12.3.12

Eléphanthôme - 37

Voici ce qui avait échappé à Thomas : il n'avait pas fait savoir au professeur Vannakken que durant la période où le dreamcatcher l'avait observé si sournoisement, il n'avait eu aucune hallucination africaine.
- Tu veux dire que sinon tu as des visions, quoi, une fois, plusieurs fois par jour, tout le temps ? demanda Matthieu.
- Non, du moins c'est rare que ce soit plusieurs fois par jour, mais sur trois-quatre jours cela aurait dû arriver au moins une fois. Ça m'arrive de ne pas en avoir pendant même quelques jours de suite. Remarquez, maintenant que j'y pense... C'est vrai qu'au collège il y a eu un long répit, je ne sais plus si je l'ai raconté à Vannakken.
- Mais pourquoi donc ?
- Pourquoi je ne l'ai pas raconté à Vannakken ?
- Mais non, mais ma parole tu es saoûl, Eléphanthôme, essaye donc de suivre un peu ce qu'on dit !
- Rhoo, Matthieu, laisse-le un peu, tu veux !
- Je n'ai pas bu tant que ça, allez. Ben je ne sais pas pourquoi ça fait des pauses comme ça. Mais ce qui m'intrigue encore plus, c'est d'avoir rêvé en période d'éveil, un truc très lié à ma zébusphère, sans doute le rêve qui a le plus de sens de tous mes rêves de la semaine.
- C'est peut-être simplement que de rêve en rêve et de jour en jour tu y vois plus clair toi-même dans tes hallucinations ? Proposa Raphaëlle.
- Mouais...
- Mais non! Tiens, moi, je sais, rétorqua Matthieu. Ta zébusphère, là, elle était toute frustrée parce que quelque chose l'empêchait de se manifester comme d'habitude, alors elle a contourné l'obstacle et elle a déposé son message direct dans ton subconscient parce qu'elle savait justement que tu allais bientôt relever le courrier.
Il y eut un silence. Puis Raphaëlle dit, en hochant la tête :
- Pas bête...
- Ah bah tu vois, je peux aussi me servir de ma matière grise, je ne suis pas qu'une montagne de muscles souriante et super sexy ! Raphaëlle se leva à moitié et lui fit une révérence.
- Non, mais sérieux, Matt, répondit Thomas, c'est une bonne idée ce que tu dis, mais ça voudrait dire que la zébusphère est bien au courant de ce qui se passe...
- Pourquoi pas ? C'est toi-même qui nous as expliqué qu'elle n'était pas une entité à part, mais une sous-partie de ta propre personnalité, raccordée en parallèle à tout ce que tu perçois. Peut-être qu'avec l'appareil dans les parages elle s'est faite toute petite, hop ni vue ni connue, genre elle est timide, quoi.
- Mais ça ne tient pas vraiment debout, ce que tu dis, remarqua Raphaëlle.
- Moi non plus, remarque. Heureusement je suis assis.
- Non, je veux dire : qu'est-ce qu'elle risquait ? Qu'est-ce que ça changeait pour elle que tu rêves plutôt que tu hallucines son message ?
- Attendez, euh... dit Thomas. On parle de la zébusphère comme si elle était une force maléfique partie faire un tour. Je vous signale qu'elle nous écoute en ce moment !
- Tu verras, Eléphanthôme, je n'ai peut-être pas raison là maintenant, mais je suis sûr qu'il y a un bout de vrai dans ce que je dis. Et si la truc-machin nous écoute, je la salue bien bas. Après tout, tu veux pas l'admettre, mais elle et toi c'est kif-kif.
- Kif-kif... Thomas était songeur.
- Quand je t'appelais Eléphanthôme, ce n'était pas pour t'embêter. Enfin je veux dire : je t'appelle encore comme ça et c'est pareil. J'ai toujours eu l'impression que tu avais des choses à vivre, et des choses à raconter. Tu devrais venir avec nous en Afrique.
- Euh. Là je suis un peu moins motivé pour partir maintenant, tu vois. Il rougit.
- Qu'est-ce qui se passe, Thomas, demanda Raphaëlle, et il redoubla de rougissure. C'est ce travail avec le neurolo... Ah mais non, il y a une femme dans l'affaire, c'est çaaaaa ?
- Hum.
- Eh bingo, ma puce tu as trouvé ! Mais ne fais donc pas ton indiscrète. Alors, demanda-t-il en braquant sa tête vers son copain, c'est qui ? Tu la connais comment et tu nous la présentes quand ?

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