Dedlar Kreg paraissait plutôt calme, comme endormi, hors de portée des paroles qu'on pouvait lui adresser. Mais il gardait les yeux ouverts, suait à grosses gouttes, sa main droite s'agitait de mouvements courts et saccadés.
Anne lui apporta une cruche d'eau et un gobelet, qu'elle posa sur la table de chevet. Gamaliel la rejoignit et l'aida à le désaltérer avec quelques gorgées.
Le maître serrurier observa son ami quelques instants puis demanda de quoi écrire. Anne apporta un crayon et un carnet. Gamaliel les plaça dans les mains de Dedlar et celui-ci sembla esquisser un très léger sourire soulagé.
Il se mit alors à l'ouvrage: il traça fébrilement, des lignes droites, des courbes, qui n'aboutissaient pas à des images reconnaissables. Au bout de quelques lignes, il changeait de page vivement et recommençait un croquis un peu différent. Il semblait ankylosé, ne dessinait pas comme d'habitude, raturait, frottait la page pour effacer du doigt une partie de ce qu'il avait fait. Anne et Gamaliel l'observaient silencieusement, non sans une certaine appréhension. Peu à peu, de page en page, ses traits s'amenuisèrent, plus légers et plus courts, dans des formes en revanche plus complexes. Le visage de Dedlar se fermait de plus en plus, comme buté. Cela dura ainsi pendant vingt minutes.
A un moment, Mme Sdapil et M. Vinh-Truvio vinrent voir comment allait le malade et comprirent immédiatement qu'il se passait quelque chose qui ne prendrait un sens que bien plus tard. Ils laissèrent Anne et Gamaliel à leur contemplation angoissée et gagnèrent la chambre de Merco Mercolef, que veillait maintenant Vito Vaïsed.
Le savant ne transpirait pas la santé, pâle, somnolent, tremblant. Dans une coupelle sur le petit bureau de la chambre, on ne pouvait manquer de voir la fléchette de trois centimètres de long, extrêmement fine, que le guérisseur avait extraite de son cou. M. Vinh-Truvio s'en approchait, pour voir de plus près, lorsque:
"N'y touchez surtout pas! s'écria le médecin.
-Ah? D'accord. Je n'y pensais pas cela dit. Vous pensez qu'on peut encore y trouver des empreintes, pour l'enquête?
-Non, pas du tout, je l'ai d'ailleurs moi-même manipulée et de toute façon cette matière ne prend pas bien les empreintes. Et elle est trop fine. Mais le poison que l'on a mis dessus, le thanax-azomos est très actif. Il suffit de la mettre en contact avec la peau pour qu'elle affecte immédiatement le système nerveux: paralysie, tétanie, dérèglements de longue durée, voire irrémédiables, sur les fonctions neuro-motrices...
-Mais vous-même vous l'avez touchée à main nue, cette fléchette, et vous semblez dire que le criminel l'a fait aussi.
-Oui, parce que lors de ma formation en médecine j'ai aguerri mon système immunitaire par un contact progressif à toutes sortes de poisons. C'est ce que font les médecins, les apothicaires, les chimistes... et les empoisonneurs de haut vol.
-M. Mercolef va-t-il s'en sortir?
-Je réserve pour l'instant mon diagnostic: son organisme se bat encore contre les effets du thanax. C'est la guerre en lui. Je lui ai donné des armes. Mais M. Mercolef a une constitution particulièrement sensible aux microbes, et il n'est pas tout jeune.
-Oui, dit Vito Vaïsed accablé: Merco Mercolef est doté d'une sensibilité particulière à la biologie: il sait communiquer avec le vivant, avec une facilité que lui envient beaucoup de ses confrères. Mais au lieu de le renforcer comme ce fut le cas pour mon ami Corfo Telzyd, sa familiarité avec les micro-organismes l'a rendu vulnérable. Un peu comme un excès de confiance, une naïveté enfantine, une amitié pleine et entière envers la vie."
Ce fut à cet instant que le bio-énergéticien murmura: "Les autres. Les autres. Il faut continuer. La première appelle les autres. Il faut..."
Anne lui apporta une cruche d'eau et un gobelet, qu'elle posa sur la table de chevet. Gamaliel la rejoignit et l'aida à le désaltérer avec quelques gorgées.
