An'stice de Tram'Barry fut accueillie avec les égards dus à son rang, mais aussi un peu d'effervescence en sa maison du quartier royal d'Elmin'talss. Les domestiques, comme le roi, ne s'attendaient pas à un retour si prompt. Toutefois, s'ils étaient nerveux, c'était essentiellement parce qu'ils ne s'attendaient pas non plus aux changements manifestes qui affectaient la jeune femme. Pour l'avoir servie depuis son adolescence, ils la connaissaient plutôt bien. Or ce dernier séjour à Caltyl lui avait donné une bonne mine, une énergie et une assurance que ses études n'avaient pu lui procurer. Malgré son expression soucieuse, elle rayonnait avec ses yeux bleus, sa haute stature, ses bras musclés et grâcieux à la fois, son port de tête altier sans dédain. Ils en étaient tout ébranlés.
La première chose qu'elle fit en rejoignant sa chambre, après avoir posé ses affaires, fut d'aller piocher dans sa bibliothèque personnelle quelques recueils de la poétesse elporienne Almalia Barlinolsi, tous ceux qu'elle avait d'elle, en fait, en version tramarélienne. Elle ne chercha pas à comprendre son geste, elle était trop fatiguée pour cela. Après un léger souper et quelques consignes données au majordome, elle put enfin se coucher, l'un des livres en main.
Il s'agissait, disait la préface, de textes symbolistes écrits quelques mois avant l'assassinat d'Almalia Barlinolsi à l'âge de cinquante-sept ans. Elle semblait avoir trouvé la paix et vouloir partager ses découvertes spirituelles.
Le poème sur lequel s'endormit An'stice s'intitulait 'Le pont'. Il commençait ainsi:
Au petit matin, An'stice s'éveilla reposée. Elle prit un bon petit déjeuner, agrémenté d'oeufs au bacon et de ces fameux petits gâteaux au pavot. Elle se sentait ragaillardie, heureuse de passer quelque temps dans son cher pays.
Elle partit tôt pour pouvoir arriver aux Archives royales dès l'ouverture, à pied. Son esprit vivifié remarqua la présence d'un jeune homme d'aspect anodin qui la suivait depuis les abords de son hôtel particulier. Elle était formée à la filature et connaissait les techniques qui permettaient de semer un importun. Elle ne souhaitait pas, cependant, s'en débarrasser trop vite, curieuse de découvrir les méthodes de cet espion afin de l'identifier par la suite. Elle s'arrêta donc quelques secondes, le temps de noter une adresse sur un bout de carnet: '31 avenue du Trône'. Ce faisant, elle orienta sans ostentation son carnet vers lui. Il demeurait à cinquante pas de là, faisant mine de s'intéresser aux titres des journaux affichés sur un kiosque. Puis à une station de calèches, elle dit au conducteur: "17 boulevard des Jaquettes-rouges" en montant à bord. Ceci permettrait déjà de déterminer si l'homme était un regardeur, ou un écouteur, les deux catégories d'espions de bas étage. D'après ce qu'elle aperçut dans le miroir de son poudrier, il s'agissait d'un regardeur, un de ces individus dotés d'une vue hors du commun: il partait en direction de l'avenue du Trône. C'était assez logique, puisqu'on devait probablement savoir qu'elle allait chercher des informations dans des documents écrits, plutôt que d'user de la parole.
La première chose qu'elle fit en rejoignant sa chambre, après avoir posé ses affaires, fut d'aller piocher dans sa bibliothèque personnelle quelques recueils de la poétesse elporienne Almalia Barlinolsi, tous ceux qu'elle avait d'elle, en fait, en version tramarélienne. Elle ne chercha pas à comprendre son geste, elle était trop fatiguée pour cela. Après un léger souper et quelques consignes données au majordome, elle put enfin se coucher, l'un des livres en main.
Il s'agissait, disait la préface, de textes symbolistes écrits quelques mois avant l'assassinat d'Almalia Barlinolsi à l'âge de cinquante-sept ans. Elle semblait avoir trouvé la paix et vouloir partager ses découvertes spirituelles.
Le poème sur lequel s'endormit An'stice s'intitulait 'Le pont'. Il commençait ainsi:
Il est dans la contrée des mangeurs de harengs
Un astre plus brillant, plus dense et plus vivant
Que le ciel-Galaxie qui lui sert de miroir.
Enjambée par les nuées, l'étoile reste noire,
Elle luit dans nos coeurs et coule tel un fleuve
Multiple. De la vie elle donne la preuve.
(Evidemment, la traduction tramarélienne ne pouvait rendre la musicalité du texte.)Un astre plus brillant, plus dense et plus vivant
Que le ciel-Galaxie qui lui sert de miroir.
Enjambée par les nuées, l'étoile reste noire,
Elle luit dans nos coeurs et coule tel un fleuve
Multiple. De la vie elle donne la preuve.
Au petit matin, An'stice s'éveilla reposée. Elle prit un bon petit déjeuner, agrémenté d'oeufs au bacon et de ces fameux petits gâteaux au pavot. Elle se sentait ragaillardie, heureuse de passer quelque temps dans son cher pays.
Elle partit tôt pour pouvoir arriver aux Archives royales dès l'ouverture, à pied. Son esprit vivifié remarqua la présence d'un jeune homme d'aspect anodin qui la suivait depuis les abords de son hôtel particulier. Elle était formée à la filature et connaissait les techniques qui permettaient de semer un importun. Elle ne souhaitait pas, cependant, s'en débarrasser trop vite, curieuse de découvrir les méthodes de cet espion afin de l'identifier par la suite. Elle s'arrêta donc quelques secondes, le temps de noter une adresse sur un bout de carnet: '31 avenue du Trône'. Ce faisant, elle orienta sans ostentation son carnet vers lui. Il demeurait à cinquante pas de là, faisant mine de s'intéresser aux titres des journaux affichés sur un kiosque. Puis à une station de calèches, elle dit au conducteur: "17 boulevard des Jaquettes-rouges" en montant à bord. Ceci permettrait déjà de déterminer si l'homme était un regardeur, ou un écouteur, les deux catégories d'espions de bas étage. D'après ce qu'elle aperçut dans le miroir de son poudrier, il s'agissait d'un regardeur, un de ces individus dotés d'une vue hors du commun: il partait en direction de l'avenue du Trône. C'était assez logique, puisqu'on devait probablement savoir qu'elle allait chercher des informations dans des documents écrits, plutôt que d'user de la parole.

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