10.3.08

Nautodrome 28 - Cas de confiance

An'stice de Tram'Barry, duchesse-espionne au service du Royaume, énuméra pour elle-même les différents aspects de l'affaire Vaïsed et les difficultés de sa propre position, bien calée dans sa bergère.

-Elle s'était infiltrée depuis peu dans le cabinet Kreg en prévision du projet Vaïsed.
-Le S.I.T. considérait le projet Vaïsed comme une menace pour la paix entre les deux Etats, sans réelle explication auprès de ses agents.
-Le lieu retenu pour le projet Vaïsed, l'enclave mixte d'Arexhaï, pouvait justifier une telle surveillance puisque la construction risquait à tout moment de déclencher un incident diplomatique. An'stice pressentait néanmoins qu'on ne lui avait pas tout dit.
-An'stice s'était dévoilée auprès de la partie adverse, elle avait manqué absurdement de prudence:
le contre-espionnage de Rehinard Farringkson allait la suivre de plus près et deviner la nature de son talent personnel;
Dedlar Kreg et Gamaliel Pelsoth se doutaient ouvertement de quelque chose; bizarrement, Gamaliel lui accordait toujours sa confiance, à moins qu'il ne s'agît d'un piège?
Pour couronner le tout, elle avait distinctement entendu Vito Vaïsed affirmer qu'il savait ce qui avait provoqué l'extinction des chandelles dans le bureau de l'architecte, lorsque par excès d'attention à la porte elle avait laissé dérailler son pouvoir. Il devait avoir un talent lui aussi, ou bien il employait ses propres espions. Mais pourquoi lui faire savoir, à elle, qu'il savait ce qu'elle faisait? Pourquoi l'intégrer au projet en lui fournissant un passeport tout prêt, dans ces conditions?
-Elle avait manqué de prudence, certes, et cela ne lui ressemblait pas. Pratiquement depuis le début de l'enquête elle semblait à côté, maladroite, elle si professionnelle d'habitude. Elle avait pris Dedlar Kreg et son ami en sympathie. En outre, l'espionnage n'était pas pour elle une vocation, elle pensait échapper un jour à l'emprise du colonel Toul'sen: soit en lui extorquant les renseignements qu'il lui avait promis, soit en renonçant définitivement à en savoir plus sur son père. Cette dernière solution lui faisait réellement mal au coeur. Quant à l'attitude qu'elle allait adopter dans l'affaire du nautodrome, elle tenait beaucoup à son pays et son roi, et se refusait à les trahir. Mais elle rêvait de paix et de coopération. Pour tout dire, elle rêvait de voir le nautodrome édifié, reliant tout le monde dans le respect des individualités...

A ce moment, elle vit que décidément sa subjectivité reprenait le dessus.
Mais puisque les Calpatyliens savaient à divers degrés qu'elle avait quelque chose à cacher, elle opta pour une attitude adaptée à chacun: continuer son activité habituelle aux yeux des autorités, garder pour elle et pour le cabinet Kreg les résultats de ses recherches en attendant d'y voir plus clair, expliquer franchement à l'architecte ce qu'elle faisait là (elle connaissait son anti-conformisme envers le pouvoir en place), montrer à Vito Vaïsed qu'elle avait compris. C'était risqué, et en même temps cela lui permettrait de temporiser.

Elle se leva, éteignit les chandelles du boudoir en soufflant dessus (un geste rare et très symbolique pour elle, signe de changement) et rejoignit sa chambre où elle prépara sa valise. Elle y ajouta ses notes récentes.
Elle glissa aussi, sans y penser, le recueil d'Almalia Barlinolsi qui contenait 'Le pont'.

3 commentaires:

Siréneau a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Siréneau a dit…

Le talent, le pouvoir, la classe et la grâce, eh bé dis donc...

Unknown a dit…

J'adore l'imbroglio diplomatopolitoconque que tu es en train de nous construire !