Lina s'éveilla à son tour. Le petit matin fut idyllique à souhait.
Lorsque Thomas se réveilla pour la seconde fois il était plus de dix heures. Sur la pointe des pieds il s'approcha de la kitchenette avec l'idée de préparer le petit-déjeuner en douce et de l'apporter au lit. Il venait de constater le désert du frigo lorsque Lina l'appela :
- Helloooo...
- Bonjour! Il vint l'embrasser. Tu as bien dormi ?
- Comme un loir.
- C'est normal, puisque nous sommes protégés par Groromm'Pish, le dieu du dodo ! répondit-il en montrant fièrement le dreamcatcher.
- Parle pour toi !
- Comment ça ?
- Eh bien, un attrapeur de rêves ne fonctionne que pour une personne à la fois. Thomas ouvrait de grands yeux. Mais moi je sais pourquoi j'ai bien dormi, pas besoin de truc à plumes des antipodes. Et elle l'attira à elle. Mais son estomac dit bonjour à son tour. Ouh là ! Si on grignotait ?
- Oui, j'allais faire un saut à la boulangerie. Il s'habilla. Dis, tu ne disparais pas, tu ne passes pas dans une autre dimension pendant que j'ai le dos tourné, hein ?
- Hors de question que je disparaisse : cette dimension me convient très bien !
Pendant que Thomas faisait ses emplettes, Lina découvrit son studio.
Quand il revint chargé de sacs en papier à deux doigts de la rupture, avec croissants, lait, beurre, confiture, elle feuilletait le livre sur les tarots.
- Tu sais, je peux t'en prêter de bien meilleurs. Celui-ci ne parle que des lames majeures, et encore : avec de gros clichés ! Mais est-ce que ça t'intéresse vraiment vraiment ? demanda-t-elle avec un grand sourire en l'enlaçant alors qu'il était encore embarrassé par ses denrées.
Il réussit le tour de force de tout poser rapidement sans rien faire tomber. Il se dit d'ailleurs que c'était bien la première fois qu'il arrivait à un tel exploit.
Le petit-déjeuner subit un peu de retard.
Lorsqu'ils se retrouvèrent devant leur tasse fumante, café pour lui, thé pour elle, il répondit enfin à la question :
- Honnêtement, non, ça ne me passionne pas outre-mesure. À la rigueur j'aimerais mieux étudier des trucs orientaux comme le Yi-King. Mais l'autre jour tu m'as soufflé.
- Oh oui, j'ai vu ça. Vraiment je ne pensais pas...
Il croquait de bon coeur dans un croissant mais comme elle semblait embarrassée, il voulut l'aider à parler :
- Tchu ne penchais pas quoich ?
- Ben tu sais...
Il avala sa bouchée :
- Ne t'inquiète pas, je me doutais que vous les diseuses de « bonne aventure » vous faisiez plus de l'écoute et de la prestidigitation que de la vraie voyance, en plus le professeur qui est venu me chercher me l'a plus ou moins confirmé. C'est ça qui t'embête ?
- Oui... Et non. Je suis contente que tu le prennes si bien, même si tu t'es retrouvé évanoui par terre.
- ... avec une donzelle qui tripotait mes mollets d'intello... Il y a pire dans la vie.
- Oui mais... Que tu le croies ou non j'ai quand même senti des choses, c'est même pour ça que j'ai pris soin de t'expliquer les cartes une par une.
- Ah? Je me disais que c'était parce que je te plaisais et que tu voulais me garder plus longtemps. Il prit une mine exagérément dépitée. Elle lui fit une petite tape sur le bras. Mais tu as senti quoi ?
- J'ai senti... J'ai senti la Maison-Dieu, ça c'est sûr. Et le Jugement. Mais surtout j'ai perçu toute une bande d'animaux, pas agressifs mais juste... juste là, avec toi.
- Ah ! C'est pour ça que tu as sorti la Force.
- Non, justement, ça c'est toi qui l'as sortie, toi tout seul.
- Je serais donc doué, moi aussi.
- Peut-être, ou peut-être que c'est le hasard. Sur trente-huit cartes...
- C'est madame la voyante qui dit ça !
- Oui, et madame la voyante va devoir aller travailler, il faut bien faire bouillir le chaudron

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