Le matin du grand jour, à l'Auberge du Chat qui brait où s'était réunie la veille au soir toute l'équipe de l'architecte, Dedlar s'était levé très tôt. Il était descendu dans la salle commune, muni d'un de ses recueils de poèmes elporiens qui lui faisaient tant de bien. Il en feuilletait un, qu'il connaissait déjà par coeur, devant un bol fumant de céréales torréfiées, une spécialité locale.
Dans sa chambrette, Anne en avait assez elle aussi de tourner en rond. Ici elle ne pouvait pas risquer de jouer avec le feu pour au moins s'exercer, se détendre: le plafond était trop bas, les matériaux trop fragiles. En même temps elle se sentait trop agitée pour lire ou pour méditer tranquillement. Aussi descendit-elle à son tour au rez-de-chaussée. Il devait être environ six heures du matin. Elle croisa l'aubergiste à qui elle demanda un thé et des gâteaux. Celui-ci s'absenta en cuisine. Elle se rendit alors compte de la présence de Dedlar. Il était entièrement absorbé dans sa lecture et lui tournait le dos dans son fauteuil usagé, face à la cheminée où quelques flammes lançaient une lumière incertaine sur les pages.
Elle s'approcha doucement de lui. L'aubergiste n'était pas encore revenu, il n'y avait personne d'autre qu'eux deux dans la pièce. Par jeu, elle fit donc apparaître quelques arabesques dans l'âtre. Les danses des volutes mordorées attirèrent enfin l'attention de Dedlar, qui se retourna vivement, si vivement qu'Anne rompit brutalement le contact avec le feu:
"Anne! Bonjour! Vous êtes bien matinale!
-Oh, pardon, je vous ai dérangé.
-Pas du tout, je prenais mon petit déjeuner, voulez-vous vous joindre à moi?
-Bien sûr, voici justement venir l'aubergiste avec mon thé.
-Parfait!"
Lorsque l'hôte de ces lieux posa le plateau destiné à Anne Smyss à côté de l'étrange boisson de Dedlar sur la table basse, celui-ci referma son livre et était sur le point de l'écarter pour le poser sur un guéridon un peu plus loin, lorsqu'Anne, saisie de surprise, arrêta son bras:
"Vous... vous permettez? Pardonnez mon impolitesse mais... je crois reconnaître cet ouvrage.
-Oh ça, ce n'est rien... Cela me détend, surtout certains textes que je relis souvent avant une grosse journée.
-Ah oui? Vous pensez auxquels?
-Eh bien surtout à ceux de cette pauvre femme, là, Alm...
-BONJOUR TOUT LE MONDE!" résonnèrent en coeur les voix de M. Mercolef et de Gamaliel.
Dedlar et Anne se retournèrent vers eux avec un drôle d'air, comme pris en faute. Elle se rendit compte qu'elle avait encore la main sur le bras de Dedlar. Elle le retira soudain en rougissant. Il rangea tout aussi brusquement le petit recueil dans une de ses poches.
"J'ai une faim de loup, reprit M. Mercolef, je mangerais un arbre entier, ah ah ah!
-Voyons, Merco, laissez-en pour les autres!
-Merco? demanda Anne, intriguée.
-Ne vous inquiétez pas, Mademoiselle Smyss: Gamaliel ne me manque pas de respect. C'est tout simplement mon prénom. Oui, je me nomme Merco Mercolef. Ca fait toujours bizarre, mais mes parents étaient des originaux, que voulez-vous, mon petit, je n'y peux plus rien! Bon, aubergiste: préparez-moi un peu de tout, je vous fais confiance. Et pour le petit, là...
-Je ne suis pas si petit, dites-donc, répondit Gamaliel en rougissant. Pour moi ce sera des chouquettes et un grand verre de jus d'orange.
-Des quoi, monsieur?
-Laissez-tomber: juste un grand verre de jus d'orange et de la brioche, quelque chose comme ça.
-Bien monsieur, dit l'aubergiste en repartant vers la cuisine.
