An'stice de Tramarèl envoyait ses rapports chaque semaine. Elle ne forçait rien, mais faisait aussi en sorte de ne pas avoir grand-chose à dire: par exemple elle ne s'approchait pas des plans. Elle travaillait avec Gamaliel sur des points techniques et tapait les lettres, les devis, les commandes, toujours sur des détails, sans vue d'ensemble. En concertation avec Dedlar elle avait donc organisé ses tâches pour ne percevoir, en somme, la réalité du chantier que par le petit bout de la lorgnette.
A priori, le S.I.T. lui avait donné pour mission de gagner le plus possible la confiance de l'architecte. Elle y était parvenue, mais pas dans le sens prévu initialement!
Elle 'postait' ses rapports chaque soir de fin de semaine via le sélénographe du district. Le système tout simple consistait en un appareil placé en hauteur et visible de loin, répété de quartier en quartier et de village en village, comme un phare qui ne tournerait pas en permanence mais dont le faisceau serait orienté vers le prochain relais utile. Le faisceau passait par deux ouvertures rondes côte-à-côte, de chacune environ un mètre de diamètre. De préférence à la nuit tombée, bien sûr, on obturait partiellement l'une ou l'autre ouverture à la façon de l'ombre de la Terre sur la Lune. Il n'existait que sept possibilités d'occultation: premier croissant, premier quartier, première gibbeuse, pleine lune, dernière gibbeuse, dernier quartier et dernier croissant. Avec deux 'lunes' juxtaposées, on obtenait quarante-neuf combinaisons, de quoi transcrire un alphabet, les chiffres, quelques signes de ponctuation et quelques abréviations fonctionnelles. La nouvelle lune était exclue. Des navettes tramaréliennes et calpatyliennes faisaient tous les jours la jonction par mer sur la Frileuse pour transmettre les sélénogrammes. Des courriers traversaient les Hautes et Basses Prouses quotidiennement vers les autres pays voisins.
N'importe qui pouvait évidemment apercevoir un sélénographe en activité et beaucoup de gens connaissaient plus ou moins l'alphabet 'bilunaire'. Il s'agissait d'un service public, très répandu dans tout le continent. Donc An'stice codait ses missives. Ceci montrait sa bonne volonté et lui permettait de ne pas trop en dire. Elle recevait régulièrement, par le même système, des accusés de réception et des injonctions à persévérer.
Une question demeurait toujours en suspens: comment arracher au colonel Toul'sen les informations qu'il conservait sur son père, si elle n'accomplissait que mollement sa mission de renseignement? Elle était dans une impasse. Devait-elle se résigner à l'ignorance?
An'stice n'était pas la seule espionne identifiée... Le chantier des fondations voyait rôder à intervalle régulier des factotums des deux pays rivaux co-souverains d'Arexhaï. Ces agents semblaient s'être arrangés pour ne pas se croiser. L'archéologue-en-chef du Patrimoine calpatylien inspectait le trou (plus exactement: les trous) en fin de semaine. L'attaché culturel de la Couronne de Tramarèl venait jeter un 'coup d'oeil' en début de semaine. Initialement, Dedlar tenait à être présent pour chacune des visites officielles. Maintenant, il les laissait se débrouiller. Ce petit jeu était trop risible. Lui considérait qu'il n'avait rien à dissimuler, mis à part les plans eux-mêmes: les espions comprendraient l'esprit de son oeuvre à mesure qu'elle s'édifierait, il ne leur faciliterait pas la tâche. Et s'ils voulaient en savoir plus sur la fonction du nautodrome, ils n'avaient qu'à interroger Vito Vaïsed!
Il sentait cependant peser une menace, se doutait que d'autres agents bien plus efficaces et bien plus discrets étaient actifs dans le chantier, sans doute parmi les ouvriers eux-mêmes. Aussi mélangeait-il le plus souvent possible les équipes.
L'angoisse gagnait progressivement l'architecte: la pose de la première pierre était imminente.
A priori, le S.I.T. lui avait donné pour mission de gagner le plus possible la confiance de l'architecte. Elle y était parvenue, mais pas dans le sens prévu initialement!
Elle 'postait' ses rapports chaque soir de fin de semaine via le sélénographe du district. Le système tout simple consistait en un appareil placé en hauteur et visible de loin, répété de quartier en quartier et de village en village, comme un phare qui ne tournerait pas en permanence mais dont le faisceau serait orienté vers le prochain relais utile. Le faisceau passait par deux ouvertures rondes côte-à-côte, de chacune environ un mètre de diamètre. De préférence à la nuit tombée, bien sûr, on obturait partiellement l'une ou l'autre ouverture à la façon de l'ombre de la Terre sur la Lune. Il n'existait que sept possibilités d'occultation: premier croissant, premier quartier, première gibbeuse, pleine lune, dernière gibbeuse, dernier quartier et dernier croissant. Avec deux 'lunes' juxtaposées, on obtenait quarante-neuf combinaisons, de quoi transcrire un alphabet, les chiffres, quelques signes de ponctuation et quelques abréviations fonctionnelles. La nouvelle lune était exclue. Des navettes tramaréliennes et calpatyliennes faisaient tous les jours la jonction par mer sur la Frileuse pour transmettre les sélénogrammes. Des courriers traversaient les Hautes et Basses Prouses quotidiennement vers les autres pays voisins.
N'importe qui pouvait évidemment apercevoir un sélénographe en activité et beaucoup de gens connaissaient plus ou moins l'alphabet 'bilunaire'. Il s'agissait d'un service public, très répandu dans tout le continent. Donc An'stice codait ses missives. Ceci montrait sa bonne volonté et lui permettait de ne pas trop en dire. Elle recevait régulièrement, par le même système, des accusés de réception et des injonctions à persévérer.
Une question demeurait toujours en suspens: comment arracher au colonel Toul'sen les informations qu'il conservait sur son père, si elle n'accomplissait que mollement sa mission de renseignement? Elle était dans une impasse. Devait-elle se résigner à l'ignorance?
An'stice n'était pas la seule espionne identifiée... Le chantier des fondations voyait rôder à intervalle régulier des factotums des deux pays rivaux co-souverains d'Arexhaï. Ces agents semblaient s'être arrangés pour ne pas se croiser. L'archéologue-en-chef du Patrimoine calpatylien inspectait le trou (plus exactement: les trous) en fin de semaine. L'attaché culturel de la Couronne de Tramarèl venait jeter un 'coup d'oeil' en début de semaine. Initialement, Dedlar tenait à être présent pour chacune des visites officielles. Maintenant, il les laissait se débrouiller. Ce petit jeu était trop risible. Lui considérait qu'il n'avait rien à dissimuler, mis à part les plans eux-mêmes: les espions comprendraient l'esprit de son oeuvre à mesure qu'elle s'édifierait, il ne leur faciliterait pas la tâche. Et s'ils voulaient en savoir plus sur la fonction du nautodrome, ils n'avaient qu'à interroger Vito Vaïsed!
Il sentait cependant peser une menace, se doutait que d'autres agents bien plus efficaces et bien plus discrets étaient actifs dans le chantier, sans doute parmi les ouvriers eux-mêmes. Aussi mélangeait-il le plus souvent possible les équipes.
L'angoisse gagnait progressivement l'architecte: la pose de la première pierre était imminente.

2 commentaires:
Vive l'alphabet bilunaire :)
Elle doit pouvoir "cuisiner" le colonnel Toul'sen avec son regard micro-onde non?
Hi hi hi!
Elle n'est pas comme cela... Et surtout le colonel Toul'sen est un dur à cuire!
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