel et bien sous l'autre fleuve. Au-delà, encore plus au sud, s'étalait la petite ville, paisible, de belle allure homogène, ancienne, avec ses maisons à colombages et son beffroi. Tout autour de l'étoile et de la ville d'Arexhaï les visiteurs pouvaient apercevoir une végétation plutôt insolite, qui mêlait harmonieusement des arbres et des plantes typiques de plusieurs régions très différentes de Calpatyl comme si les deux fleuves combinaient les essences à défaut de leurs eaux.
Cette journée d'étude, la seule qu'ils passèrent à Arexhaï, fut pour eux une véritable bouffée d'air frais et de paix. A voir l'attitude de leur professeur ils comprirent bien qu'ils n'en bénéficiaient qu'à titre clandestin et qu'ils avaient enfreint de nombreuses interdictions en se rendant là, pas seulement au niveau de leur pensionnat... Ils pensaient même ne jamais réussir à revenir en ce lieu.
Et voilà que quinze ans plus tard Vito Vaïsed leur commandait la construction d'une énorme structure, pour Arexhaï!

6 commentaires:
Coucou Julie, belle évocation poétique et politique de cette région mésopotatienne où l'on n'en revient pas de revenir, dédoublement magique des fleuves et des personnes, mais partage de l'essentiel souterrain !
Ca fait tout drôle que tu parles de Mésopotamie, Siréneau. Je n'y avais pas pensé... et pourtant!
la mésopotakoi? ah oui la mésopotamoi!!!!
Tiens, au fait, en fin de texte, il a une coquille, tu as écrit deux fois revenir.
J'ai comme l'impression que ce roman que tu nous commences éclipse beaucoup de textes publiés. Enfin, mon opinion n'est que ce qu'elle est, personnelle !
Merci mamaselle Poivert, j'ai corrigé, ouf!
De rien ! (je commence légèrement à ressembler à une spammeuse, tu trouves pas ?)
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