Deux difficultés se présentaient immédiatement: une fois soigné, l'espion calpatylien avait dû prévenir ses complices, et en plus An'stice avait faim! Mais ça n'était pas vraiment un problème. Elle se rendit en effet aux bureaux du S.I.T. où elle savait pouvoir trouver protection et nourriture. Elle salua l'équipe de permanence, six personnes, apprit avec soulagement que le colonel Toul'sen était absent et put se restaurer tout en décrivant globalement l'encombrante surveillance d'origine calpatylienne qui pesait sur elle. L'agent de faction à l'entrée vint confirmer que deux hommes suspects rôdaient dans les parages. An'stice se sentit un peu embarrassée d'apprendre qu'elle était suivie depuis un bout de temps, sans doute depuis sa sortie des Archives. Elle relata l'incident avec le premier espion. D'après sa description, ses camarades corroborèrent ses impressions: une filature de routine liée à son emploi chez Dedlar Kreg. L'inconvénient, c'était qu'avec la combustion spontanée, elle avait encouru le risque de se faire remarquer même si les 'ennemis' n'avaient aucune preuve de sa responsabilité. Ils prirent bonne note de tous les détails qu'elle put leur fournir pour 'assurer ses arrières', c'est-à-dire mettre des bâtons dans les roues adverses sur le territoire tramarélien, mais toujours subtilement pour éviter des conclusions trop périlleuses. Il fallait agir avec délicatesse, en tenant compte du fait qu'Anne Smyss était maintenant connue comme étant une duchesse tramarélienne, avec ses entrées à la Cour, employée incognita à Caltyl dans un cabinet désormais hautement suspect aux yeux des deux gouvernements. Cela faisait beaucoup...
L'équipe du S.I.T. comportait un endormisseur qui fit merveille sur les intrus de manière assez cocasse (les Calpatyliens finirent par s'assoupir l'un contre l'autre sur un banc). Après l'avoir félicité chaleureusement, An'stice de Tram'Barry partit tranquille pour la bibliothèque.
Elle demanda conseil au comptoir d'accueil. La demoiselle à lunettes qui l'orienta semblait fiable, le genre d'agent public qui préserve la confidentialité des sujets étudiés par les usagers par principe, par rigidité d'esprit aussi. Au début, lorsqu'elle avait mollement refermé son calepin pour regarder la nouvelle venue, cette hôtesse n'avait pas semblé bien serviable. En réalité elle se montra efficace, concentrée et aimable alors que sa tonique et néanmoins acerbe collègue, à un mètre de là, vitupérait dans le vide et à haute voix contre les dernières réformes gouvernementales: la monarchie abusait de son pouvoir, le roi bridait l'information, se montrait trop souvent, jetait sa richesse aux yeux de la population démoralisée, et caetera. An'stice perdit contenance un instant. Elle reconnaissait que ce n'était pas faux. Elle se disait que le royaume de Tramarèl allait vraiment mal pour qu'un employé de la Couronne risque son travail (au moins) en craquant de cette façon. Heureusement pour cette dame, An'stice était au-dessus de tout cela et ne lui ferait pas d'ennuis. Et heureusement pour une An'stice qui avait vraiment perdu le fil, la demoiselle à lunettes lui notait tous les renseignements utiles au fur et à mesure. Munie d'une belle liste de références et d'un plan précis des salles de consultation, elle obtint rapidement la documentation désirée.
Les pièces du puzzle s'assemblaient: d'après des livres très spécialisés et très rares qu'elle compulsait l'Ordre des Hydradelphes était une secte vieille de trois millénaires. Les Frères de l'Eau adoraient l'eau nourricière sous tous ses avatars (douce ou salée, eau symbolique de la Voie lactée, eau végétale qu'était la sève...). Une branche avait très tôt dérivé vers l'Océanisme. Celui-ci, moins mystique, plus concret, plus coloré et plus linéaire, avait totalement occulté l'ancienne croyance.
L'équipe du S.I.T. comportait un endormisseur qui fit merveille sur les intrus de manière assez cocasse (les Calpatyliens finirent par s'assoupir l'un contre l'autre sur un banc). Après l'avoir félicité chaleureusement, An'stice de Tram'Barry partit tranquille pour la bibliothèque.
Elle demanda conseil au comptoir d'accueil. La demoiselle à lunettes qui l'orienta semblait fiable, le genre d'agent public qui préserve la confidentialité des sujets étudiés par les usagers par principe, par rigidité d'esprit aussi. Au début, lorsqu'elle avait mollement refermé son calepin pour regarder la nouvelle venue, cette hôtesse n'avait pas semblé bien serviable. En réalité elle se montra efficace, concentrée et aimable alors que sa tonique et néanmoins acerbe collègue, à un mètre de là, vitupérait dans le vide et à haute voix contre les dernières réformes gouvernementales: la monarchie abusait de son pouvoir, le roi bridait l'information, se montrait trop souvent, jetait sa richesse aux yeux de la population démoralisée, et caetera. An'stice perdit contenance un instant. Elle reconnaissait que ce n'était pas faux. Elle se disait que le royaume de Tramarèl allait vraiment mal pour qu'un employé de la Couronne risque son travail (au moins) en craquant de cette façon. Heureusement pour cette dame, An'stice était au-dessus de tout cela et ne lui ferait pas d'ennuis. Et heureusement pour une An'stice qui avait vraiment perdu le fil, la demoiselle à lunettes lui notait tous les renseignements utiles au fur et à mesure. Munie d'une belle liste de références et d'un plan précis des salles de consultation, elle obtint rapidement la documentation désirée.
Les pièces du puzzle s'assemblaient: d'après des livres très spécialisés et très rares qu'elle compulsait l'Ordre des Hydradelphes était une secte vieille de trois millénaires. Les Frères de l'Eau adoraient l'eau nourricière sous tous ses avatars (douce ou salée, eau symbolique de la Voie lactée, eau végétale qu'était la sève...). Une branche avait très tôt dérivé vers l'Océanisme. Celui-ci, moins mystique, plus concret, plus coloré et plus linéaire, avait totalement occulté l'ancienne croyance.

1 commentaire:
C'est toi l'agent d'accueil efficace et discret ?
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