Comme tous les soirs depuis trois mois, l'Ordonnateur pour la Sûreté calpatylienne, Rehinard Farringkson, consultait le rapport 'VV' établi dans la journée. Sans trop y croire, il guettait encore l'occasion de prendre Vaïsed en faute. Il savait l'habileté du magnat à tout réussir en parfaite légalité, du moins en apparence.
Sur ce dossier, il avait mobilisé dès le départ trois unités du S.R.S.C. (Service des Renseignements sécuritaires calpatyliens, sous sa coupe directe). L'unité 'Terre' surveillait le cabinet Kreg, l'unité 'Eau' espionnait et contre-espionnait Tramarèl à ce sujet, enfin l'unité 'Glaise' se chargeait d'analyser les agissements de Vito Vaïsed.
Mais rien n'y faisait: une fois de plus les trois groupes avaient donné leur coup d'épée quotidien dans l'océan.
Côté Glaise il s'avérait que le seigneur Vaïsed menait ses démarches administratives d'une façon absolument irréprochable: le terrain appartenait à sa famille depuis plusieurs générations sans contestation possible. Aucun vestige archéologique qui eût pu tout bloquer n'était repéré là, Farringkson le savait d'autant mieux qu'il dépêchait des experts sur place chaque semaine. Plus exactement, il les faisait venir sous couvert de son ami le Grand Conseiller chargé du Patrimoine et de l'Identité calpatylienne, pour éviter toute accusation d'ingérence. On creusait depuis deux mois le trou préparatoire, exceptionnellement profond, sans jamais rencontrer le moindre tesson, la moindre pierre taillée. Cette première phase allait encore durer deux ou trois mois.
Selon les comptes rendus de Terre, le cabinet Kreg était très actif au niveau technique mais ne manifestait pas de velléités religieuses ou politiques comme on aurait pu s'y attendre pour ce projet, à croire que Vaïsed n'avait rien dit à l'architecte. C'était d'ailleurs bien possible. Cet hurluberlu de Kreg était connu pour être un libre-penseur, et Vaïsed avait tout intérêt à lui cacher la véritable nature de son 'nautodrome'. Il y avait d'ailleurs peut-être une carpe à louer de ce côté, une ou plusieurs petites révélations à prévoir auprès de l'artiste désaxé ou de son pervers bras droit, pourquoi pas aussi sur son propre collègue et ami! C'est qu'ils ne se connaissaient sans doute pas si bien qu'ils le croyaient...
Les deux seuls points étranges reposaient dans leur prudence excessive (les plans rangés au coffre tous les soirs) et dans la présence de l'espionne tramarélienne parmi eux. Ils ne pouvaient se douter de sa trahison: selon Eau elle n'accomplissait rien d'autre que ses tâches d'assistante. Mais pourquoi, s'ils étaient à la limite de la paranoïa pour tout le reste, pourquoi, grand Flux, travailler avec une étrangère?
En tout cas, étant donné l'implication tramarélienne il allait être extrêmement délicat de contrecarrer le projet Vaïsed par des actions 'en sous-marin', illégales, dans la zone mixte d'Arexhaï: tout échec risquerait de déclencher un conflit.
Mais il fallait agir, il en allait du maintien d'un pouvoir puissant, élitiste et propre sur Calpatyl: un régime sans fantaisie, sans pseudo-mysticisme, sans talents magiques distinguant des êtres déviants anormaux, un Etat où seuls les fins politiciens pouvaient exercer l'autorité, gagner la notoriété et surtout faire régner l'ordre.
Et quoi? Lui-même comprenait le langage des oiseaux? La belle affaire! Les oiseaux ne cherchaient qu'à manger, se reproduire, décrire le monde tel qu'ils le voyaient pour le plaisir des trois dimensions, pour le plaisir de chanter, pfff. Aucun intérêt. Heureusement que personne ne connaissait son secret et qu'il avait appris à ne pas se déconcentrer lorsqu'un quelconque volatile venait parasiter sa perception des choses: quelle tare ridicule!
