18.2.08

Nautodrome 9 - Récupération

"Tu me diras ça plus tard. Il faudra aussi bien m'expliquer à quoi tout ça servira, là vraiment je suis perdu." demanda Gamaliel. "Je serai tout ouïe. Mais pour le moment..." Se tournant vers Mademoiselle Smyss, avec un petit sourire en coin parce qu'il remarquait qu'elle restait dans l'expectative, attentive, au lieu de retourner à ses tâches plus ordinaires maintenant que Dedlar se sentait mieux: "Merci mademoiselle, ça ira."
La secrétaire rougit, se reprit et posa sur une desserte la cruche et le gobelet qui lui avaient servi à désaltérer son patron. Sans un mot, simplement avec un petit hochement respectueux, elle quitta la pièce, ferma derrière elle et très vite on l'entendit taper à la machine.
"Elle est vraiment très bien, cette petite jeune femme", fit gentiment Gamaliel. "Mais décidément, elle m'intrigue. Bon, revenons à nos flétans, comme tu dis si souvent, Ded. Ces petites merveilles doivent immédiatement rejoindre le coffre-fort. Pardonne-moi de te presser alors que tu es si mal en point, mais crois-moi, c'est urgent. J'y vais de ce pas.
-Si tu l'affirmes, je te crois volontiers. Mais je ne vois pas pourquoi. De toute façon, je suis éreinté. Je vais faire une petit somme. Oh... J'ai tout de même envie de te révéler l'emplacement. Tu te rappelles le Professeur Delfuss?
-Arexhaï? L'étoile d'Arexhaï? C'est là?
-Tu y es, mon gars! Bon, à plus tard. Au fait, j'emprunte ton bureau, en tout cas ton divan, d'accord?" L'architecte n'attendit pas la réponse, il se traîna jusqu'au divan de son ami et s'enferma à son tour au milieu des livres et des ustensiles.

Gamaliel cueillit précautionneusement toutes les esquisses et les documents de Vito Vaïsed, jusqu'aux plus infimes notes jetées sur des bouts de papier. Il en remplit quelques tubes de carton et les emporta au coffre du cabinet, placé au sous-sol.
Eux seuls, les deux compagnons artisans, connaissaient le code d'ouverture. Ils recouraient rarement à ce système de rangement. Cette fois, son instinct s'alliait à sa raison pour lui ôter tout doute: il fallait absolument protéger les splendeurs créées par Dedlar ainsi que le dossier du commanditaire. Tout cela craignait trop les ennemis politiques ou idéologiques de Vaïsed, la concurrence éventuelle, des dangers moins définis encore mais qu'il finirait par identifier et qu'il 'flairait'.
Maintenant qu'il avait accompli cet acte rassurant, il se réinstalla confortablement dans le bureau de Dedlar. Il put alors, enfin, s'abandonner à la rêvasserie, fourbu.
Il se projeta ainsi environ vingt ans en arrière, à l'époque où ils étudiaient au pensionnat des Frères Abyssaux dans la bourgade de Prichetyl-sur-Dolonia, à mi-chemin entre Caltyl et la côte. C'était un établissement assez étrange dans la mesure où les élèves qui s'y trouvaient étaient rarement de confession océaniste, de même que les professeurs, hommes et femmes. Et pourtant les Abyssaux qui y exerçaient parvenaient à imposer une discipline stricte en menaçant les éventuels chahuteurs de terribles punitions: tout élève surpris à commettre une infraction devait encourir une nuit de possession par les esprits du Large. C'était bizarre, au fond: ces garçons de douze à dix-huit ans, qui prétendaient ne pas y croire, préféraient ne pas risquer de sanction! Ou bien ils essayaient de ne pas se faire prendre. Gamaliel étaient de ces derniers.
Le Professeur Altélia Delfuss l'attrapa pourtant un soir alors qu'il faisait le mur, comme il faisait bien souvent, pour aller vadrouiller en solitaire dans les rochers de granite avoisinants.

6 commentaires:

Siréneau a dit…

Gamaliel qui n'avait pas su "flairer" Altelia, on ne l'y reprendrait plus :)

Julie a dit…

Bien vu, Siréneau! Mais il y a peut-être une raison...

Siréneau a dit…

J'imagine qu'elle vient d'un atoll en forme d'étoile, une formation géologique complexe près d'Arexhaï, les gens de ce lieu savent flotter sur l'eau en tendant bras et jambes écartés à 72°, les plus évolués parviennent à se maintenir en sustentation plusieurs mètres au dessus de l'eau, l'énergie mentale ne suffisant pas toujours, les adeptes de la méthode utilisent l'Esprit du Large...

Siréneau a dit…

Euh pardon :( c'est l'enthousiasme

Julie a dit…

Pas de souci, au contraire! :)
La suite risque un peu de te décevoir mais en tout cas je suis fière d'avoir suscité pareil commentaire! ^.^

Unknown a dit…

J'adore les spéculations enthousiastes de Siréneau, hi hi hi !