Le temps s'écoula rapidement, trop rapidement peut-être au gré de Dedlar. Il dormait mal, il était pressé de voir son projet prendre corps, ce projet qu'il ne comprenait pas lui-même. En même temps la pression était insupportable.
D'ordinaire, ses créations possédaient une ampleur très différente, moins fouillie et moins proche des formes naturelles. Elles émergeaient sur le papier au cours de transes similaires, pourtant. Mais il les maîtrisait, il canalisait son imagination, il appliquait une logique issue de ses longues années d'apprentissage, ajoutée à un style nourri de l'histoire de l'art et de ses rencontres avec les oeuvres d'autres artistes. Cette fois, il ne maîtrisait rien.
En public, il faisait certes le malin, tout fier de créer un arbre le plus vivant possible comme on jete un défi à la face de la biologie. Mais au fond de lui il y avait trop de questions.
Tout d'abord, sa soeur Deldilia avait parlé plusieurs fois d'Arexhaï, il avait même l'impression qu'elle avait annoncé le nautodrome, mais plus il cherchait à se rappeler, moins il se rappelait ses paroles. Ensuite, ce que lui avait dévoilé Anne sur les Hydradelphes et l'archéologie arexhaïte le déroutait complètement: l'ulme, cet arbre dont il ne savait absolument rien, même le Professeur Delfuss n'en avait jamais parlé, cet arbre qu'il avait malgré tout pris comme modèle sans ambiguïté, et qui se trouvait être l'emblème d'une secte disparue et bien étrange. Enfin, le cas fascinant de Vito Vaïsed et cet acharnement des autorités envers lui, ces surveillances permanentes dont tout le projet faisait l'objet, tout cela était lourd à porter.
De plus, la position très embarrassante de la trop charmante Anne Smyss lui donnait quelques frissons. Il se surprenait à reconnaître, en s'y attardant le moins possible, que certains de ces frissons n'étaient pas tous désagréables: il ne ressentait pas que de l'inquiétude pour elle. Il s'en rendait compte un peu plus chaque jour, en se demandant ce qu'il en était de Gamaliel, et qui, d'eux trois, allait pâtir de cette situation si elle évoluait dans un quelconque sens.
Mais heureusement il lui fallait revenir constamment à ses flétans, cesser de divaguer. D'ailleurs si Vito Vaïsed le pressait, lui-même avait hâte de voir pousser cette graine.
Et, c'était bien de graines qu'il s'agissait. M. Mercolef et lui avaient travaillé à un procédé de germination. L'essentiel était de vraiment bien préparer le sol, de bien placer les huit points d'ancrage de l'arbre, au sol et sur les zones aquatiques.
Dans le passé, M. Mercolef l'avait aidé à établir une relation d'osmose entre la pierre du Musée de la Vie à l'Envers et tout l'écosystème lotarguylien. Compte tenu de sa spécialité (les chauves-souris et leur incroyable influence sur le mode de vie local), compte tenu aussi de son emplacement en périphérie de la petite cité montagnarde, le musée était à moitié troglodyte. Il fallait donc assurer une ventilation correcte et une évacuation régulée de l'humidité excessive. Ils avaient tenu le pari à l'aide de solutions inédites, qui leur avaient valu l'enregistrement de nombreux brevets. Nul doute que l'invention de blocs de pierre à croissance bio-cristalline hyper-accélérée allait induire des surprises dans le monde de la construction, et même au-delà. Il fallait simplement... que cela fonctionnât réellement!... et que personne ne leur mît de bâtons dans les roues. Il avait eu l'idée au moment de la transe, il ne le savait que parce qu'elle était marquée noir sur blanc parmi ses schémas avec une précision étonnante qui avait époustouflé M. Mercolef. Celui-ci avait dû effectuer beaucoup d'expériences afin d'affiner le système, mais il était reconnaissant à Dedlar Kreg de l'amener, à l'aube de sa vie, devant une telle évolution de l'architecture.
Ils allaient 'planter' et édifier tout à la fois le Nautodrome d'Arexhaï, en mêlant l'organique au minéral. Pas plus tard que très bientôt!