Sur ce dossier, il avait mobilisé dès le départ trois unités du S.R.S.C. (Service des Renseignements sécuritaires calpatyliens, sous sa coupe directe). L'unité 'Terre' surveillait le cabinet Kreg, l'unité 'Eau' espionnait et contre-espionnait Tramarèl à ce sujet, enfin l'unité 'Glaise' se chargeait d'analyser les agissements de Vito Vaïsed.
Mais rien n'y faisait: une fois de plus les trois groupes avaient donné leur coup d'épée quotidien dans l'océan.
Côté Glaise il s'avérait que le seigneur Vaïsed menait ses démarches administratives d'une façon absolument irréprochable: le terrain appartenait à sa famille depuis plusieurs générations sans contestation possible. Aucun vestige archéologique qui eût pu tout bloquer n'était repéré là, Farringkson le savait d'autant mieux qu'il dépêchait des experts sur place chaque semaine. Plus exactement, il les faisait venir sous couvert de son ami le Grand Conseiller chargé du Patrimoine et de l'Identité calpatylienne, pour éviter toute accusation d'ingérence. On creusait depuis deux mois le trou préparatoire, exceptionnellement profond, sans jamais rencontrer le moindre tesson, la moindre pierre taillée. Cette première phase allait encore durer deux ou trois mois.
Selon les comptes rendus de Terre, le cabinet Kreg était très actif au niveau technique mais ne manifestait pas de velléités religieuses ou politiques comme on aurait pu s'y attendre pour ce projet, à croire que Vaïsed n'avait rien dit à l'architecte. C'était d'ailleurs bien possible. Cet hurluberlu de Kreg était connu pour être un libre-penseur, et Vaïsed avait tout intérêt à lui cacher la véritable nature de son 'nautodrome'. Il y avait d'ailleurs peut-être une carpe à louer de ce côté, une ou plusieurs petites révélations à prévoir auprès de l'artiste désaxé ou de son pervers bras droit, pourquoi pas aussi sur son propre collègue et ami! C'est qu'ils ne se connaissaient sans doute pas si bien qu'ils le croyaient...
Les deux seuls points étranges reposaient dans leur prudence excessive (les plans rangés au coffre tous les soirs) et dans la présence de l'espionne tramarélienne parmi eux. Ils ne pouvaient se douter de sa trahison: selon Eau elle n'accomplissait rien d'autre que ses tâches d'assistante. Mais pourquoi, s'ils étaient à la limite de la paranoïa pour tout le reste, pourquoi, grand Flux, travailler avec une étrangère?
En tout cas, étant donné l'implication tramarélienne il allait être extrêmement délicat de contrecarrer le projet Vaïsed par des actions 'en sous-marin', illégales, dans la zone mixte d'Arexhaï: tout échec risquerait de déclencher un conflit.
Mais il fallait agir, il en allait du maintien d'un pouvoir puissant, élitiste et propre sur Calpatyl: un régime sans fantaisie, sans pseudo-mysticisme, sans talents magiques distinguant des êtres déviants anormaux, un Etat où seuls les fins politiciens pouvaient exercer l'autorité, gagner la notoriété et surtout faire régner l'ordre.
Et quoi? Lui-même comprenait le langage des oiseaux? La belle affaire! Les oiseaux ne cherchaient qu'à manger, se reproduire, décrire le monde tel qu'ils le voyaient pour le plaisir des trois dimensions, pour le plaisir de chanter, pfff. Aucun intérêt. Heureusement que personne ne connaissait son secret et qu'il avait appris à ne pas se déconcentrer lorsqu'un quelconque volatile venait parasiter sa perception des choses: quelle tare ridicule!

5 commentaires:
Oh y a une suite ! y a une suite !
Il y a dans ce pays, de calpatyl,une sorte de violence sourde, l'imposition de la norme à tout pris crée une tension, une barbarie de l'intérieur de la personne, les êtres y sont comprimés, les talents réprimés, comment une femme aussi grâcieuse que la duchesse An'stice a-t-elle pu éclore de cet oppressant bourbier ? Que dire de l'ordonnateur qui parle l'oiseau... Chassez le naturel d'un peuple semble nous dire le narrateur...
Allez, c'est reparti pour un tour !
Un rien brouillon dans sa tête, ton grand ordonnateur !
Bon courage!
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