9.3.08

Nautodrome 27 - Récréation

An'stice rentra chez elle, toujours aussi bien accueillie par les domestiques. Elle se fit la réflexion qu'elle avait étrangement deux 'chez elle' désormais, aussi différents que pussent être son petit meublé caltylien et son hôtel particulier elmin'talssien.
A l'issue d'un repas léger et rapide, elle se replia dans son vaste boudoir. Elle appréciait l'endroit, il lui servait d'espace de méditation. Elle devait établir le bilan de ces derniers jours, y voir clair, d'autant que sa position n'était pas des plus simples et que des pensées parallèles risquaient de perturber sa mission d'origine.

Avant de commencer, elle décida de faire quelques exercices pour se détendre. Elle s'assit confortablement dans sa bergère préférée. Dans son boudoir pavé de marbre et haut de plafond, elle avait ménagé depuis longtemps un volume vide tenant dans un cube de deux mètres de côté: ni tapis, ni meuble, ni luminaire, ni quoi que ce fût ne s'y trouvait. Certes, le sol s'en était bruni à l'usage, il fallait bien cela.
Elle respira profondément et commença à utiliser son pouvoir sur les flammes: elle baissa les lumières des six chandelles de la pièce et s'appliqua à les maintenir en veilleuse pour le reste de l'exercice. Son esprit se focalisa ensuite sur la chandelle la plus proche. Elle s'appropria son énergie, calmement. Lorsqu'elle fut en pleine possession de sa flamme, elle en 'préleva' un extrait qu'elle fit flotter et envoya au centre de la zone vide. La difficulté de l'opération reposait dans le fait qu'elle luttait contre les lois de la physique: il était aisé d'éteindre des bougies, moins aisé de faire chauffer un bout de chaussure sans un quelconque phénomène de frottement, mais il était encore plus ardu de jouer avec le feu sans support matériel et sur une durée de plus de quelques secondes. Les lois de la physique s'y opposaient d'emblée, mais il fallait également résister à son propre conditionnement: An'stice devait se convaincre de la possibilité de la chose, alors même qu'au fond d'elle cela lui paraissait totalement incroyable. A aucun moment elle n'eut à bouger, tout se faisait à distance, depuis son cerveau.
Elle façonna la flammèche comme on modèle de la terre, à la différence que son matériau était inépuisable dans la limite de sa capacité de concentration. A partir d'une bulle de feu centrale elle étira huit rayons pour créer une roue sans 'jante' d'environ quatre-vingts centimètres de diamètre, face à elle. Lorsque les rayons furent étirés elle s'accorda une légère pause. L'étape suivante consistait à imprimer une rotation à la roue sur un demi-tour. Cette fois elle se contenta de recourir à l'axe vertical (c'était plus facile que de choisir un angle oblique ou horizontal, mais elle était un peu fatiguée). La rotation, par un développement continu de la forme, donna naissance à une sorte de sphère de feu composée d'un disque horizontal, un axe vertical et deux cônes tête-bêche. La dernière étape fut enfin de faire tourner cette 'sphère' autour de son centre au gré de ses caprices, à des vitesses diverses et en jouant sur les couleurs en modifiant la température, pendant quelques minutes. C'était très amusant. An'stice devait tout du long veiller à maintenir le noyau exactement toujours à la même place, conserver les dimensions qu'elle avait choisies, veiller à la sécurité du boudoir en maîtrisant la chaleur extérieure de l'objet et, pour plus de difficultés mais aussi plus de plaisir esthétique, garder un oeil sur les chandelles en veilleuse.
Elle s'amusait bien. Enfin, elle sentit arriver l'épuisement de ses ressources. Elle réduisit sa création à la taille de la première flammèche, la renvoya à son point de départ et relâcha son action sur les chandelles.
Ca allait mieux, elle allait pouvoir réfléchir sereinement.

1 commentaire:

Unknown a dit…

Bon allez, j'ai un moment, reprenons...