1.3.08

Nautodrome 19 - Traversée

[Note: je publie deux épisodes aujourd'hui. Attention à lire le 18 avant le 19...]

Une fois le devis tapé et envoyé par coursier à Vito Vaïsed, Anne Smyss expédia les affaires courantes. Elle déjeuna sur le pouce, sans appétit: les chouquettes du matin, la remarque de Gamaliel Pelsoth et sa mauvaise conscience ne laissaient guère de place à un repas en bonne et due forme. A deux heures et quart de l'après-midi elle traversait la passerelle de l'aérostat en partance pour Elmin'talss-Statoport international.
Il faisait particulièrement beau cet après-midi-là, quelques petits nuages parsemaient le ciel de fin d'hiver. Au décollage, Anne plongea avec un soupir dans une rêvasserie mélancolique tout en admirant les paysages qui commençaient à défiler sous l'appareil. Calpatyl débordait de beauté, tout comme Tramarèl, et ses habitants pouvaient être si...

Elle s'endormit et rêva de Dedlar Kreg. Celui-ci lui demandait, en Tramarélien, de vider tous les tiroirs, classeurs, placards du cabinet, et de tout ranger ensuite dans l'ordre chronologique. C'était bien entendu un travail de titan et elle peinait à l'accomplir. Lorsque vint le moment de vider le coffre-fort, elle pria son patron de l'ouvrir, puisque seuls Gamaliel et lui le pouvaient. Dedlar Kreg la considéra un instant puis lui remit un rouleau de parchemin ancien, et lui dit en souriant: "Vous avez raison, la solution n'est pas dans nos meubles. Rentrez chez vous, reposez-vous, vous trouverez quand vous ne chercherez plus. Merci pour tout." Il la serra quelques secondes dans ses bras, puis s'écarta et se transforma en arbre. Déboussolée, elle s'enfuit du cabinet, courut au M.a.r.s.o.u.i.n. et s'assit sur un banc de la Grande Galerie, dédiée aux tableaux de l'avant-dernier siècle. Là, elle se rappela qu'elle tenait toujours ce rouleau de parchemin et le déroula. Il y était écrit un poème en Elporien (une langue qu'elle connaissait également assez bien). Il y était question d'une 'énigme par-delà les âges'. Lorsqu'elle releva la tête elle vit que le portrait de femme face à elle, qui représentait une célèbre poétesse, lui souriait avec compassion.

Elle se réveilla enfiévrée. Sa voisine, une très vieille dame, lui souriait elle aussi, un peu inquiète:
"Comment allez-vous, mademoiselle? Votre sommeil était bien agité. Vous avez chaud, on dirait. Vos yeux sont rouges et brillants.
-Je... euh... Oh. Juste un mauvais rêve, répondit-elle en réfrénant son pouvoir igné, qu'elle sentait près de se déclencher. Où sommes-nous?
-Notre voyage touche à sa fin. Nous survolons déjà Tramarèl. Nous avons eu de la chance, le vent était avec nous. Voulez-vous un verre d'eau?
-Non, merci. Cela va déjà mieux.
-L'eau, c'est important, c'est comme le temps. Elle coule toujours dans un sens, elle ne peut suivre deux directions à la fois.
-Oui, c'est vrai. Le temps, l'eau, la loyauté..." répondit Anne, pensive, tournant la tête vers le hublot pour regarder son pays. Lorsqu'elle regarda de nouveau vers sa voisine, celle-ci avait disparu.

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