28.2.08

Nautodrome 16 - Face à face

"Qu'avez-vous trouvé, Mademoiselle Smyss? chuchota Gamaliel.
-Regardez, maître Pelsoth." Et elle lui tendit le livre.
Le guide en question accusait bien son siècle et demi d'âge malgré la reliure simple et robuste, prévue pour les voyages.

L'état pitoyable du document provenait de la composition même du papier utilisé à cette époque à Calpatyl. Il manquait de petites parties de ces pages jaunies, simplement parce que la cellulose et des additifs chimiques contenus dans les feuilles induisait une véritable autodestruction, de façon très hétérogène. C'était un processus qu'on savait arrêter. Mais pour des ouvrages connus en un seul exemplaire, la perte de contenu était irrémédiable. Depuis quelques décennies, les fabricants avaient fort heureusement recours à une algue bon marché pour remplacer la pâte de bois, et ainsi retrouver la qualité des premiers papiers à base de chiffons.
Bref.

"Mademoiselle Smyss, fit Gamaliel, hilare, en finissant de noter quelques éléments à partir du guide, je vous invite à prendre une petite liqueur de genièvre à la Taverne du Franc Parler! Une telle découverte, ça s'arrose! (Deux-trois lecteurs relevèrent la tête.) Ouuups, murmura-t-il, penaud. Alors, vous venez?
-Oh. Comme on dit dans votre pays: pourquoi pas?".

Au 'Franc Parler', les deux chercheurs occasionnels se retrouvèrent donc une nouvelle fois face à face, cette fois devant un verre de genièvre pour l'un, un thé pour l'autre.
"Ainsi la famille Vaïsed est-elle originaire d'Arexhaï...
-Oui maître Pelsoth. En fait...
-Je vous en prie, appelez-moi Gamaliel, ou, si cela vous gêne, simplement 'Monsieur Pelsoth'.
-C'est que... fit-elle en rougissant.
-Vous craignez trop de familiarité dans le cadre professionnel? Sachez en tout cas que je ne vous courtise pas. Allez hop! je vous le dis tout net, et nous n'en reparlerons plus: oui vous m'intriguez beaucoup mais je ne suis pas intéressé par les femmes. Voilà.
-Oh. Mais pourquoi me dites-vous cela, Monsieur Pelsoth?
-Ma foi... Pourquoi pas? Vous m'êtes sympathique, c'est jour de fête et nous sommes au Franc Parler, par le Poulpe, c'est l'endroit idoine! Tavernier! cria-t-il. Une tournée pour tout le monde!
Maintenant, revenons à nos flétans, dit-il à voix plus basse. Nous avons donc connaissance d'un certain Valdo Vaïsed, homme d'affaires à Arexhaï il y a cent-quarante-deux ans, la date du livre en fait foi..."

7 commentaires:

Siréneau a dit…

Quel flair, il n'est pas intéressé par les femmes Gamaliel mais intrigué par celle-ci. Dans une situation normale celà serait flatteur...

Julie a dit…

Mais la situation est parfaitement normale! ;)

Siréneau a dit…

Voyons Julie, il ne peut pas ne pas flairer l'entourloupe, même le lecteur la pressent! Fait gaffe Gamaliel ! Enfin, ce garçon est suffisamment fin pour retourner la situation à l'avantage de son ami sans porter préjudice à qui que ce soit, et ça c'est très fort...

Julie a dit…

Rien ni personne ne dit qu'il n'a pas décelé quelque chose... Il est discret, je le rappelle, et le simple fait qu'elle l'intrigue le montre. Mais s'il est discret, il n'est pas pour autant porté sur le secret, et donc préfère annoncer la couleur, dire à Anne qu'elle l'intrigue c'est déjà en dire beaucoup. ;)

Unknown a dit…

Par le poulpeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeee ! A nos flétans ! Hi hi hi, j'en ris encore.

Poivert, un peu moins métaphysique et devineresse que le sieur Siréneau, passé maître en l'art de la pêche à l'anguille (sous roche)

Julie a dit…

Avec un bon filet!

Unknown a dit…

Clair !