Le processus demeurait immuable à quelques motifs près même si sa durée et son ampleur variaient considérablement en fonction du monument à créer, de son degré de complexité et de son rôle technique, social et esthétique. Dedlar ne maîtrisait pas grand-chose et savait gré à Gamaliel de veiller sur lui depuis si longtemps. Son art passionnait tant l'architecte qu'il ne tergiversait jamais longtemps avant de se lancer dans une aventure créatrice prometteuse, au péril de sa propre santé mentale et corporelle, avec pour seul filet le soutien de son ami d'enfance.
L'enfance... Elle entrait pour beaucoup en ligne de compte dans le processus. Ca, Dedlar l'avait compris et en avait pris son parti tant bien que mal. Mais le reste du phénomène lui échappait encore largement.
En tout cas, chaque fois qu'il se lançait dans un nouveau projet, il devenait le spectateur-acteur d'une double vision. D'une part il gardait le contact avec la réalité dans son temps présent: documents, carafes, verre, feuilles et crayons, qu'il pouvait manipuler, utiliser en toute lucidité. D'autre part et en parallèle, il plongeait passivement dans un kaléïdoscope sensoriel mêlé de réminiscences personnelles et d'autres perceptions qui lui paraissaient, elles, tout à fait étrangères, comme cette sinistre et inexplicable soif.
Les deux visions interagissaient à travers le mécanisme de l'inspiration réciproque. Dedlar créait son oeuvre sous l'influence du rêve éveillé qui lui-même privilégiait tels ou tels éléments de son répertoire habituel selon l'esprit de l'ouvrage en gestation, tout en ménageant parfois des surprises, des douleurs physiques notamment.
Ce processus n'était propre qu'à l'architecte. On murmurait qu'il existait de par le monde des personnes dotées de capacités bien au-dessus des normes courantes. Dedlar Kreg était cependant le seul être humain vivant, à sa connaissance, à endurer de telles épreuves pour l'amour de l'art. Ceci dit, puisque lui-même dissimulait assez bien ce don suicidaire, il ne devait pas être si seul que ça dans son genre: s'il n'entendait pas parler d'autres, c'était sans doute parce que l'ostentation n'était pas à la mode, loin de là.
Or donc il commençait toujours par 'retomber' en enfance après une brève impression d'écrasement sur toute la surface de son être. Sa mémoire sautait ensuite sadiquement du coq-à-l'âne en alternance avec d'autres 'flashes'.
De son passé il revivait des épisodes généralement heureux mais perdus à jamais, perdus dans des deuils successifs dont il ne s'était pas bien rétabli.
Il revoyait son grand-père maternel, le charpentier farfelu, en train de lui raconter des contes merveilleux à propos de la mer et de ses secrets, ce grand-père qui était mort en tombant d'une poutre faîtière sur un chantier en hurlant joyeusement: "tout relier, tout!". Il revoyait ses parents à différentes périodes qui se superposaient, toujours inquiets, toujours obnubilés par leur progéniture, toujours épuisés. Il revoyait sa soeur jumelle, Deldilia.
Deldilia...
L'enfance... Elle entrait pour beaucoup en ligne de compte dans le processus. Ca, Dedlar l'avait compris et en avait pris son parti tant bien que mal. Mais le reste du phénomène lui échappait encore largement.
En tout cas, chaque fois qu'il se lançait dans un nouveau projet, il devenait le spectateur-acteur d'une double vision. D'une part il gardait le contact avec la réalité dans son temps présent: documents, carafes, verre, feuilles et crayons, qu'il pouvait manipuler, utiliser en toute lucidité. D'autre part et en parallèle, il plongeait passivement dans un kaléïdoscope sensoriel mêlé de réminiscences personnelles et d'autres perceptions qui lui paraissaient, elles, tout à fait étrangères, comme cette sinistre et inexplicable soif.
Les deux visions interagissaient à travers le mécanisme de l'inspiration réciproque. Dedlar créait son oeuvre sous l'influence du rêve éveillé qui lui-même privilégiait tels ou tels éléments de son répertoire habituel selon l'esprit de l'ouvrage en gestation, tout en ménageant parfois des surprises, des douleurs physiques notamment.
Ce processus n'était propre qu'à l'architecte. On murmurait qu'il existait de par le monde des personnes dotées de capacités bien au-dessus des normes courantes. Dedlar Kreg était cependant le seul être humain vivant, à sa connaissance, à endurer de telles épreuves pour l'amour de l'art. Ceci dit, puisque lui-même dissimulait assez bien ce don suicidaire, il ne devait pas être si seul que ça dans son genre: s'il n'entendait pas parler d'autres, c'était sans doute parce que l'ostentation n'était pas à la mode, loin de là.
Or donc il commençait toujours par 'retomber' en enfance après une brève impression d'écrasement sur toute la surface de son être. Sa mémoire sautait ensuite sadiquement du coq-à-l'âne en alternance avec d'autres 'flashes'.
De son passé il revivait des épisodes généralement heureux mais perdus à jamais, perdus dans des deuils successifs dont il ne s'était pas bien rétabli.
Il revoyait son grand-père maternel, le charpentier farfelu, en train de lui raconter des contes merveilleux à propos de la mer et de ses secrets, ce grand-père qui était mort en tombant d'une poutre faîtière sur un chantier en hurlant joyeusement: "tout relier, tout!". Il revoyait ses parents à différentes périodes qui se superposaient, toujours inquiets, toujours obnubilés par leur progéniture, toujours épuisés. Il revoyait sa soeur jumelle, Deldilia.
Deldilia...

3 commentaires:
Deldilia, c'est qui ça ? A tes stylos, que diable, les lecteurs s'impatientent !!!
Bise et à bientôt !
A mon avis, on ne va pas savoir tout de suite pour Deldilia, là on se dirige vers une séquence d'action, la phrase du grand père doit être super importante. Enfin, ce qu'en j'en dis et rien ... :) Bravo Julie!
Euh, je sais pas, moi! On verra, on verra. Et je ne dis pas ça pour semer le doute! Ca dépend dans quel ordre ça sort sur le Palm.
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