-
Tu leur avais donné un nom ? Lina interrogeait Thomas pour
l'aider à se tranquilliser.
-
Non, il ne me semble pas. Le lion, c'était mon préféré. Ensuite
c'est Philomène qui les a repris.
-
Ça ne t'a pas dérangé ?
-
Non. Enfin si, sûrement un peu au début mais je ne m'en souviens
pas trop. Ça faisait un bon moment que je les avais relégués dans
un coin d'armoire.
-
Ah, vous avez une grande différence d'âge.
-
Même pas, nous avons presque exactement quatre ans d'écart. Mais je
les ai abandonnés vraiment tôt. Et toi ? Tu as des frères et
soeurs ?
-
Non, je suis fille unique ! Je suis née le vingt novembre
mille-neuf-cent-quatre-vingt-quatorze en la joyeuse cité de Bourges,
le coeur de la France ! Mes parents se sont dits en me voyant
qu'un enfant ce serait bien assez de boulot comme ça.
-
C'est marrant, ça : alors tu es Scorpion.
-
Ascendant Poissons, absolument ! Mais tu vas rire: je ne crois
pas à l'astrologie !
-
En effet, ça ne colle pas avec l'image de madame Irma! Mais si tu
aimes les sciences exactes, c'est cohérent... Blague à part, tu es
Scorpion et moi je dois « retrouver Antarès »...
-
Et ?...
-
Tu n'es vraiment pas branchée astres, effectivement. Antarès, c'est
Alpha Scorpii : la plus brillante étoile de la constellation du
Scorpion. Une espèce de phare rouge énorme par rapport à notre
petit Soleil. Si on retourne dans le musée, je te montr...
-
Ah non, moi je pensais faire un tour par chez toi, non ? Que
veux-tu : Je suis Scorpion...
-
L'astrologie au service du romantisme... dit Thomas avec un air
faussement indigné. Et bien en tant que Balance, je penche pour la
réponse oui !
Ils
firent donc un petit tour chez Thomas.
Plus
tard dans l'après-midi, alors que Thomas montrait à Lina ses livres
d'art japonais, on sonna à la porte. Thomas avait posé son bracelet
d'Armscreen dans la salle de bain, il avait raté le message de sa
soeur : « J'arrive chz toi ds 10 minutes, rends-toi
présentable gros patapouf ! »
Il
ouvrit à Philomène toute victorieuse, avec le petit panier. Elle
expliqua en entrant qu'elle avait fouillé tous les recoins du
grenier pour les dénicher.
-
Ah ? Bonjour mademoiselle! dit Philomène avec un très soudain
sourire de pub pour dentifrice.
-
Salut, tu es Philomène, c'est ça ? Moi c'est Lina.
-
Lina... C'est toi qui m'as appelée l'autre soir, n'est-ce pas ?
Et elle se tourna vers son frère: moi aussi je pourrais être
médium, eh eh !
-
Hum. Tu veux boire quelque chose ?
-
Niet-danke, je ne fais que passer. Brahim m'attend au cinéma. On va
voir « Les flûtes de paille », le dernier Hwang Tchou
Hé.
-
Ça va comment, son entorse ?
-
Ça va ça va. Je devais aller chez les parents hier mais il a trouvé
moyen de me demander de l'accompagner faire une course.
-
Tsss tsss il ne t'a pas obligée, ça m'étonnerait de sa part.
-
Ouais, c'est vrai. Pis ça m'intéressait de voir quel ordinateur il
s'achetait.
-
Ben voilà, Philo, un peu d'honnêteté !
-
Euh bon, je vais vous laisser, je me suis assez imposée comme ça.
Thomas, tu prendras bien soin de Kikinou, hein.
-
Promis ! Merci de les avoir apportés.
Une
fois la porte refermée, il s'assit lourdement sur son clic-clac,
avec le panier dans les mains. Lina s'assit à côté de lui.
Au
bout d'un moment, il dit:
-
Ça fait un drôle d'effet. C'est comme si on m'avait envoyé une
lettre écrite dans une langue un peu exotique mais où je
reconnaîtrais vaguement certains mots. Comme si, avec un peu de
logique et d'attention, je pouvais le décrypter. C'est coolax de sa
part d'être passée si vite.
-
Elle est vraiment sympathique, ta soeur !
-
Ah c'est sûr ! Et qui dirait que c'était une petite peste il y
a quelques années ! Bon, comme ça les présentations sont
faites.
-
Vi. Dis-donc, elles ont vécu, tes peluches ! Elles sont usées
jusqu'à la corde, les étiquettes sont déchiquetées...
-
C'est qu'elles sont passées entre les mains de deux Lestac, et ça
ce n'est pas rien. Pourquoi je les ai abandonnées si vite ?
Elles ne font pas peur pourtant.
-
Non, non. La girafe, elle est connue. Mais les deux autres je ne les
ai jamais vus. Tu sais quoi ? Puisque je ne veux pas te tirer
les cartes pour l'avenir, je peux en revanche te les tirer pour
comprendre mieux le passé.
-
Sans blague ? Tu peux faire ça ? Tu as tes cartes sur
toi ?
-
Pas besoin. Pas besoin du tout. Regarde.
Et
Lina remit son Armscreen, qui était posée sur la table basse. Elle
l'activa et lança l'application « TdM ». Une quarantaine
de cartes se projetèrent en éventail au-dessus de sa main.

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