Le maître serrurier observa son ami quelques instants puis demanda de quoi écrire. Anne apporta un crayon et un carnet. Gamaliel les plaça dans les mains de Dedlar et celui-ci sembla esquisser un très léger sourire soulagé.
Il se mit alors à l'ouvrage: il traça fébrilement, des lignes droites, des courbes, qui n'aboutissaient pas à des images reconnaissables. Au bout de quelques lignes, il changeait de page vivement et recommençait un croquis un peu différent. Il semblait ankylosé, ne dessinait pas comme d'habitude, raturait, frottait la page pour effacer du doigt une partie de ce qu'il avait fait. Anne et Gamaliel l'observaient silencieusement, non sans une certaine appréhension. Peu à peu, de page en page, ses traits s'amenuisèrent, plus légers et plus courts, dans des formes en revanche plus complexes. Le visage de Dedlar se fermait de plus en plus, comme buté. Cela dura ainsi pendant vingt minutes.
A un moment, Mme Sdapil et M. Vinh-Truvio vinrent voir comment allait le malade et comprirent immédiatement qu'il se passait quelque chose qui ne prendrait un sens que bien plus tard. Ils laissèrent Anne et Gamaliel à leur contemplation angoissée et gagnèrent la chambre de Merco Mercolef, que veillait maintenant Vito Vaïsed.
Le savant ne transpirait pas la santé, pâle, somnolent, tremblant. Dans une coupelle sur le petit bureau de la chambre, on ne pouvait manquer de voir la fléchette de trois centimètres de long, extrêmement fine, que le guérisseur avait extraite de son cou. M. Vinh-Truvio s'en approchait, pour voir de plus près, lorsque:
"N'y touchez surtout pas! s'écria le médecin.
-Ah? D'accord. Je n'y pensais pas cela dit. Vous pensez qu'on peut encore y trouver des empreintes, pour l'enquête?
-Non, pas du tout, je l'ai d'ailleurs moi-même manipulée et de toute façon cette matière ne prend pas bien les empreintes. Et elle est trop fine. Mais le poison que l'on a mis dessus, le thanax-azomos est très actif. Il suffit de la mettre en contact avec la peau pour qu'elle affecte immédiatement le système nerveux: paralysie, tétanie, dérèglements de longue durée, voire irrémédiables, sur les fonctions neuro-motrices...
-Mais vous-même vous l'avez touchée à main nue, cette fléchette, et vous semblez dire que le criminel l'a fait aussi.
-Oui, parce que lors de ma formation en médecine j'ai aguerri mon système immunitaire par un contact progressif à toutes sortes de poisons. C'est ce que font les médecins, les apothicaires, les chimistes... et les empoisonneurs de haut vol.
-M. Mercolef va-t-il s'en sortir?
-Je réserve pour l'instant mon diagnostic: son organisme se bat encore contre les effets du thanax. C'est la guerre en lui. Je lui ai donné des armes. Mais M. Mercolef a une constitution particulièrement sensible aux microbes, et il n'est pas tout jeune.
-Oui, dit Vito Vaïsed accablé: Merco Mercolef est doté d'une sensibilité particulière à la biologie: il sait communiquer avec le vivant, avec une facilité que lui envient beaucoup de ses confrères. Mais au lieu de le renforcer comme ce fut le cas pour mon ami Corfo Telzyd, sa familiarité avec les micro-organismes l'a rendu vulnérable. Un peu comme un excès de confiance, une naïveté enfantine, une amitié pleine et entière envers la vie."
Ce fut à cet instant que le bio-énergéticien murmura: "Les autres. Les autres. Il faut continuer. La première appelle les autres. Il faut..."

3 commentaires:
Un peu comme un excès de confiance, une naïveté enfantine, une amitié pleine et entière envers la vie.
Bon sang, Loupil,une telle attitude ne serait pas viable même à Arexhaï? Alors il n'y aurait plus d'espoir...
Ce n'est pas une attitude en vers l'existence, Siréneau, mais une aptitude... Avec simplement le revers de la médaille.
La monnaie d'Arexhaï, côté face Tramarel, côté pile Calpatyl, oui mais c'est sans compter sur l'étrange pouvoir de Mle An'Stice! Scuse moi, c'est ma naïveté enfantine, ou ta poésie elporienne à l'oeuvre.
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