-J'aime bien Arexhaï, ajouta Gamaliel, mais il y manque les chouquettes. Bon, prêts pour cette journée?
-Prêts!" répondirent-ils tous ensemble.
Dans sa chambrette, Anne en avait assez elle aussi de tourner en rond. Ici elle ne pouvait pas risquer de jouer avec le feu pour au moins s'exercer, se détendre: le plafond était trop bas, les matériaux trop fragiles. En même temps elle se sentait trop agitée pour lire ou pour méditer tranquillement. Aussi descendit-elle à son tour au rez-de-chaussée. Il devait être environ six heures du matin. Elle croisa l'aubergiste à qui elle demanda un thé et des gâteaux. Celui-ci s'absenta en cuisine. Elle se rendit alors compte de la présence de Dedlar. Il était entièrement absorbé dans sa lecture et lui tournait le dos dans son fauteuil usagé, face à la cheminée où quelques flammes lançaient une lumière incertaine sur les pages.
Elle s'approcha doucement de lui. L'aubergiste n'était pas encore revenu, il n'y avait personne d'autre qu'eux deux dans la pièce. Par jeu, elle fit donc apparaître quelques arabesques dans l'âtre. Les danses des volutes mordorées attirèrent enfin l'attention de Dedlar, qui se retourna vivement, si vivement qu'Anne rompit brutalement le contact avec le feu:
"Anne! Bonjour! Vous êtes bien matinale!
-Oh, pardon, je vous ai dérangé.
-Pas du tout, je prenais mon petit déjeuner, voulez-vous vous joindre à moi?
-Bien sûr, voici justement venir l'aubergiste avec mon thé.
-Parfait!"
Lorsque l'hôte de ces lieux posa le plateau destiné à Anne Smyss à côté de l'étrange boisson de Dedlar sur la table basse, celui-ci referma son livre et était sur le point de l'écarter pour le poser sur un guéridon un peu plus loin, lorsqu'Anne, saisie de surprise, arrêta son bras:
"Vous... vous permettez? Pardonnez mon impolitesse mais... je crois reconnaître cet ouvrage.
-Oh ça, ce n'est rien... Cela me détend, surtout certains textes que je relis souvent avant une grosse journée.
-Ah oui? Vous pensez auxquels?
-Eh bien surtout à ceux de cette pauvre femme, là, Alm...
-BONJOUR TOUT LE MONDE!" résonnèrent en coeur les voix de M. Mercolef et de Gamaliel.
Dedlar et Anne se retournèrent vers eux avec un drôle d'air, comme pris en faute. Elle se rendit compte qu'elle avait encore la main sur le bras de Dedlar. Elle le retira soudain en rougissant. Il rangea tout aussi brusquement le petit recueil dans une de ses poches.
"J'ai une faim de loup, reprit M. Mercolef, je mangerais un arbre entier, ah ah ah!
-Voyons, Merco, laissez-en pour les autres!
-Merco? demanda Anne, intriguée.
-Ne vous inquiétez pas, Mademoiselle Smyss: Gamaliel ne me manque pas de respect. C'est tout simplement mon prénom. Oui, je me nomme Merco Mercolef. Ca fait toujours bizarre, mais mes parents étaient des originaux, que voulez-vous, mon petit, je n'y peux plus rien! Bon, aubergiste: préparez-moi un peu de tout, je vous fais confiance. Et pour le petit, là...
-Je ne suis pas si petit, dites-donc, répondit Gamaliel en rougissant. Pour moi ce sera des chouquettes et un grand verre de jus d'orange.
-Des quoi, monsieur?
-Laissez-tomber: juste un grand verre de jus d'orange et de la brioche, quelque chose comme ça.
-Bien monsieur, dit l'aubergiste en repartant vers la cuisine.
-J'aime bien Arexhaï, ajouta Gamaliel, mais il y manque les chouquettes. Bon, prêts pour cette journée?
-Prêts!" répondirent-ils tous ensemble.

1 commentaire:
:-)))
Enregistrer un commentaire