D'ordinaire, ses créations possédaient une ampleur très différente, moins fouillie et moins proche des formes naturelles. Elles émergeaient sur le papier au cours de transes similaires, pourtant. Mais il les maîtrisait, il canalisait son imagination, il appliquait une logique issue de ses longues années d'apprentissage, ajoutée à un style nourri de l'histoire de l'art et de ses rencontres avec les oeuvres d'autres artistes. Cette fois, il ne maîtrisait rien.
En public, il faisait certes le malin, tout fier de créer un arbre le plus vivant possible comme on jete un défi à la face de la biologie. Mais au fond de lui il y avait trop de questions.
Tout d'abord, sa soeur Deldilia avait parlé plusieurs fois d'Arexhaï, il avait même l'impression qu'elle avait annoncé le nautodrome, mais plus il cherchait à se rappeler, moins il se rappelait ses paroles. Ensuite, ce que lui avait dévoilé Anne sur les Hydradelphes et l'archéologie arexhaïte le déroutait complètement: l'ulme, cet arbre dont il ne savait absolument rien, même le Professeur Delfuss n'en avait jamais parlé, cet arbre qu'il avait malgré tout pris comme modèle sans ambiguïté, et qui se trouvait être l'emblème d'une secte disparue et bien étrange. Enfin, le cas fascinant de Vito Vaïsed et cet acharnement des autorités envers lui, ces surveillances permanentes dont tout le projet faisait l'objet, tout cela était lourd à porter.
De plus, la position très embarrassante de la trop charmante Anne Smyss lui donnait quelques frissons. Il se surprenait à reconnaître, en s'y attardant le moins possible, que certains de ces frissons n'étaient pas tous désagréables: il ne ressentait pas que de l'inquiétude pour elle. Il s'en rendait compte un peu plus chaque jour, en se demandant ce qu'il en était de Gamaliel, et qui, d'eux trois, allait pâtir de cette situation si elle évoluait dans un quelconque sens.
Mais heureusement il lui fallait revenir constamment à ses flétans, cesser de divaguer. D'ailleurs si Vito Vaïsed le pressait, lui-même avait hâte de voir pousser cette graine.
Et, c'était bien de graines qu'il s'agissait. M. Mercolef et lui avaient travaillé à un procédé de germination. L'essentiel était de vraiment bien préparer le sol, de bien placer les huit points d'ancrage de l'arbre, au sol et sur les zones aquatiques.
Dans le passé, M. Mercolef l'avait aidé à établir une relation d'osmose entre la pierre du Musée de la Vie à l'Envers et tout l'écosystème lotarguylien. Compte tenu de sa spécialité (les chauves-souris et leur incroyable influence sur le mode de vie local), compte tenu aussi de son emplacement en périphérie de la petite cité montagnarde, le musée était à moitié troglodyte. Il fallait donc assurer une ventilation correcte et une évacuation régulée de l'humidité excessive. Ils avaient tenu le pari à l'aide de solutions inédites, qui leur avaient valu l'enregistrement de nombreux brevets. Nul doute que l'invention de blocs de pierre à croissance bio-cristalline hyper-accélérée allait induire des surprises dans le monde de la construction, et même au-delà. Il fallait simplement... que cela fonctionnât réellement!... et que personne ne leur mît de bâtons dans les roues. Il avait eu l'idée au moment de la transe, il ne le savait que parce qu'elle était marquée noir sur blanc parmi ses schémas avec une précision étonnante qui avait époustouflé M. Mercolef. Celui-ci avait dû effectuer beaucoup d'expériences afin d'affiner le système, mais il était reconnaissant à Dedlar Kreg de l'amener, à l'aube de sa vie, devant une telle évolution de l'architecture.
Ils allaient 'planter' et édifier tout à la fois le Nautodrome d'Arexhaï, en mêlant l'organique au minéral. Pas plus tard que très bientôt!

1 commentaire:
Ah oui veillons donc à ce que personne ne leur mette de bâtons dans les roussettes, pardonne cette expression masculine calpatylienne, oui je prends des cours, ce texte est un régal, "'ne pas ressentir que de l'inquiétude pour quelqu'un" expression qui me fait fondre, midinet que je suis. Bises Julie !
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