14.2.08

Nautodrome 7 - Collatéraux

Oui mais... Mais 'maintenant' était déjà 'demain'. Plus précisément, la matinée touchait bientôt à sa fin. Dedlar avait manqué deux repas sans jamais dormir et cela induisait forcément un bel épuisement, certes, mais ce n'était rien au regard des effets de sa transe. Il n'avait jamais traversé de phase de création aussi prolongée. Il devait s'attendre à des répercussions d'autant plus destructrices.
Il n'avait d'ailleurs jamais ressenti les sons, contacts, images, odeurs, et même les goûts avec autant d'acuité.
En résumé, pour dire les choses avec les mots de Gamaliel: il s'en était pris plein la gueule.
Des douleurs aiguës le tiraillaient aux poignets et aux chevilles, il se sentait nauséeux, ses oreilles sifflaient, devant ses yeux dansaient des étoiles qui ne dérivaient en rien de son 'rêve' mais avaient tout à voir avec la migraine qui martelait la moitié droite de son crâne. Pire, il n'arrivait plus à se mouvoir et il avait soif, si soif. Les carafes vides et le verre, renversé, le narguaient. C'était la première fois qu'il se retrouvait paralysé ainsi. Du fond de son être émergea d'un coup un sentiment de panique, comme si sa vie était en jeu.
Lui si fier, il n'en menait pas large.
Alors il tenta un "Gam'?" étranglé, qui résonna bizarrement dans son esprit comme un "Âme?" perplexe. Heureusement, son compagnon, qui avait l'ouïe extrêmement fine (un de ses petits talents personnels...), surgit presque aussitôt pour s'occuper de lui.
"Mademoiselle Smyss? Maître Kreg a besoin d'eau. Vite. Et rajoutez-y du sucre, s'il-vous-plaît.
Mon pauvre Ded, vois donc dans quel état tu t'es mis. Tu t'es fait assez mal, ça te convient? J'espère au moins que ça valait le c..." Il coupa net ses ronchonnades inquiètes au moment où il tournait la tête vers les croquis épars.
Mademoiselle Smyss arrivait déjà avec une cruche d'eau sucrée et, alors que l'état de son patron ne semblait pas la déstabiliser outre mesure, elle faillit renverser la cruche lorsqu'elle aussi aperçut les schémas. Elle paraissait tout aussi ahurie que le maître ferronnier, peut-être même davantage, ce qui ne manqua pas d'intriguer celui-ci. Il garda sa curiosité dans un coin de sa tête.
Pour l'heure, deux faits s'imposaient: Dedlar requérait des soins immédiats, aussi Gamaliel la pressa-t-il de recouvrer ses esprits et de le réhydrater; et puis les dessins étaient à couper le souffle, nombreux, tracés avec la plus grande précision, maestria, imagination possible. Toutes les cotes, toutes les indications de matériaux y figuraient. Tous les angles de vue utiles étaient pris en compte, tout permettait de visualiser le résultat dans son intégralité, même les plus négligeables éléments comme les poignées de portes ou la largeur des voies d'accès périphériques. Des centaines de couloirs intérieurs couraient dans une structure comportant des dizaines d'étages et de sous-sols autour d'un axe de communication à la forme particulièrement complexe.
Pourtant le principe général était incroyablement simple, banalissime: ils allaient bâtir un arbre.

3 commentaires:

Siréneau a dit…

Bonjour Julie !
Je te lis avec jubilation, pourtant là je suis déconcerté, comment ça banalissime, un arbre? Mais il n'y a rien de plus complexe! L'arbre modifie sa structure en fonction du vent dominant et des nappes souterraines, aucun matériau de construction résolument moderne ne possède encore cette propriété de modifier seul sa structure, on parle de surfaces en nanoparticules de carbone capables de réparer de légères altérations, mais c'est presque un abus de langage. Alors vive l'arbre pharaonesque en gestation, il m'évoque ceux dans lesquels vivaient les Non-A de Van Vogth sur Vénus ;)

Julie a dit…

Coucou Siréneau :)
Je n'ai certes pas dit qu'un arbre était simple, loin de là, ouh là là (voir quelques lignes au-dessus): juste le principe général qui consiste à imiter un "élément" naturel dans une création artistique. Mais je sais que tu me fais un clin d'oeil, et d'ailleurs tu vois déjà arriver la suite, aïe aïe aïe je ne vous surprends plus! Le nautodrome sera sophistiqué et malin comme un arbre, ou il ne sera pas. ^.^

Unknown a dit…

Un arbre ! Ben moi, je suis moins clairvoyante et cultivée, sans doute aussi, que Siréneau. Je ne vois pas du tout, mais pas du tout, où tu veux en venir. Vite, la suite !