25.3.08

Nautodrome 37 - La foule

Dedlar portait les huit 'graines', entouré de ses collègues, lorsqu'ils marchèrent jusqu'au chantier. La solennité de l'escorte l'amusait et le détendait. Il sentait l'émotion des uns et des autres, même de M. Vinh-Truvio qui pourtant était le moins directement impliqué dans toute l'affaire.
La première graine serait à poser au centre du terrain. En effet, c'était la principale, celle qui serait reliée à la nappe d'eau souterraine en-dessous (un puits artésien avec barrage filtrant avait été préparé à cet effet). Les sept autres racines principales seraient disposées selon la même répartition que les ruines et les bras de fleuves, laissant le sud dégarni.
Les officiels se firent attendre, que ce soient les délégués d'Arexhaï, de Tramarèl ou ceux de Calpatyl. Ils arrivèrent quasiment en même temps, le consul de Tramarèl et son attaché culturel, le Grand Conseiller chargé du Patrimoine et de l'Identité calpatylienne avec son archéologue-en-chef, le maire d'Arexhaï, tous environnés de tout un peuple de secrétaires, greffiers, simples curieux, etc. Il y avait une bonne cinquantaine de personnes en plus des deux cents ouvriers. Comme d'habitude, les deux gouvernements avaient étouffé l'information dans les capitales, mais ça commençait tout de même à se savoir.
Les Arexhaïtes eux-mêmes s'étaient montrés assez hostiles. Ils s'étaient habitués à leur isolement, à leur semblant de liberté privilégiée. Le maire, un vieil ami de Vito Vaïsed, avait tout fait pour essayer de calmer le jeu. Mais des récalcitrants avaient tout de même constitué des groupes plus ou moins clandestins pour agir contre la dégradation du paysage, pour maintenir le calme dans les parages, pour toutes sortes de raisons, en fait. Malgré tout un travail de communication amorcé des mois auparavant par Vaïsed, on s'attendait à des irruptions d'activistes. Le maire avait donc amené avec lui une partie de la police locale.
Dedlar apprit cela le jour même, de la bouche du maire qui le saluait et lui expliquait la présence des forces armées. D'une certaine façon cela le rassura, il se dit que des espions auraient plus de mal à saboter le projet. Quant à affronter des manifestants, il était rôdé. Il savait expliquer, négocier, écouter, comprendre. Ce n'était pas la première fois qu'on remettait en cause la pertinence de sa création, et il avait assez souvent tenu compte des oppositions. Mais pour l'instant, personne ne se montrait.

Il était maintenant l'heure de poser le petit bloc de pierre, et de le laisser 'respirer'. Oh, il ne se passerait rien de spectaculaire. Les ouvriers prendraient le relais, bâtiraient par-dessus le début de la racine centrale, laisser s'insinuer l'eau du puits artésien... La croissance allait se faire sur des mois et des mois. Au début, l'édifice serait pour ainsi dire à peine vivant, puis la matière réactive se propagerait de bloc en bloc, tranquillement.

Le cercle des trois officiels se resserra autour de Merco Mercolef et lui. Gamaliel restait en arrière, vigilant. Malgré la tension palpable M. Mercolef émit un petit: "Ouh là là ouh là là!" enthousiaste qui fit sourire An'stice. Elle ne sourit cependant pas très longtemps: alors que Dedlar installait le précieux bloc sur on son emplacement, on entendit trois cris, à commencer par le tonitruant "ATTENTION!!" de Gamaliel, puis une demi-seconde après le "AAAH!" de M. Mercolef qui s'écroulait sur le côté et enfin le son plus sourd de Dedlar qui s'évanouissait en tombant sur la pierre. Dans la foule en panique, Gamaliel avait déjà rejoint ses deux confrères couchés au sol et cherchait un abri. Pratiquement tout le monde détalait, seule Anne restait debout, à regarder autour d'elle, relativement calme, prête à agir, son entraînement prenant le dessus.

3 commentaires:

Siréneau a dit…

ça devait arriver, la violence, avec toute cette pression, l'omniprésence de la police, les provocateurs du roiset les écolos, toujours contre, et contre tout, contre les grosses graines génétiquement modifiées; même les graines d'éoliennes; tu peux rien faire avec des gens pareils...Dommage

Siréneau a dit…

Et tout s'arrête au moment CRUCIAL !
Sacré Loupil de Calpatyl. Rusé comme pas deux.

Julie a dit…

Même pas fait exprès.